L’Indonésie mobilise ses propres « petits hommes bleus » pour riposter à la Chine dans le conflit des eaux contestées

Par Chriss Street
10 janvier 2020 Mis à jour: 11 janvier 2020

L’Indonésie riposte à l’utilisation par la Chine de dizaines de milliers de « petits hommes bleus » – des pêcheurs chinois mobilisés et utilisés comme milice maritime dans le but de perturber le trafic en mer de Chine méridionale.

Le 30 décembre dernier, Jakarta a déposé à Pékin une protestation diplomatique officielle en réponse à l’entrée de trois navires de la garde côtière et d’environ 63 bateaux de pêche chinois dans la zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles de l’Indonésie. Les eaux indonésiennes comprennent les 272 îles de l’archipel de Natuna qui se trouve à l’endroit stratégique de la mer de Chine méridionale – aux portes du détroit de Karimata au sud-est et du détroit de Singapour à l’ouest.

Les navires de la garde côtière chinoise ont été poussés hors de cette zone par des corvettes de la marine indonésienne, mais l’armada de bateaux de pêche est restée en marge des eaux indonésiennes. C’est une nouvelle manifestation de la situation d’impasse prolongée à la suite de la déclaration faite en 2009 par la Chine aux Nations Unies au sujet de ses « droits maritimes historiques » à une zone s’étendant à environ 1 200 milles au sud de son territoire continental. Les revendications de la Chine englobent 90 % de la mer de Chine méridionale et de vastes étendues des eaux territoriales de la ZEE de l’Indonésie, des Philippines, du Vietnam, de la Malaisie et de Brunei.

Le régime chinois a transformé ses pêcheurs civils en milices maritimes militarisées, communément appelées « petits hommes bleus ». Bien que, en 2016, l’ONU ait rejeté la déclaration de la Chine, Pékin a utilisé des essaims de ses « petits hommes bleus » pour prendre le contrôle et militariser les îles existantes et de créer des îles artificielles dans l’archipel des Spratleys et dans d’autres endroits des mers de Chine méridionale et orientale.

La Chine possède la plus grande flotte de pêche au monde composée de plus de 220 000 bateaux motorisés et de 2 500 bateaux capables de se rendre dans des « eaux lointaines ». L’une des premières initiatives militaires du dirigeant chinois Xi Jinping a été entreprise en 2013, lorsqu’il a rendu visite à la milice maritime de Tanmen, dans la province du Hainan, dans le but de renforcer le « rôle patriotique » de tous les travailleurs maritimes.

Au cours de l’année suivante, la milice de Tanmen a reçu du matériel de communication militaire. De plus, 32 jours d’entraînement conventionnel, 18 jours d’entraînement intensif et 9 séances d’entraînement au tir réel ont été organisés. Cette pratique a été étendue aux 3,7 millions de travailleurs des collectifs de pêche chinois qui ont été organisés en unités de milice et formés pour aider la marine, la garde côtière et d’autres organismes d’application de la loi maritime dans le but d’assurer la protection des intérêts maritimes du régime chinois.

Les « petits hommes bleus » sont organisés en deux composants principaux : les réserves « ordinaires » d’hommes inscrits et les forces « prioritaires » qui peuvent être mobilisées rapidement pour réagir à diverses situations. Les forces ordinaires sont réunies dans de grandes formations de bataillons, tandis que les forces prioritaires représentent de petites unités tactiques spécialisées qui reçoivent des ressources spéciales, des militaires démobilisés du service actif et un entraînement particulier.

Le nombre et l’organisation complexe des « petits hommes bleus » ont fait échouer les efforts déployés par d’autres pays pour protéger leurs eaux territoriales. Par exemple, la Chine a installé une plate-forme pétrolière près des îles Paracels et a commencé à forer illégalement le pétrole. Cet incident a déclenché des émeutes mortelles au Vietnam, mais le navire chinois a continué à forer pendant 135 jours. En mars dernier, un bateau de pêche chinois a percuté et coulé un bateau de pêche vietnamien opérant dans les eaux territoriales établies.

Le 8 janvier, le président indonésien Joko Widodo a visité les îles Natuna en réponse à la montée des tensions avec la Chine. Autrefois appelé le « Barack Obama d’Indonésie » pour éviter de prendre parti dans les relations tendues sino-américaines, à la suite de sa réélection en avril dernier, M. Widodo a nommé l’ancien général anti-chinois Prabowo Subianto au poste de ministre de la Défense. En septembre denier, l’Indonésie a participé aux premiers exercices navals conjoints avec les États-Unis et les dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) dans le golfe de Thaïlande.

Compte tenu du défi militaire que représente l’utilisation de « petits hommes bleus » dans le cadre de sa guerre hybride menée par le régime chinois, Mahfud MD, le ministre indonésien de la Sécurité, a récemment déclaré qu’environ 120 pêcheurs de l’île de Java seraient envoyés à 600 milles au nord, dans les îles Natuna, en tant que « petits hommes bleus » indonésiens.

Peu de temps après, le président Widodo a annoncé aux journalistes que la souveraineté indonésienne « n’est pas négociable ».

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