L’étrange romance entre le grand capital et le socialisme

Par Joshua Philipp
25 août 2019 Mis à jour: 28 août 2019

Une histoire d’amour étrange et décalée s’est écrite entre grandes entreprises et socialisme.

Dans des sociétés par ailleurs dites libres, les très grandes entreprises sont devenues des forces imposant l’application de « lois » culturelles – elles peuvent faire licencier, humilier, ruiner la vie de ceux qui ne se conforment pas aux nouveaux systèmes du politiquement correct.

La Cour suprême américaine a réaffirmé à l’unanimité en juin 2017 que les dits « discours de haine » ne sont pas illégaux aux États-Unis, car protégés par la Constitution en tant que manifestation de la liberté d’expression. Cette protection constitutionnelle est cependant ignorée par un large pan de la société.

Bien sûr, la définition de « discours de haine » est largement mouvante et, dans la pratique, a souvent évolué au gré des besoins de la gauche socialiste. Les exemples sont nombreux ; récemment par exemple, un employé de Google a révélé au Projet Veritas que Google a censuré les contenus conservateurs de son moteur de recherche pour empêcher l’élection de Donald Trump. Même un site aussi peu politique que Ravelry, qui fédère la communauté des adeptes du tricot, avait annoncé qu’il fermerait les comptes de ses utilisateurs soutenant Donald Trump, sous prétexte que le président était le symbole d’idées jugées haineuses.

Dans tous les cas de ces discours dits haineux, les personnes qui ne se conforment pas aux lois non écrites de la bien-pensance risquent d’être dénoncées publiquement – comme en juin, lorsque le Daily Beast a humilié publiquement un conducteur de chariot élévateur noir issu du Bronx pour avoir créé une vidéo humoristique qui montrait Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre, bégayant comme si elle était ivre.

Même type de situation en février 2018, lorsque CNN a envoyé un journaliste au domicile d’une femme âgée pour l’accuser d’avoir partagé un article « russe » sur Facebook. Même situation encore lorsque Nick Sandmann, un lycéen de 16 ans, a été faussement accusé par des grands médias d’harceler un Amérindien. En réponse, des célébrités ont plaisanté sur Twitter en suggérant de le tuer, lui et ses camarades de classe.

Le politiquement correct est né, comme outil politique, avec le Parti communiste chinois de Mao Zedong, lorsqu’il a établi en 1967 que ceux qui soutiennent les politiques socialistes sont « politiquement corrects » et que ceux qui s’y opposent peuvent être publiquement humiliés, arrêtés ou tués.

Les organes de presse et les grandes entreprises sont devenus les organes d’application de lois non officielles, les arbitres du politiquement correct. Ils identifient les gens, les humilient, contactent leurs employeurs et tentent de détruire leur vie. Ils envoient le message que toute personne, quel que soit son âge ou sa race, est susceptible d’être attaquée si elle viole ces lois socialistes du politiquement correct, que ces entreprises fixent et imposent.

Les grandes entreprises, de connivence avec les factions politiques socialistes, ont trouvé un moyen d’appliquer des diktats socialistes en supplantant les lois. Par le biais de ce qu’on peut ne pas hésiter à appeler du terrorisme politique, ils envoient le message qu’il est dangereux ne pas se conformer au politiquement correct. Et achètent ainsi le silence forcé de victimes potentielles, terrorisées.

« Le monopole du capitalisme d’État »

Contrairement à la croyance populaire, le socialisme ne se débarrasse pas des grandes entreprises. Ce qu’il élimine sont les principes du libre-échange ; il place les entreprises sous le contrôle de l’État, il les subventionne ensuite en leur reversant le fruit d’une imposition élevée et les contrôle par des lois strictes et étouffantes. Ces nouvelles entreprises d’État apprennent à vivre à l’abri de la concurrence ; des dirigeants peuvent y être nommés comme l’État le juge bon ; et les impôts soutiennent des entreprises qui, autrement, feraient faillite.

L’exercice de confirmation est simple : nommez un pays ou un régime socialiste qui ait éliminé les usines, les grandes entreprises ou les régimes sociaux endettés auxquels de nombreuses personnes s’opposent dans les systèmes capitalistes. De nombreux pays suivant le « modèle nordique » sont sans doute plus capitalistes que les États-Unis – au Danemark, par exemple, il est plus facile de créer une entreprise que dans la plupart des États américains, et il n’existe même pas de lois sur le salaire minimum.

Même dans les sociétés dites « agraires » comme la Russie tsariste ou le Cambodge du milieu du 20e siècle, où il n’y avait pas de système « capitaliste » à détruire, les révolutionnaires socialistes ont « saisi les moyens de production » des gens ordinaires, dont les semences, le matériel agricole et la terre. Et dans les deux cas, cela a conduit à un génocide pour la « cause socialiste ».

Lénine expliqua l’intention de faire en sorte que les entreprises servent l’État dès le départ, en se référant au socialisme en 1917 comme un système de « monopole du capitalisme d’État » qui était une étape nécessaire vers les objectifs finaux de désolation sociale et morale du communisme.

Le résultat, dans cette idéologie politique, est que les entreprises indépendantes sont détruites, les moyens de production et les ressources saisis, et que l’État tente de micro-gérer l’économie par le biais de ces entreprises et d’une bureaucratie d’État massive.

Parallèlement, les dirigeants des grandes entreprises sont parfois en faveur de ce système. Après tout, le socialisme ne se débarrasse pas de la corruption ou de la cupidité : il les subventionne. Le socialisme n’est finalement qu’une question de monopole, un monopole d’État.

C’est en partie la raison pour laquelle les anti-socialistes du début du 20e siècle s’opposaient non seulement au socialisme, mais aussi aux formes émergentes de corporatisme collectiviste qui ont fini par définir l’économie moderne de l’Occident.

Prenons l’exemple du célèbre écrivain G.K. Chesterton. Comme beaucoup d’anti-socialistes de son temps, il a considéré que les problèmes du socialisme ne se limitaient pas aux systèmes socialistes tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les problèmes s’étendaient aux inflexions du marché « libre » sous le monopole des entreprises.

De nombreux écrivains, dont Chesterton, ont formulé leurs critiques de façon plus générale comme une opposition à la « tyrannie » et au « monopole », ce qui inclut tout le spectre du socialisme et des parties les plus sombres du fonctionnement des grandes entreprises.

Chesterton a écrit dans son journal GK’s Weekly en 1925 : « Il n’y a rien d’autre en face de nous qu’un désert plat de standardisation, que ce soit par le bolchevisme ou par les grandes entreprises. Et il est étrange que nous n’ayons pas au moins vu la raison de cela, ne serait-ce que dans une vision, alors qu’ils avancent, condamnés éternellement à la croissance sans liberté et au progrès sans espoir. »

La tyrannie du socialisme des grandes entreprises

Le socialisme est un système de tyrannie subventionnée et de corruption. Il prend toutes les pires caractéristiques des grandes entreprises et de la politique corrompue et les solidifie dans la société par des impôts élevés et un contrôle bureaucratique de l’État.

L’économiste libéral classique Ludwig von Mises explique dans son livre de 1947, Planned Chaos que « rien n’est plus impopulaire aujourd’hui que l’économie de marché ». De nombreuses factions politiques portent des accusations différentes contre le capitalisme, au point qu’elles se contredisent – alors que beaucoup de ces critiques visent en fait contre des concepts socialistes adoptés dans les économies de marché.

Mises écrit : « Bien que le capitalisme soit le système économique de la civilisation occidentale moderne, les politiques de toutes les nations occidentales sont guidées par des idées totalement anticapitalistes. Le but de ces politiques interventionnistes n’est pas de préserver le capitalisme, mais de lui substituer une économie mixte. »

De nombreuses grandes entreprises soutiennent en réalité les politiques socialistes des États, puisqu’elles peuvent par cela bénéficier de systèmes de monopole et de subventions.

Comment se fait-il, par exemple, que l’industrie pharmaceutique soutienne les hommes politiques qui veulent des soins de santé sur un modèle socialiste, c’est-à-dire gratuits ? C’est parce que le coût de ces soins les financerait et qu’ils bénéficieraient d’une protection renforcée.

Au lieu de pousser ces grandes entreprises à réduire les coûts des médicaments et à améliorer les services, un système de santé socialiste rend ces questions non discutables. Les grandes entreprises pharmaceutiques sont alors soutenues par les impôts, plutôt que conduites à réduire le prix des médicaments et à améliorer la qualité des soins.

Le socialisme aux États-Unis signifierait également que le gouvernement pourrait réglementer la santé publique et forcer les gens à recevoir des soins médicaux, tout en empêchant certaines options extérieures en matière de soins.

Le même principe s’applique au domaine de l’éducation et au fléau de l’endettement étudiant. Plutôt que de réduire le coût de l’éducation et de changer les programmes éducatifs pour aider les diplômés à trouver un emploi après l’université – et donc leur permettre de rembourser leurs dettes -, beaucoup d’institutions éducatives veulent des politiques socialistes pour subventionner les études. Cela leur permet d’utiliser l’argent des contribuables pour maintenir des frais de scolarité élevés et de continuer à offrir des diplômes peu utiles dans le monde réel, car il importe peu que les étudiants ne trouvent pas d’emploi leur permettant de rembourser leurs prêts.

La réalité crue est que les politiques socialistes travaillent de concert avec les grandes entreprises.

Les politiciens financés par ces grandes entreprises deviennent des marionnettes qui travaillent pour elles. Dans cet échange, ces politiciens créent des histoires pour convaincre le public de voter pour des politiques qui subventionnent les grandes entreprises. Et à travers ce nouveau type de corruption, ils en viennent à représenter les intérêts des grandes entreprises plutôt que le bien-être des personnes qu’ils sont censés représenter.

Ce réseau corrompu entre le socialisme, les grandes entreprises et la politique a toujours existé. C’est un fondement des systèmes socialistes. Pendant la guerre froide, Wall Street, aux États-Unis, injectait de l’argent dans l’Union soviétique, et ce n’est que lorsque ce canal de financement a été coupé que le régime communiste s’est effondré. Nous voyons les mêmes liens entre le Wall Street d’aujourd’hui et le Parti communiste chinois.

Si une entreprise est corrompue, elle ne peut durer longtemps quand elle devient trop grande. Les entreprises qui ne parviennent pas à fournir des prix compétitifs et de bons services ne peuvent durer que si elles détiennent un monopole – et les sociétés libres sont censées briser les monopoles de cette nature. Le socialisme fait tout pour limiter la concurrence des petites et moyennes entreprises.

Alors, pourquoi tant de grandes entreprises souhaitent-elles des politiques socialistes, si le socialisme se débarrasse du système « capitaliste » dont elles dépendent ?

La base du socialisme est le monopole. Sous le socialisme, les grandes entreprises sont autorisées à persister – sous le contrôle de l’État – grâce à l’argent des impôts, ce qui signifie qu’elles n’ont pas besoin d’être compétitives en termes de prix et de services. Le socialisme est le modèle préféré des grandes entreprises corrompues, car il élimine les risques et les obligations qui vont de pair avec le fait d’être une grande entreprise.

Et c’est probablement pour cette raison que tant de « millionnaires et milliardaires » le soutiennent.

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