Comment l’Occident s’est trompé au sujet de la Chine

Gordon Chang, écrivain et expert sur la Chine, parle de la politique des pays occidentaux envers la Chine et de la fermeture de la « fenêtre d'opportunités » pour le régime chinois
16 mars 2019 Mis à jour: 16 mars 2019

Omid Ghoreishi

Quelle est la faute la plus grave de la politique étrangère de l’Occident ? Il y a quelques années, beaucoup de gens auraient dit que c’était l’échec d’arrêter la montée du Troisième Reich d’Hitler en Allemagne dans les années 1930, suggère l’écrivain américain Gordon Chang. Mais, aujourd’hui, souligne-t-il, il y a un nouveau candidat à la première place : l’incapacité de l’Occident à modérer le comportement de la Chine communiste.

« Le temps est venu pour nous, en Occident, de reconnaître nos erreurs et de mettre fin à nos illusions », a martelé cet expert sur la Chine et auteur du livre The Coming Collapse of China (L’effondrement prochain de la Chine) lors d’une conférence à l’Université Brock dans la province canadienne de l’Ontario.

Gordon Chang, expert sur la Chine et auteur du livre The Coming Collapse of China (L’effondrement prochain de la Chine) (Benjamin Chasteen/Epoch Times)

La question remonte à des décennies de politique erronée envers la Chine, a expliqué M. Chang. Un exemple récent est la façon dont Washington a réagi, en 2012, à l’agression chinoise lors de la confrontation entre la Chine et les Philippines autour du récif de Scarborough dans la mer de Chine méridionale.

À la suite d’un accord négocié par les États-Unis, les Philippines ont retiré leurs navires de la région jusqu’à ce qu’un autre accord sur l’appartenance de ce territoire contesté puisse être conclu. Cependant, Pékin n’a pas retiré ses forces et a occupé le récif à la suite d’une opération militaire de sa marine.

« Afin d’éviter un conflit, les hauts responsables de la Maison-Blanche ont décidé de ne pas appliquer l’accord qu’ils avaient négocié », a poursuivi M. Chang. « Mais, en ne faisant rien, on a montré aux Chinois qu’ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. »

En conséquence, la Chine a continué d’accroître sa présence militaire sur d’autres territoires contestés de la région.

« Les Chinois ont agi comme des voyous, mais c’est parce que l’Occident, et en particulier les États-Unis, a permis aux Chinois de devenir des voyous. Nous avons oublié toutes les leçons sur la façon de traiter avec les régimes autoritaires », a précisé M. Chang.

Parmi les facteurs qui ont mis l’Occident sur la mauvaise voie avec la Chine, est le fait qu’il n’a pas vraiment compris la nature du système soviétique communiste, estimant que l’Union soviétique était un État comme les autres.

« Au lieu de reconnaître la nature belligérante du communisme, on s’est dit que la Chine n’était qu’un autre pays », a expliqué l’expert.

Une telle approche erronée peut être bien illustrée par les paroles de Winston Lord, adjoint d’Henry Kissinger, l’ancien conseiller américain pour la sécurité nationale qui a négocié un rapprochement avec la Chine. Il a dit que la politique américaine à l’égard de la Chine a dû reposer sur des « mythes nécessaires ».

Cependant, le fondement de la politique sur des mythes a eu ses conséquences. L’une d’elles est le fait que le régime chinois ne s’est jamais dirigé vers la démocratie à la suite du développement des relations plus étroites avec l’Occident, comme beaucoup l’avaient espéré.

« La politique occidentale envers la Chine a fondamentalement sous-estimé l’hostilité, la belligérance, l’acharnement et le désir de pouvoir du Parti communiste chinois », insiste Gordon Chang.

Une formation de la marine chinoise lors d’exercices militaires dans la mer de Chine méridionale, le 2 janvier 2017 (STR/AFP/Getty Images)

En se référent au récent conflit entre la Chine et le Canada, il a cité les commentaires du consul général de Chine à Calgary au sujet de l’arrestation au Canada de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, à la demande des États-Unis. « Malheureusement, certains pays ne semblent pas vouloir donner une chance à la Chine », a déclaré Lu Xu en février dernier.

En réalité, a commenté M. Chang, la Chine a eu beaucoup d’occasions et « elle a épuisé la patience de beaucoup de pays ».

La « fenêtre d’opportunités » se referme pour Pékin

Les prétentions ambitieuses du régime chinois se sont récemment multipliées alors que ses dirigeants commencent à se rendre compte que « la fenêtre d’opportunités se referme ». Gordon Chang attribue cela à quatre facteurs : la dégradation de l’environnement, les troubles et le mécontentement dans la société, le déclin démographique et l’échec économique.

À part de l’aggravation de la pollution généralisée, la Chine est confrontée au problème de la pénurie d’eau, qui pose de nombreux autres problèmes, notamment le ralentissement du développement économique.

Le régime chinois comprend également qu’il a perdu « le cœur et l’esprit » des citoyens chinois, comme en témoignent les manifestations des représentants des différents segments de la société à travers tout le pays. Il s’agit notamment d’investisseurs, des vétérans de l’armée, de propriétaires lésés et de parents d’enfants vaccinés avec des vaccins périmés, entre autres.

« Cela témoigne du mécontentement fondamental dans la société, et le communisme n’a pas de réponse. »

La crise démographique de la Chine est grave, a ajouté M. Chang, avec un déclin démographique prévu pour tout un siècle. Le passage d’une politique de l’enfant unique à une politique de deux enfants n’a pas créé le baby-boom que les autorités avaient espéré.

« L’effet d’une grave crise démographique, comme celle que connaît la Chine, ne se fait sentir qu’avec le temps », a souligné M. Chang. Cela contribue également au quatrième facteur, le déclin économique.

« Même si l’on se fie aux chiffres publiés en Chine, ce pays accumule une dette une fois et demie plus rapidement qu’elle n’accroît la production économique », a-t-il indiqué.

Ainsi, si on constate que ces derniers temps la Chine a un comportement particulièrement hostile et provocateur, « c’est parce qu’elle a l’impression de manquer de temps ».

« Mais si la Chine manque de temps, il en va de même pour tout le monde. » Cela signifie que le moment est venu pour l’Occident de changer son approche envers la Chine, a martelé Gordon Chang.

« Nous avons parié que nous pourrions nous associer, nous réformer et devenir amis avec un super-État communiste, et nous nous sommes trompés. Et comme nous nous sommes trompés, nous devrons maintenant adapter notre politique. »

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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