L’Iran et les États-Unis sont au bord du gouffre

22 mai 2019 Mis à jour: 22 mai 2019

Au 40e anniversaire de sa révolution islamique, l’Iran, une civilisation vieille d’au moins 2 500 ans et un pays comptant environ 80 millions d’habitants laborieux et talentueux, fait face à une myriade de problèmes résultant d’une mauvaise gouvernance.

Le cas de l’avocate Nasrin Sotoudeh est un exemple de l’abus systématique de la dignité humaine par les mollahs. Pour avoir défendu des femmes iraniennes refusant de porter le foulard, elle a été condamnée à 148 coups de fouet et à 38 ans de détention dans la tristement célèbre prison d’Evin, « l’usine de torture » du régime.

Kaveh Shahrooz, originaire d’Iran et défenseur des droits de l’homme au Canada, souligne que Mme Sotoudeh est « la voix des sans-voix » dans son pays. Selon lui, une bonne façon de tenir le régime responsable de nombreuses atrocités serait d’appliquer les sanctions de la loi Magnitski – des sanctions qui sont déjà introduites dans plusieurs démocraties envers 19 responsables iraniens. Ces responsables ont joué un rôle important dans de nombreux crimes, allant des massacres de masse à la suppression de la liberté de parole.

Cela permettrait, poursuit-il, à tous les gouvernements de calibrer leur pression sur Téhéran sans créer d’obstacles à un engagement mutuellement fructueux, à condition qu’il n’inclue pas ceux qui sont impliqués dans des crimes de masse. L’approche « nommer et dénoncer » prévue par la loi Magnitski est conforme à la politique du gouvernement canadien qui critique le régime iranien dans ses résolutions annuelles sur les droits de l’homme.

Cependant Struan Stevenson, membre écossais du Parlement européen depuis 15 ans, préconise une approche plus ferme. Il a récemment exhorté l’administration Trump à maintenir la pression financière sur le régime iranien et a qualifié du « dernier clou dans le cercueil des mollahs » la décision du président américain de mettre fin aux dérogations des sanctions américaines accordées à la Turquie, l’Irak, l’Inde, le Japon et la Chine. Ces dérogations permettaient à ces pays d’importer du pétrole iranien. Les exportations de pétrole iranien, souligne M. Stevenson, devraient être ramenées presque à zéro, même si elles sont déjà tombées à environ 1 million de barils par jour – soit moins de la moitié du niveau atteint avant l’imposition des sanctions américaines.

M. Stevenson a également salué l’annonce par le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo de l’inclusion par son gouvernement du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) du régime iranien sur la liste noire des organisations terroristes. « Le CGRI contrôle près de 90 % de l’économie iranienne. Il sera pratiquement impossible pour quiconque de faire du commerce avec l’Iran sans enfreindre les sanctions américaines et sans encourir de lourdes sanctions pour avoir mené des affaires avec une organisation terroriste répertoriée », a-t-il expliqué.

Ce membre du Parlement européen souhaite également que le ministère iranien du Renseignement soit ajouté à la même liste d’organisations terroristes étrangères.

Pour de nombreux observateurs du régime iranien, le pire abus de gouvernance toujours en cours dans ce pays provient de la décision du régime de dépenser des fonds iraniens pour des guerres par procuration et des milices qu’il arme en Syrie, au Yémen et au Liban. Le régime utilise le CGRI (dont le rôle est de protéger le système islamique en Iran) comme outil de répression, l’envoyant à écraser les manifestations et à arrêter les dissidents. Par exemple, après des soulèvements nationaux du début de l’année 2018, le régime a arrêté des milliers de manifestants.

De récentes manifestations de masse ont attiré l’attention de la communauté internationale sur l’inaction du régime à la suite de très importantes inondations, qui ont fait au moins 250 morts et ont laissé de nombreuses personnes sans nourriture et sans eau. Plutôt que de mettre les ressources du Corps des gardiens de la révolution islamique à la disposition des opérations de sauvetage, le régime a déployé des mercenaires pour maintenir l’ordre et empêcher les manifestations.

À mesure que les tensions entre l’Iran et les États-Unis s’intensifient, la possibilité d’une grande guerre augmente. Un porte-avions américain et des bombardiers B-52 sont déployés à proximité du golfe Persique. À Téhéran, les leaders religieux et du CGRI se déchaînent. Le président Hassan Rouhani a déclaré, au ton nettement belliciste, que l’Iran ne respecterait plus les termes de l’accord nucléaire.

En 2015, John Bolton, conseiller principal de Trump pour la sécurité nationale, a soutenu que le meilleur moyen d’empêcher l’Iran d’obtenir une bombe nucléaire était de « bombarder l’Iran ». Il semblerait que Washington est en train d’élaborer des plans pour envoyer 120 000 soldats au Moyen-Orient si l’Iran attaque les Américains en Irak. Tout le personnel américain non essentiel a déjà reçu l’ordre de quitter Bagdad.

Une seule erreur de calcul pourrait déclencher une guerre totale dans la région. M. Bolton a appelé au « renversement du régime des mollahs », tandis que la politique de Trump de « pression maximale » s’est intensifiée au point d’étouffer Téhéran.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont déjà engagés dans une guerre par procuration avec l’Iran et poussent Washington à adopter une position agressive. Si l’on veut éviter une guerre, le « faucon » John Bolton devrait cesser de narguer le régime de Téhéran, notamment en lançant de mises en garde dangereuses sur l’imminence d’une action militaire américaine.

David Kilgour

David Kilgour, avocat de profession, a été pendant presque 27 ans député au Parlement du Canada. Il a également servi dans le gouvernement canadien aux postes de Secrétaire d’État (Amérique latine et Afrique) et Secrétaire d’État (Asie-Pacifique). Il est l’auteur de plusieurs livres et co-auteur avec David Matas du livre Bloody Harvest : The Killing of Falun Gong for Their Organs (Prélèvements meurtriers : l’assassinat des pratiquants du Falun Gong pour leurs organes).

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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