L’herbe n’est pas toujours plus verte : « L’épée de Damoclès »

Par Eric Bess
14 octobre 2021
Mis à jour: 14 octobre 2021

L’« épée de Damoclès » est un conte moral qui nous vient de Cicéron. Damoclès était le serviteur d’un roi du quatrième et cinquième siècle nommé Dionysius II.

Dionysius II était un roi misérable qui dirigeait son empire avec un cœur froid et comptant de nombreux ennemis. Il craignait toujours d’être assassiné, et sa demeure était entourée de douves. Seule ses filles pouvait lui tailler la barbe.

Un jour, un serviteur de la cour, un flatteur nommé Damoclès agace le roi de ses compliments. Selon Damoclès, le roi mène sûrement une vie des plus étonnantes et des plus agréables. Frustré par sa naïveté, Dionysius lui répond : « Puisque cette vie te ravit, veux-tu la goûter toi-même et faire un essai de ma bonne fortune ? »

Bien sûr, Damoclès est étonné de la réponse du roi et accepte immédiatement sa proposition. Dans un premier temps, Dionysius  fait asseoir Damoclès sur un canapé brodé d’or et le fait servir par des serviteurs comme s’il était le roi. Damoclès jouit des meilleurs mets, boissons et plaisirs de cette puissante vie.

Mais à peine commence-t-il à apprécier tout ce luxe qu’il remarque une épée suspendue au plafond, qui le menace. Au-dessus de la tête de Damoclès, Dionysius a suspendu par une seule mèche de crin de cheval une épée extrêmement tranchante.

En jetant un œil attentif sur l’épée, Damoclès ne parvient plus à profiter des choses qui l’entourent et ne tarde pas à demander au roi de le dispenser de sa nouvelle fortune.

L’épée de Damoclès de Richard Westall

Richard Westall, peintre anglais des 18e et 19e siècles et maître de dessin de la reine Victoria, a peint une grande scène illustrant le moment culminant de l’histoire.

Le point central de la peinture est le roi Dionysius II, qui, vêtu d’une robe rouge, se tient au milieu de la composition. Une de ses mains repose sur ce qui semble être un sceptre, et l’autre main fait un geste vers l’épée suspendue en haut à gauche de la composition.

L’épée conduit notre regard vers Damoclès, que Dionysius observe. Damoclès est habillé comme un roi, assis sur un trône d’or, et prend le verre de vin que lui présente une servante. Il vient de remarquer l’épée suspendue au-dessus de sa tête alors qu’il tend le bras pour prendre le verre.

Au premier plan, on voit une couronne de fleurs et un sceptre. Il semble que Damoclès ait revêtu la couronne et tenu le sceptre, qui sont probablement tombés au moment où il a levé les yeux vers l’épée.

Damoclès est entouré de luxe, de vaisselle élégante, de meubles dorés et d’œuvres d’art. Des fruits sont posés sur la table à ses côtés, et des servantes attendent pour lui apporter un plat. Des femmes à l’arrière-plan, sur le côté gauche de la composition, tiennent des instruments de musique, et nous pouvons supposer qu’elles jouent pour Damoclès. À l’arrière-plan, à droite, un homme âgé et un soldat regardent la scène.

Un détail de L’épée de Damoclès, 1812, par Richard Westall. Huile sur toile, 51 3/16 pouces sur 40 9/16 pouces. Ackland Art Museum, Caroline du Nord. (PD-US)

L’herbe n’est pas toujours plus verte

Westall dépeint Damoclès au moment où il prend conscience que l’herbe n’est pas toujours plus verte de l’autre côté de la barrière. Jusque là Damoclès a tenu la vie du roi pour plus intéressante que la sienne. Ce n’est qu’en faisant l’expérience des difficultés propres au souverain qu’il peut apprécier son existence, qui comporte ses propres atouts.

Dionysius II fait un geste vers l’épée non seulement pour prouver qu’il n’est pas aussi agréable d’être roi, mais aussi pour être compris. Bien que Dionysius soit un roi au cœur froid, il donne à Damoclès une leçon de compassion : Même un roi comme lui veut être compris et souhaite qu’on prenne en compte ses difficultés.

Parfois, nous rencontrons des individus qui semblent mener une vie qui correspond en tout à ce que nous recherchons. Nous désirons ce type de vie. Mais il se peut que nous ne réfléchissions pas sérieusement aux enjeux véritables ; aux souffrances qu’elles impliquent.

En tant qu’êtres humains, tout le monde souffre, et personne n’est au-dessus de la compassion ; les riches, les puissants, les célèbres et les têtes couronnées souhaitent tous être compris.

Ceci étant dit, le tableau offre une autre pépite de sagesse : Toutes les choses dont nous pensons avoir besoin pour rendre notre vie plus agréable sont éphémères.

Damoclès comprend que les plaisirs qu’il vient d’acquérir sont sans valeur lorsque sa mort se profile à l’horizon. Il ne peut pas même regarder le vin pour lequel sa main se tend, et il ne réalise pas que sa couronne de fleurs est tombée ou que la musique s’est arrêtée. Tous les plaisirs qui l’entourent deviennent insignifiants sous cette épée suspendue.

À notre mort, nous ne pouvons emporter aucun de nos biens matériels, nos plaisirs s’achèvent, notre renommée s’évapore tout comme notre pouvoir. Peut-être est-il sage de prendre les choses de la vie avec plus de légèreté. C’est confronté à la mort que Damoclès apprend à apprécier sa vie, sans craindre que l’herbe soit plus verte ailleurs. Espérons que nous n’ayons pas besoin de mesures aussi extrêmes pour éprouver une profonde gratitude envers la vie.

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : Ce que l’art traditionnel offre au cœur », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement éclairante pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas apporter des réponses absolues à des questions auxquelles des générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront une réflexion qui nous permettra de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess pratique l’art figuratif et est candidat au doctorat à l’Institute for Doctoral Studies in the Visual Arts (IDSVA).


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