L’industrie forestière mondiale sonne l’alerte face aux exportations massives de bois en Chine

L'industrie du sciage est « en danger de mort » affirment les industriels français du bois
Par Kathleen Li et Anne Zhang
24 septembre 2021
Mis à jour: 24 septembre 2021

Les achats spectaculaires de grumes par la Chine ces dernières années ont provoqué une crise de survie dans les industries de transformation du bois de nombreux pays. Les fabricants de bois français ont lancé une pétition demandant à l’UE de restreindre l’exportation du bois.

« Chacun doit prendre conscience que les scieries européennes sont aujourd’hui en danger de mort si rien n’est fait pour juguler l’hémorragie. », déclare la pétition « Stop log exports », lancée par les fabricants de bois français.

« Sans approvisionnement, la crise aura des conséquences directes sur l’aval de la filière (industrie et artisanat, construction et logistique) qui ne trouvera plus d’approvisionnement en Europe et sera dépendant des importations extra européennes . »

« Toutes les qualités [de grumes] y passent, y compris les bois de trituration par bateaux entiers », indiquent les industriels français du bois dans la pétition.

On trouve en haut de la pétition la photo d’un camion avec « CHINA SHIPPING », qui indique que la Chine est sans aucun doute la principale préoccupation.

Plus de 13 000 entreprises, dont 600 en Pologne et 200 en Allemagne, ont signé la pétition en moins d’un mois.

France : les achats massifs de la Chine constituent un pillage stratégique

Entre janvier et mai 2021, la Chine a importé plus de 205 810 tonnes de grumes de chêne français et plus de 303 600 tonnes de grumes de résineux, soit une augmentation de 42 % et 66 % respectivement par rapport à la même période en 2020, et plus de 80 % des exportations de grumes au cours de ces cinq mois provenaient de forêts privées françaises, selon la Fédération nationale du bois.

Dès 2018, des discussions ont commencé à circuler en France sur les achats massifs de grumes de chêne par la Chine. Environ 20 % du chêne produit en France était exporté vers la Chine, contournant les scieries locales et menaçant les 26 000 emplois de l’industrie locale de transformation du bois, rapportait France 24 en juillet 2018.

Shawn Lin, qui a travaillé dans l’industrie du transport international, y compris le transport de grumes pendant plus de 10 ans, explique pour Epoch Times que « la croissance d’un arbre en bois d’œuvre prend 20 à 30 ans, voire plus, mais il ne faut que quelques minutes pour l’abattre, donc l’exploitation forestière ne crée pas beaucoup de profits ».

« Seule la transformation du bois peut créer des profits, et plus la transformation est profonde, plus les profits sont élevés. L’industrie des scieries fait partie de l’industrie de la transformation, même s’il s’agit d’une transformation primaire. »

« Si le PCC achète des grumes brutes, cela signifie que toute l’industrie de transformation sera déplacée en Chine, et que les travailleurs locaux n’auront plus de travail », poursuit-il.

Les fabricants de bois français ont mis en garde que les achats massifs du PCC (Parti communiste chinois) constituent un pillage et une destruction stratégique des ressources. « Cette aberration économique et écologique doit cesser », indique la pétition.

Ils s’inquiètent également du fait que l’industrie du sciage est en « danger de mort ». Selon eux, l’exportation de matières premières assure aux industries européennes un approvisionnement stratégique et prioritaire, mais « les services des États Membres et les représentants des institutions Européennes laissent s’installer depuis 10 ans ce commerce toxique. Nous sommes maintenant au pied du mur».

« N’avons-nous rien retenu de l’épisode des masques et des vaccins ? », demandent-ils dans la pétition.

Ils font référence au virus PCC (à l’origine de la maladie Covid-19), originaire de Wuhan, en Chine, qui a explosé dans le monde entier. En prévision de la pandémie, le PCC s’est emparé en temps opportun des fournitures de base pour prévenir les crises sanitaires, comme les masques de protection et les vêtements médicaux, créant ainsi une pénurie mondiale. Selon les données des douanes chinoises, 2 milliards de masques ont été importés en cinq semaines à partir de janvier de l’année dernière, soit l’équivalent de deux mois et demi de production mondiale ; et environ 400 millions d’autres équipements de protection, tels que des lunettes médicales et des vêtements de protection, ont été importés, rapporte le New York Times.

Selon  Renmin, un média géré par le PCC, dès 2017, l’Administration nationale des forêts et des prairies (ANFP), l’agence centrale responsable des activités forestières et des prairies en Chine, a confirmé une approche en trois étapes visant à arrêter complètement l’exploitation commerciale des forêts naturelles, notamment dans les grandes zones forestières telles qu’en Mongolie intérieure et dans la province de Jilin.

La politique de la Chine en matière de matières premières consiste à « mettre les deux bouts à l’extérieur, big in et big out », ce qui signifie « chercher des matières premières et des marchés de vente en dehors du pays et développer énergiquement les industries de transformation dans le but d’exporter pour générer des devises étrangères », selon un article du 22 octobre 2012 publié sur le Forum de l’histoire économique de la Chine, un site du gouvernement.

Le 24 juillet, le Premier ministre français Jean Castex a annoncé l’octroi de 100 millions d’euros supplémentaires à l’industrie du bois, dans l’espoir d’atténuer les difficultés d’approvisionnement.

L’exportation massive de grumes n’a probablement pas affecté que les scieries et la France. Par exemple, le prix des barils de chêne importés de France en Australie a bondi à environ 1 530 dollars en raison de l’offre limitée de chêne français brut. Ainsi, certains grands établissements vinicoles de Californie et du Chili ont également été touchés, a indiqué le site Web The Drinks Business le 16 août.

Les industries de transformation et de construction de la Nouvelle-Zélande en crise d’approvisionnement en bois

Selon les données du ministère néo-zélandais des Industries primaires, les produits forestiers représentent le troisième poste d’exportation du pays, et s’élèvent à plus de 6,7 milliards de dollars par an.

La majorité des exportations de bois de la Nouvelle-Zélande sont des grumes brutes, dont 70 à 80 % sont destinées à la Chine. Entre 2008 et 2021, les expéditions de grumes de la Nouvelle-Zélande vers la Chine sont passées de 1 million de tonnes par an à environ 20 millions de tonnes, a rapporté le média local néo-zélandais Stuff, en mars.

David Turner, directeur général de Sequal, une usine de transformation du bois située à Kawerau, en Nouvelle-Zélande, a déclaré à Stuff que les exportations importantes de grumes vers la Chine se font au détriment de l’industrie néo-zélandaise de transformation du bois.

« [Nous] envoyons tant de grumes brutes en Chine sans les transformer en quelque chose de plus précieux », a déclaré Turner. « C’est une violation de notre responsabilité envers les générations futures. »

L’industrie nationale de la construction de la Nouvelle-Zélande a également connu récemment une pénurie de matériaux en bois. En août, la ministre du bâtiment et de la construction, Poto Williams, a envisagé de restreindre les exportations de bois pour protéger l’approvisionnement national.

Toutefois, Mme Williams a déclaré par la suite que le gouvernement n’interviendrait pas dans les exportations de bois. Elle a déclaré avoir reçu des suggestions selon lesquelles certains fournisseurs augmenteraient leur production de bois de construction et réduiraient leurs exportations au cours des six prochains mois, selon un article paru dans Stuff le 6 août.

La Russie impose des droits de douane sur les exportations de bois comme mesure de protection

Les critiques en Russie ont accusé le gouvernement de vendre des droits d’exploitation forestière à des entreprises chinoises à bas prix, menaçant ainsi le développement économique du pays. Ces personnes avertissent également que la Chine protège ses propres terres forestières alors qu’elle déforeste des pays d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie du Sud-Est affirme un article du New York Times d’avril 2019.

En 2018, une pétition adressée au président russe Vladimir Poutine a demandé l’interdiction des exportations de bois vers la Chine et a été signée par plus de 520 000 personnes.

La Russie impose des droits de douane à l’exportation sur le bois non transformé et interdira les exportations de bois résineux et des grumes de feuillus de grande valeur à partir de 2022. Le 21 mai, le gouvernement russe a décidé d’imposer une taxe à l’exportation pouvant atteindre 10 % sur les ventes de plusieurs types de bois russes. Le 1er juillet, des droits d’exportation ont été imposés sur le bois non transformé dont le taux d’humidité dépasse 22 %.

Cette mesure vise à « limiter les exportations de produits en bois brut non transformé, ainsi qu’à en maintenir le prix sur le marché intérieur à stimuler une activité économique supplémentaire en Russie et à contribuer à atténuer l’abattage illégal », selon le site Forest Economic Advisors.

La Chine, qui est le plus grand importateur de bois au monde, en importe également d’Amérique latine, du bassin du Congo en Afrique et d’Asie du Sud-Est. « L’ampleur de l’approvisionnement de la Chine signifie qu’une proportion importante de ses importations de bois et de produits du bois a été récoltée illégalement », a déclaré l’Environmental Investigation Agency.

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