Libération à Bagdad d’une Allemande après trois jours de captivité

Par Epoch Times avec AFP
24 juillet 2020
Mis à jour: 24 juillet 2020

La directrice allemande d’un centre culturel à Bagdad, Hella Mewis, a été libérée et remise vendredi à son ambassade en Irak, après trois jours de captivité, ont indiqué les autorités des deux pays.

Mme Mewis, qui travaille à Bagdad depuis 2013, avait pris fait et cause pour les manifestations anti-pouvoir déclenchées en Irak en octobre 2019. Des dizaines de militants ont disparu, plus ou moins brièvement, l’ONU accusant des « milices » de ces disparitions forcées.

Son enlèvement

On ignore toujours l’identité des ravisseurs et les raisons de l’enlèvement de l’Allemande, l’un des rares étrangers vivant hors de la Zone Verte ultra-sécurisée dans la capitale irakienne, où siègent la plupart des missions diplomatiques.

Mais une source de sécurité irakienne a précisé à l’AFP que sa libération dans la nuit avait été obtenue au terme d’un échange.

Libéré en échange de l’otage allemande

L’unité d’élite du renseignement irakien, les Faucons, est parvenue à remonter la piste d’un des ravisseurs, qui a été interpellé. Ce dernier a « dit appartenir à une faction se réclamant du Hachd al-Chaabi », une coalition de paramilitaires pro-iraniens, désormais intégrée aux forces de sécurité, selon la même source. Un accord a alors été trouvé en vertu duquel « l’homme a été libéré en échange de l’otage allemande ». 

Au moment de sa libération dans la nuit, a poursuivi cette source, Mme Mewis se trouvait à Sadr City, un quartier chiite de Bagdad où les forces de l’ordre tentent depuis des années d’imposer la loi mais en vain.

Mme Mewis a ensuite « été remise au chargé d’affaires allemand à Bagdad », indique un communiqué du ministère irakien de l’Intérieur, qui ne donne aucune précision.

Vendredi, Mme Mewis, dont le centre d’art, Tarkib, est connu pour soutenir de jeunes artistes, était toujours injoignable et ses amis ont assuré ne pas avoir eu de ses nouvelles.

Les autorités irakiennes n’ont jamais arrêté ni accusé une quelconque partie dans les enlèvements de militants irakiens ces derniers mois dans un pays où les factions armées pro-iraniennes gagnent en influence, surtout via les représentants du Hachd al-Chaabi dans les forces de sécurité ou au Parlement.

Mme Mewis assiste régulièrement à des événements publics

Le porte-parole du Hachd s’est félicité sur Twitter de la libération de Mme Mewis, tout en appelant les forces de sécurité à « enquêter sur la présence clandestine de cette étrangère depuis huit ans à Bagdad sans autorisation de la sécurité ».

Mme Mewis assiste pourtant régulièrement à des événements publics, souvent avec des officiels.

Le juge Abdelsattar Bayraqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature, a, lui, indiqué que « l’enquête sur ce crime se poursuit ».

Des médias locaux ont diffusé des images de vidéosurveillance présentées comme celles de l’enlèvement de Mme Mewis, sur la corniche du Tigre dans le centre de Bagdad.

Prise en étau entre une berline noire et un pick-up blanc, un modèle utilisé par certaines forces de sécurité, l’Allemande est forcée de descendre de son vélo par des hommes qui la poussent violemment à l’intérieur du pick-up. L’enregistrement dure moins d’une minute.

Les policiers du commissariat à quelques mètres de là ne sont pas intervenus, a affirmé à l’AFP un responsable des services de sécurité.

Après sa libération, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’est dit « très soulagé » et des sources diplomatiques ont affirmé à l’AFP que Mme Mewis était « en bonne santé ».

Crainte de ses amies

Selon une amie de Mme Mewis, l’Allemande était inquiète depuis l’assassinat début juillet à Bagdad du chercheur Hicham al-Hachémi, connu lui aussi pour son soutien à la révolte anti-pouvoir.

Cette mort violente a relancé les craintes de nouveaux assassinats politiques, coutumiers durant les années de guerre dans le pays (2006-2009), mais devenus ensuite très rares.

Depuis le début de l’année, deux journalistes français ont été retenus en otage plusieurs jours, ainsi que trois humanitaires, libérés après deux mois de captivité et enlevés avec un Irakien dans le même quartier de Karrada que Mme Mewis.

Le turbulent leader chiite Moqtada Sadr, silencieux depuis que les manifestations anti-pouvoir se sont essoufflées au début de l’année alors qu’il s’est longtemps posé en protecteur des contestataires, a dit sur Twitter « espérer que ce genre d’incident n’arrive plus à l’avenir ».

 

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