L’illusion du « développement propre et écologique » de la Chine

Par John Robson
22 juillet 2019 Mis à jour: 22 juillet 2019

Une chose qu’on peut dire au sujet des dictatures, c’est qu’elles sont efficaces. Ce n’est pas vrai, mais on peut le dire au Canada, puisque notre Premier ministre est tristement connu pour l’avoir dit en 2013 lorsqu’il était encore chef du parti libéral.

Lorsqu’on lui a demandé quelle nation il admirait le plus, Justin Trudeau s’est mis à parler de façon inattendue : « J’ai une certaine admiration pour la Chine. Leur dictature de base leur permet de redresser leur économie du jour au lendemain. »

Il n’y avait rien d’original dans une telle attitude. Depuis l’époque de Staline, les intellectuels occidentaux ont surestimé les accomplissements des États socialistes répressifs.

Certains parmi eux collaboraient avec le bolchevisme et mentaient en son nom, comme Walter Duranty, le chef du bureau de Moscou du New York Times, qui dissimulait le génocide soviétique dans les années 1930.  Beaucoup d’autres affirmaient que, même si les mensonges et les massacres du régime socialiste soviétique étaient déplorables, ce régime aurait mené à bien son travail. Encore en 1984, les célèbres économistes John Kenneth Galbraith et Paul Samuelson affirmaient que l’économie soviétique avait plus de succès que la nôtre. Et l’ancien président américain Ronald Reagan a été ridiculisé pour avoir annoncé que le communisme était condamné, et ce, jusqu’au moment où le communisme soviétique s’est effectivement effondré.

Après cet effondrement, nous avons découvert que la planification centrale n’avait pas créé de richesse ni de justice sociale, mais qu’elle avait fait des dégâts énormes, y compris des dommages écologiques. Cependant, de manière surprenante, peu de leçons en ont été tirées, étant donné à quel point les gens chez nous se préoccupaient déjà de l’environnement à la fin des années 1960. Ils se concentraient sur les accusations du capitalisme pour des dommages environnementaux et montraient très peu d’intérêt à comparer ce qui se passait chez nous et derrière le rideau de fer.

Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée dans un nuage dégoûtant de rouille polluée, les gens chez nous ne s’intéressaient pas à son échec tant environnemental qu’économique. Ils disaient plutôt : vous avez, la liberté est bordélique et plutôt inefficace, voire même absurde. Pourtant, malgré tout le chaos et l’idiotie apparents, dans les démocraties industrialisées, les citoyens débattent des problèmes et exigent une action gouvernementale pour les résoudre. La remarquable réussite de la campagne pour préserver l’écologie du lac Érié, partagé entre le Canada et les États-Unis, en est un bon exemple.

Par contre, il s’est avéré que ce sont les dictatures communistes qui empêchaient leurs citoyens d’arrêter ou même de se plaindre de la pollution – et qui gardaient leurs citoyens trop pauvres pour se préoccuper de ce sujet. Et c’est toujours le cas.

Vue générale du sarcophage sur le 4e bloc détruit de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 février 2011. (Sergei Supinsky/AFP/Getty Images)

De nos jours, le problème n’est plus la Russie, du moins pas autant. Non, c’est… roulement de tambour, s’il vous plaît… la Chine. Si on prolonge la citation de M. Trudeau, on trouvera qu’il a dit : « J’ai une certaine admiration pour la Chine. Leur dictature de base leur permet de redresser leur économie du jour au lendemain et de dire qu’ils doivent passer au ‘vert’ le plus vite possible, qu’ils doivent commencer à investir dans le solaire. »

Sans aucun doute, Justin Trudeau n’est pas le seul à être dans cette illusion – car ce n’est qu’une illusion. En effet, il renversait les choses. Les tyrans, que M. Trudeau admirait à cause du fait qu’ils étaient capables de rendre « verte » leur économie sans devoir s’inquiéter de toute cette démocratie bordélique, n’ont pas du tout rendu écologique l’économie chinoise. Et cela précisément parce qu’ils ne devaient pas s’inquiéter de toute cette démocratie bordélique, y compris des gens qui veulent respirer de l’air pur et qui sont capables de dénoncer les mensonges politiques.

Inefficacité extrême

Les dictatures semblent attrayantes pour diverses raisons. L’une de ces raisons est leur attrait pour les personnes dont la vision de base est autoritaire, malgré leurs nombreuses paroles sur les droits et l’inclusion. L’autre est le fait que les dictatures peuvent paraître efficaces car, comme l’a expliqué Friedrich Hayek dans son livre La Route de la servitude, elles sont capables d’être très déterminées.

Les dictatures peuvent choisir un objectif, lui subordonner tous les autres objectifs et lui affecter des ressources sans compter les coûts. Mais le résultat, paradoxalement, est une extrême inefficacité dans la production de biens et même dans la propagande. Comme personne n’ose leur apporter de mauvaises informations, ou de vraies informations, les régimes tyranniques les ignorent et ne peuvent donc pas prendre en compte les coûts réels de ce qu’ils font – jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour.

La pollution est le coût réel de la production, et les faux pas idiots sont le coût réel de la propagande. La Chine a récemment fait les manchettes en matière de son impact sur l’environnement. Ce pays est le premier importateur mondial de pétrole, couvrant jusqu’à 70 % de ses besoins croissants par les importations ; il devient rapidement un gros importateur de gaz naturel liquéfié (GNL) ; il est le premier utilisateur mondial de charbon qui assure 70 % de sa production d’électricité ; et il construit ou prévoit construire quelque 300 centrales au charbon à l’étranger et au moins autant au pays. Il vient de réduire de 40 % son financement pour l’énergie propre – ce qui change les choses du jour au lendemain – mais dans quel sens ? De plus, la Chine vient d’admettre que ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de plus de 50 % entre 2005 et 2014.

En avril dernier, National Public Radio (NPR), basé à Washington, a essayé de blanchir les informations sur la pollution provenant du charbon en déclarant que « la Chine, connue pour être le plus grand pollueur du monde, a pris des mesures considérables pour devenir plus propre et pour combattre le changement climatique ». Mais la question suivante se pose : « Pourquoi alors construit-elle des centaines de centrales au charbon dans d’autres pays ? » La réponse est toute simple : parce que ces « mesures considérables » n’étaient que de la poudre aux yeux jetée par un régime tellement enclin au mensonge qu’il n’a aucune idée de ce à quoi ressemble la vérité.

Lors du forum sur l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative », souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie », tenu récemment à Pékin, a poursuivi NPR, le dirigeant chinois Xi Jinping « a fait une démarche tout à fait inhabituelle en acceptant une rencontre avec des journalistes internationaux, au cours de laquelle il a répété sa devise d’engagement pour un ‘développement ouvert, propre et vert‘ ». Xi Jinping a donc vraiment besoin que l’offensive du « charme vert » chinois fonctionne. Mais il y a une raison pour laquelle il ne rencontre normalement pas les journalistes qu’il ne peut envoyer en prison : ils dénoncent ses mensonges. Il ne faut pas chercher plus loin.

La mauvaise publicité sur le front environnemental qui en résulte est un véritable problème pour le régime chinois – il a besoin du soutien des progressistes occidentaux pour qui le changement climatique est un enjeu majeur. Cependant, le système « efficace » du régime chinois ne peut pas faire face à la désintégration de ce secteur particulier de la formation de l’opinion publique ni rendre l’économie chinoise plus « verte» du jour au lendemain.

La planification centrale ne marche tout simplement pas. Il est temps de mettre fin à toute illusion qui dit le contraire.

John Robson est réalisateur de films documentaires, chroniqueur au National Post, rédacteur en chef de Dorchester Review, commentateur général de News Talk Radio 580 CFRA à Ottawa et directeur exécutif du Climate Discussion Nexus. Son documentaire le plus récent est The Environment: A True Story.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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