L’île de Korčula, un coin de paradis en Croatie

Par Christiane Goor et Charles Mahaux
11 novembre 2020
Mis à jour: 11 novembre 2020

Nul besoin de traverser les océans pour goûter à la vie insulaire, le paradis se cache à quelques encablures de chez nous. Exemple : Korčula avec ses collines vertes éclatantes de senteurs qui plongent dans des criques rocheuses échancrées sur des eaux transparentes. Difficile de résister au charme sauvage de ses petits ports naturels sans oublier la beauté intemporelle de la vieille ville de Korčula où le temps semble s’être définitivement arrêté à l’époque vénitienne.

Un tour de la ville par l’extérieur des remparts permet d’en comprendre la structure défensive. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Deux heures déjà que le ferry navigue dans l’archipel dalmate, creusant un sillon d’écume dans les eaux bleu foncé de la mer Adriatique, glissant dans un labyrinthe de chenaux naturels entre des îlots et des rochers qui chavirent l’horizon. Soudain, au détour d’un gros mamelon couvert de pins surgit Vela Luka au fond d’une large baie cintrée par une ligne ocre de maisons basses chapeautées de toits de tuiles rouges. Le port ne tarde pas à s’habiller de rose dans la douceur du soir qui tombe. La brise balaie la côte et des effluves de pins envahissent le pont du ferry.

Vela Luka s’étire le long d’une magnifique baie. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

D’Ouest en Est, d’une ville à l’autre

Vela Luka, la plus grande ville de l’île, n’en reste pas moins une petite bourgade paisible qui invite à flâner sur ses quais où se balancent doucement voiliers de plaisanciers et barques de pêcheurs. A moins d’emprunter le Blue Path, le chemin bleu qui grimpe en surplombant la petite ville vers une grotte étonnante. Elle abrite un site archéologique unique en Europe car il offre sur plusieurs strates un cliché de la vie méditerranéenne durant les 20000 dernières années. La balade entre les oliveraies enserrées dans des lopins de terre dessinés par des murs de pierre sèche découvre des paysages superbes sur la baie de Vela Luka et son littoral découpé, léché par les eaux d’un bleu intense de la mer Adriatique.

La balade par le chemin bleu est la seule qui permette de gagner les hauteurs pour découvrir une superbe vue sur Vela Luka et sa baie. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Quelque 50 kilomètres plus loin, à l’autre extrémité de l’île, la citadelle de Korčula, enfermée dans les vestiges de ses remparts, fend l’Adriatique telle la proue d’un navire. Quatre siècles de domination vénitienne lui ont façonné son visage. Une cathédrale qui porte le nom de St-Marc, à l’image de Venise, une place du même nom, des armoiries ou encore des statues de lions, des passerelles jetées au-dessus des ruelles, des balcons ouvragés, autant de détails qui racontent la mainmise de la Cité des Doges.

Quand on vient par la terre, on découvre mieux combien toute la ville forteresse de Korčula s’est développée sur une petite péninsule. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Quand on enjambe le petit pont qui marque l’entrée de la ville, on se sent happé par l’histoire de ces hautes maisons de pierre, agglutinées les unes sur les autres le long d’une rue principale qui traverse la péninsule de bout en bout. De part et d’autre s’engagent d’étroites venelles qui mènent aux murailles. Un plan subtil en arête de poisson imaginé au 13ème siècle protège d’un côté les habitants du vent du nord tout en leur offrant de l’autre côté la fraîcheur des brises d’été. Courbes à l’est, les venelles cassent la progression du vent ; rectilignes à l’ouest, elles laissent pénétrer un vent doux. On ne se lasse pas de flâner dans le lacis des ruelles moyenâgeuses.

Une venelle typique dans le cœur de la petite cité. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Aujourd’hui, elles résonnent du cri des enfants qui jouent à cache-cache ou des commerçants qui s’interpellent d’une boutique à l’autre, d’une fenêtre à l’autre. La promenade le long des remparts est envahie par des terrasses de cafés et de restaurants qui invitent à de longues soirées, le regard perdu vers les îlots qui semblent bondir au large, là où l’horizon vire au violet à force d’être bleu.

Ode à une vie paisible

D’un bout à l’autre, l’île collectionne de délicieux villages accrochés à flanc de collines au cœur de petits champs ceints de murs de pierre sèche, ou encore elle offre des petits ports blottis au sein de baies paisibles. On y déniche de pittoresques échoppes et des bars avec terrasses où se retrouvent les pêcheurs et les vignerons. Que ce soit à Lumbarda, à Zavalatica ou encore à Brna, des maisons basses et fleuries s’éparpillent sur les pentes des coteaux et le long de la mer. Partout, les habitants proposent des chambres et plus souvent des appartements à louer. On se sent alors comme chez soi, à la maison, et on peut s’adonner avec délectation aux joies de la baignade et du snorkeling dans une eau limpide avec la sensation exquise d’avoir la plage rien que pour soi.

Le village de pêcheurs de Lumbarda est célèbre pour ses plages de sable mais aussi pour ses vignes qui poussent dans des terres tout aussi sableuses idéales pour produire le vin doré Grk. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ensuite, plus tard dans l’après-midi, quand la chaleur décline, il faut grimper dans l’intérieur des terres. S’égarer dans des villages typiques : Blato et sa longue promenade embaumée de tilleuls en fleurs, Smokvica et sa loggia du 17ème si fraîche en été, Pupnat, le plus ancien village de l’île. S’étourdir aux cépages de ces terres calcaires et généreuses qui produisent un vin blanc sec unique, le Pošip, qui s’accompagne si bien de filets d’anchois marinés à l’huile d’olive du pays. C’est que, à Korčula, tout le monde est cultivateur et partout les oliviers et les ceps de vigne témoignent du même combat contre les pierres qui autrefois envahissaient le terrain. Aujourd’hui, les murets dodus de grosses pierres blanches qui ceinturent les parcelles rappellent qu’avant de cultiver la terre, il a fallu déplacer des centaines de cailloux.

Smockvica, au cœur de l’île de Korčula, a établi une tradition viticole depuis des siècles, on y cultive les célèbres vignes sèches Posip et Rukatac. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

L’île de Korčula affiche un modèle de persévérance en matière de métiers et de savoir-faire. Ici, on exploite la vigne, on presse les olives et on taille la pierre depuis toujours. Chaque famille possède son lopin de terre dans l’arrière-pays et une barque sur la côte pour pêcher le poisson quand les besoins de la consommation familiale l’exigent. Les techniques semblent n’avoir guère changé, il suffit de visiter le musée de l’Huile d’olive à Vela Luka ou encore le musée ethnique de Blato pour comprendre la vie quotidienne de ces insulaires qui, à certains égards, raconte celle de nos arrière-grands parents quand ceux-ci vivaient encore du revenu du travail de la ferme.

Split, l’impériale

L’arrivée à Split par la mer permet d’embrasser d’un seul regard son superbe front de mer. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le retour vers le continent mène à Split et l’arrivée en bateau permet de découvrir la cité d’un seul regard. Appuyée à un arrière-pays aride et montagneux, Split apparaît comme un rêve rose et lumineux. Au premier plan s’étire la Riva, son front de mer ombragé par une allée de palmiers et bordé de terrasses des grands hôtels et autres restaurants. A l’arrière surgit la vieille ville dont le cœur est un prodigieux palais romain entièrement conçu à la fin du 2ème siècle par l’empereur Dioclétien, un passionné d’architecture.

Les ruines du palais de Dioclétien construit entre la fin du 3ème siècle et le début du 4ème subsistent dans toute la ville de Split. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

« Construisez pour l’éternité » avait-il exigé. Il y vécut à peine 8 ans jusqu’à sa mort en l’an 313 mais le palais est toujours là. Après la mort de l’empereur, la demeure impériale cernée de remparts est envahie par les habitants de villages proches qui cherchent à se protéger des invasions slaves. Ils s’y installent peu à peu, en perçant des fenêtres, en étageant les hautes salles, en investissant les cours, les vestibules et les chambres. Au fil des siècles, la démarche reste la même, les époques et les styles s’enchevêtrent dessinant un incroyable capharnaüm architectural qui trouble le visiteur tout en le séduisant.

Le quai de la Riva à Split est le paradis des piétons et une scène de la vie urbaine splitoise face au ballet des bateaux amarrés sur le front de mer. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Split n’est pas un musée que l’on parcourt, c’est une ville dynamique qui garde sa vitalité durant toute l’année. S’y égarer, le nez en l’air, c’est remonter le temps en une seule promenade, le regard happé par des colonnades corinthiennes, un temple romain, un sphinx égyptien, un campanile vénitien, un petit palais gothique, une place Renaissance, des aigles napoléoniens, … Un décor exubérant qui abrite des petits restaurants populaires et des marchés fréquentés par les nombreux étudiants qui vivent dans la vieille ville, autant de bonnes raisons pour s’y poser et se laisser emporter par son imagination sur la mémoire longue offerte par l’antique cité.

Infos pratiques :

Informations : auprès de www.croatia.hr, de www.korcula.net
Quand y aller : toute l’année mais les meilleures périodes restent en mai-juin et en septembre-octobre. On peut se baigner dans les eaux chaudes et limpides de l’Adriatique jusqu’en octobre.
Comment y aller : le plus rapide c’est l’avion jusque Split ou Dubrovnik. Ensuite se louer une voiture et prendre le ferry pour être plus libre de ses mouvements sur place. Une autre formule peut être la croisière d’une dizaine de jours proposée par Rivages du Monde de mai à septembre 2021 sur un yacht de 18 cabines seulement. Avec entre autres des visites prévues à Split et à Korčula. www.rivagesdumonde.fr
Se restaurer : Paradis gastronomique, la Croatie est célèbre pour son vin, son huile d’olive et ses poissons. A déguster sans modération que ce soit dans des konoba, petites auberges populaires ou à la table familiale en maison d’hôtes.

La mer reste le meilleur refuge pour les restaurateurs qui laissent leurs nasses chargées de homards fraîchement pêchés accrochées au ponton de leur terrasse. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Devises : même si la Croatie a intégré l’Europe, elle a encore conservé sa devise, la kuna : comptez environ 7,5HRK pour 1 Euro.

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