L’existence d’une agence secrète responsable de la persécution du Falun Gong révélée dans la presse

12 juin 2015 Mis à jour: 26 octobre 2015

 

Au cours de la dernière semaine du mois de mai, l’agence mystérieuse chargée de mener la persécution du Falun Gong sous les ordres du régime chinois, est devenue deux fois un sujet brûlant dans les informations en Chine, alors qu’elle était restée dans l’ombre au cours de ces seize dernières années.
Des grands changements n’apparaissent pas dans les informations en Chine par hasard. La publication de ces deux reportages suggère que le principal héritage de l’ancien dirigeant du Parti communiste Jiang Zemin est en train d’être écarté.

Le premier article concernait un certain Luo Jian qui a été placé sous enquête pour « graves violations de la discipline [du Parti] et de la loi ». Selon l’article, Luo Jian était directeur adjoint du Bureau 610 de la ville de Yangjiang dans la province du Guangdong.
La campagne anti-corruption qui ces deux dernières années a éclairci les rangs des membres du Parti communiste chinois (PCC), cible à la fois les « tigres » – des responsables de haut rang tels que Zhou Yongkang (ancien dirigeant du tout-puissant Comité des affaires politiques et juridiques) et Xu Caihou (ancien vice-président de la Commission militaire centrale) – ainsi que les « mouches ». Luo Jian ne peut être considéré que comme une « mouche ».
Néanmoins, presque tous les grands médias et portails d’informations en Chine parmi lesquels Xinhuanet et Chinanews.com, ont annoncé l’ouverture de l’enquête sur Luo Jian menée par la Commission d’inspection de la discipline de la ville de Yangjiang. Habituellement, une telle information aurait à peine été relevée par les médias officiels du Parti au niveau provincial.

La seule explication d’une telle exposition de l’enquête sur Luo Jian au niveau national est que quelqu’un voudrait utiliser ce cas pour faire parler publiquement du « Bureau 610 ».
Trois jours plus tard, une information rapportait que le poste de direction du Bureau 610, récemment placé au cœur de l’actualité, était vacant. La Commission centrale d’inspection de la discipline (CCID) du Comité central du PCC a mis à jour son site web en rapportant que Liu Jinguo, le secrétaire adjoint de la CCID, n’était plus, depuis janvier 2015, directeur du Bureau 610 central.
Cette annonce était inhabituelle pour deux raisons. Tout d’abord, Liu Jinguo avait été promu de son poste de direction du Bureau 610 central vers la CCID en octobre 2014. Si l’on considère les missions et tâches complètement différentes de ces deux postes, Liu Jinguo aurait dû être immédiatement démis de ses fonctions au Bureau 610. Cependant, il a fallu trois mois pour que cela se passe et quatre autres mois avant que cela soit annoncé au public.
Par ailleurs, il n’existe aucune information sur le nouveau dirigeant du Bureau 610. Habituellement, le départ d’un ancien responsable et la nomination d’un nouveau dirigeant sont annoncés en même temps. On pourrait alors penser que ce poste a été intentionnellement laissé vide.

En coulisses

Le Bureau 610 est l’une des organisations les plus puissantes, les plus tristement célèbres et les plus mystérieuses de ces seize dernières années en Chine. En 1999, quand Jiang Zemin, alors secrétaire général du Comité central du PCC, a décidé de persécuter le Falun Gong – une méthode spirituelle pour le corps et l’esprit pratiquée par 100 millions de Chinois – il ne pouvait pas utiliser directement le système juridique en place. Aucune loi n’a été enfreinte.

Jiang Zemin a initié une campagne politique visant à réprimer la pratique. Le 7 juin 1999, Jiang a informé les membres du Politburo que le Groupe pilote de gestion des affaires du Falun Gong serait établi pour superviser cette campagne. Trois jours plus tard, le 10 juin 1999, un bureau a été mis en place sous la supervision du Groupe pilote pour s’occuper des affaires courantes. Il a été intitulé Bureau 610 en raison de sa date de création.
Afin que le Bureau 610 puisse effectuer sa mission de persécution, un pouvoir presqu’illimité lui a été accordé. Les Bureaux 610 de toute la Chine ont été responsables des détentions arbitraires, des travaux forcés, des procès et des condamnations extra-judiciaires, des tortures, des décès suite à la torture, des prélèvements forcés d’organes et de nombreux autres crimes contre l’humanité commis envers les pratiquants de Falun Gong.

De façon à masquer sa mission et faire en sorte que la persécution semble respecter la loi, le Bureau 610 a toujours agi en coulisses.
La première et la dernière fois que le Bureau 610 a volontairement agi public était dans le cadre de la campagne de propagande suite aux soi-disant « auto-immolations » de la place Tiananmen. Le 23 janvier 2001, les médias d’État ont diffusé les images de cinq individus s’immolant par le feu sur la place Tiananmen – un incident qui n’était visiblement qu’une mise en scène.
À une vitesse inédite pour les médias officiels, des images de ces « immolations » d’individus se faisant passer pour des pratiquants de Falun Gong ont été diffusées seulement quelques heures après l’incident et leur diffusion s’est poursuivie 24h/24 pendant des mois sur CCTV, la Télévision centrale de Chine.
Selon le Washington Post, la plus médiatisée de ces personnes n’aurait jamais pratiqué le Falun Gong, aux dires de ses voisins. Elle était connue pour tabasser sa mère et son enfant et pour danser contre des pourboires dans un bar local – le genre de comportement tout à fait étranger aux pratiquants de Falun Gong qui essaient de vivre en accord avec des critères moraux élevés.
Le 27 février 2001, Liu Jing, alors sous-directeur du Bureau 610 central, a tenu une conférence de presse au nom du Conseil d’État – l’organisme subordonné au Premier ministre en charge des affaires administratives – visant à calomnier le Falun Gong. Liu Jing s’est présenté comme personne responsable du Bureau de la prévention et de la gestion des affaires de sectes du Conseil d’État.
Liu Jing a démenti toute relation avec le Bureau 610 dont il a même nié l’existence. Interrogé sur la relation entre son bureau et le Bureau 610, Liu Jing a simplement répondu qu’il ne comprenait pas pourquoi le journaliste était tellement intéressé par le Bureau 610.

Pour une raison ou une autre, le Conseil d’État semblait ne pas vouloir prendre la responsabilité du Bureau 610. La « Structure du Conseil d’État » publiée en 2003 affirmait que le Bureau de la prévention et de la gestion des affaires de sectes du Conseil d’État et le Bureau pour la gestion des affaires du Falun Gong du Comité central du PCC étaient un seul et même organe ayant deux noms différents et placés directement sous la direction du Comité central du PCC. Cette information a été retirée de la « Structure du Conseil d’État » publié en 2008 mais elle est réapparue en 2013.

14 octobre 2007 : Li Dongsheng, porte-parole du Congrès du PCC prend la parole lors d’une  conférence de presse au Grand palais du peuple à Pékin. (Frederic J. Brown/AFP/Getty Images)
14 octobre 2007 : Li Dongsheng, porte-parole du Congrès du PCC prend la parole lors d’une conférence de presse au Grand palais du peuple à Pékin. (Frederic J. Brown/AFP/Getty Images)

Les hauts dirigeants prennent leurs distances

Le silence entourant le Bureau 610 a été brisé de façon spectaculaire en décembre 2013 par une seule ligne sur le site de la CCID annonçant l’enquête sur Li Dongsheng, alors dirigeant du Bureau 610. Li Dongsheng était connu en Chine comme vice-ministre de la Sécurité publique. L’annonce de la CCID mentionnait deux autres titres avant ce dernier : directeur adjoint du Groupe pilote pour la gestion des affaires de sectes et directeur du Bureau du Groupe pilote pour la gestion des affaires de sectes, autrement appelé Bureau 610.

C’était la première fois que ces deux titres étaient mentionnés publiquement par les autorités centrales. Même la biographie officielle de Li Dongsheng sur le site du ministère de la Sécurité publique ne les mentionnait pas. Les autorités ont donc mentionné ces titres dans le but de faire connaître publiquement leur existence.

Au cours du mandat de secrétaire général de Jiang Zemin, la persécution du Falun Gong était sa plus grande priorité. Affin d’assurer que la persécution continue, il a fait en sorte que son mandat à la présidence de la Commission militaire centrale soit prolongé de deux ans. Pour la même raison, juste avant de se retirer de ses fonctions en 2002, il a élargi le Comité permanent du Politburo de sept à neuf sièges et y a fait élire un grand nombre de ses acolytes.

Si Jiang Zemin avait encore une quelconque influence, il serait difficile d’imaginer un tel retard dans la nomination d’un nouveau directeur du Bureau 610 après le départ de Liu Jinguo en janvier 2015.
Le Bureau 610 n’est pas un organe ordinaire du Parti. C’est un outil conçu pour abuser des droits de l’homme. Le directeur de cette agence doit répondre à au moins deux exigences : éprouver du plaisir à persécuter les convictions religieuses et exceller dans ce domaine.

Même au sein du PCC, il est difficile de trouver quelqu’un qui réponde à ces deux exigences. Li Dongsheng avait succédé à Liu Jing qui avait pris sa retraite pour raisons de santé. Li Dongsheng était le seul et le meilleur candidat. Pendant 10 ans, il avait été responsable du lavage de cerveau (la conversion forcée) des pratiquants de Falun Gong. Il avait déjà été directeur adjoint du Bureau 610 et était familier au fonctionnement de cet organe.

Enfin, en tant que directeur adjoint de CCTV et directeur adjoint du Département de la propagande, il avait transformé CCTV en réserve de maîtresses pour les hauts dirigeants du PCC – un autre exemple de son manque total de moralité.
Liu Jinguo, remplaçant de Li Dongsheng, a été écarté de son poste depuis sept mois. Peut-être est-il vraiment difficile de trouver une personne présentant les bonnes qualifications. Ou peut-être n’y a-t-il plus besoin d’un directeur pour le Bureau 610 qui n’est plus vraiment important. Dans les deux cas, le poste vide est un signe que la persécution du Falun Gong a perdu de sa puissance.

Depuis l’éviction de Li Dongsheng, le nom du bureau 610 a été mentionné à deux reprises, une fois en 2014, puis en avril de cette année, dans le cadre d’enquêtes sur les activités criminelles des anciens directeurs des Bureaux 610 au niveau municipal.

Donc, depuis l’ouverture de l’enquête sur Li Dongsheng jusque l’annonce de la semaine dernière à propos de Luo Jian, chaque fois que le nom du Bureau 610 a été mentionné, il était lié à des crimes présumés commis par un directeur d’un Bureau 610. Avec le siège du directeur du Bureau 610 central laissé vide, ce motif laisse peu de doute que les dirigeants actuels veulent se distancier de la politique de persécution initiée par Jiang Zemin.
La persécution du Falun Gong était une mission menée personnellement par Jiang Zemin, reste son héritage le plus important et probablement le seul. En observant la mise en marge du Bureau 610, Jiang Zemin espère probablement que son propre écartement sera la pire punition qu’il subira de la part du régime actuel.

 

Version originale : Secret Agency Directing Persecution Pushed to the Margins in China

RECOMMANDÉ