L’État privatise en catimini des routes nationales, un cadeau énorme pour les sociétés concessionnaires

Par Emmanuelle Bourdy
22 septembre 2020
Mis à jour: 22 septembre 2020

Un décret, adopté le 14 août et publié dans le Journal officiel, va désormais permettre de céder certaines sections de routes nationales au secteur privé et de les classer en autoroutes.

Un texte, publié le 14 août 2020 dans le Journal officiel, « relatif aux conditions de classement de certaines sections de routes », permettra de les classer « dans la catégorie des autoroutes ». En 2006, les autoroutes françaises avaient déjà été confiées à des sociétés privées.

Il s’agit d’un décret d’application de la loi d’orientation des mobilités (LOM), qui date de décembre 2019. Ce décret expose quelles sections de routes peuvent être privatisées et classées dans la catégorie des autoroutes. Les sociétés concessionnaires – à savoir les trois grands groupes autoroutiers que sont Vinci, Eiffage et Abertis – ont pour mission d’entretenir et de rénover des portions de routes. En contre-partie, par le biais de ce décret, l’État prolonge ces concessions, qui devaient pour la plupart arriver à échéance en 2031, rapporte Ouest-France.

David Cayla, enseignant-chercheur en économie à l’université d’Angers, explique en effet que « ce décret vise à encadrer un vieux projet du gouvernement pour se décharger du coût de rénovation des portions d’autoroute, avec en échange la prolongation des concessions autoroutières », ainsi que le relate encore le journal. L’économiste ajoute : « L’État s’est privé d’une manne très rentable et par ce décret, il continue de le faire, pour encore plus longtemps. »

Pour autant, un rapport publié ce vendredi par une commission d’enquête du Sénat sur les concessions d’autoroutes a indiqué qu’il était « impératif de ne plus prolonger la durée des concessions » autoroutières, car « deux des trois groupes autoroutiers pourraient atteindre la rentabilité attendue lors de la privatisation, 10 ans avant la fin des concessions », à savoir en 2022. Ce rapport parle également d’une « rentabilité hors normes » d’ici 2036.

« Ce qui me choque, c’est la myopie de l’État, qui se concentre sur le court terme et va perdre des recettes à long terme », s’insurge David Cayla. Public Sénat précise qu’ « au-delà de 2022, les dividendes versés atteindraient environ 40 milliards d’euros, dont 32 milliards pour Vinci et Eiffage, à comparer avec les coûts d’acquisition des sociétés ».

Quant à savoir les conséquences que cela aura sur les usagers, David Cayla affirme pour Ouest-France que « les péages vont augmenter, comme les années précédentes, pas nécessairement plus. Cela ne se traduira pas par de nouveaux péages, ni par des routes nationales payantes, mais les conséquences sur le portefeuille des automobilistes se verront sur le long terme ». 

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