Est-ce que l’Occident est vraiment en train de se dissocier de la Chine ?

Pour l'Occident, la Chine est passée de source à cible
Par Milton Ezrati
10 novembre 2021
Mis à jour: 10 novembre 2021

Avant même que l’ancien président américain Donald Trump n’entame sa « guerre commerciale » de 2019 avec la Chine, les politiciens occidentaux avaient commencé à se poser des questions sur la possibilité de dissocier leurs économies de la Chine.

Ces discussions étaient une réaction normale à la codépendance qui s’était installée au fil du temps. Le développement chinois dépendait fortement d’un flux toujours plus important d’exportations vers l’Occident, tandis que les économies occidentales étaient devenues très dépendantes des produits chinois bon marché. La « guerre commerciale » sino-américaine a rendu ces discussions encore plus actuelles, tout comme la pandémie de 2020.

Après le pic de la pandémie, les mêmes questions demeurent, tandis que les choses se sont bien compliquées. De nombreux éléments indiquent que l’ancien système de relations économiques s’estompe et qu’un découplage est en train de se produire. Dans le même temps, d’autres éléments suggèrent qu’un nouvel intérêt de l’Occident pour la Chine est en train de modifier l’ancien système de dépendance.

Ce phénomène se reflète dans un mélange d’articles dans les médias. Un reportage, par exemple, décrit comment les entreprises clientes en Europe et aux États-Unis sont « effrayées » par les « fluctuations » dans les chaînes d’approvisionnement mondiales établies, ce qui rend les conseils d’administration des sociétés occidentales très intéressés par le découplage de la Chine.

En revanche, un autre article décrit l’enthousiasme d’un éminent banquier occidental au sujet des opportunités de croissance et de développement en Chine – et ce, du point de vue de leur attrait pour les investissements de l’Occident. L’article indiquait que 27 grandes sociétés européennes injectaient des fonds supplémentaires dans leurs coentreprises chinoises.

Ce ne sont que deux illustrations de la nature mitigée de la situation. Mais elles sont bien révélatrices.

Des ouvrières travaillent dans une usine de vêtements à Hefei, dans la province de l’Anhui, dans l’est de la Chine. L’industrie chinoise de la confection connaît un ralentissement. (STR/AFP/Getty Images)

Le premier article illustre les vieux arrangements qui s’estompent. Ceux-ci remontent au début du commerce de la Chine avec l’Occident. Les salaires chinois étaient bas, surtout par rapport à l’Europe, aux États-Unis et au Japon. De plus, la Chine disposait d’une main-d’œuvre nombreuse, disciplinée et relativement bien formée. À partir de cette base, le pays s’est vendu au monde entier – et de manière très efficace – comme un endroit attrayant où on peut s’approvisionner. L’argent du monde occidental a afflué en Chine pour construire des usines fabriquant des biens à bas prix – des biens destinés à l’exportation vers le pays d’origine de chaque investisseur ainsi que vers d’autres marchés. Cependant, avec le développement de la Chine au fil des ans, les salaires y ont augmenté. La main-d’œuvre chinoise devenait moins bon marché, ce qui rendait les arrangements originaux moins attrayants pour les sociétés occidentales. La « guerre commerciale » de 2019, puis la pandémie de 2020 ont diminué davantage l’attrait de ces arrangements. Les entreprises occidentales ont commencé à chercher ailleurs leurs sources d’approvisionnement.

Le deuxième article parle d’une autre et plus récente source d’intérêt occidental pour la Chine. Alors que l’ancien modèle d’exportation facilitait le développement de la Chine, une classe de consommateurs toujours plus nombreux et plus prospères y est apparue. Ainsi, même si les entreprises occidentales perdaient leur intérêt dans les anciens arrangements, elles ont vu de nouvelles opportunités d’investissement en Chine : non pas pour produire en vue de l’exportation vers leurs marchés nationaux, mais plutôt pour fabriquer des produits de leurs marques en Chine et s’assurer ainsi une position favorable pour les vendre sur le marché chinois, désormais bien vaste et développé.

Des Chinois passent devant une Ferrari et des hélicoptères pendant la Conférence et l’Exposition asiatique de l’aviation d’affaires à l’aéroport international Hongqiao de Shanghai, le 14 avril 2014. (Mark Ralston/AFP via Getty Images)

Ce changement a commencé par une modification du calcul des coûts. Entre 2015 et 2020, par exemple, le salaire horaire moyen en Chine, selon le Bureau des statistiques de Pékin, a augmenté de 9 % par an, soit de plus de 53 % en seulement cinq ans. En comparaison, aux États-Unis, les salaires horaires ont augmenté d’environ 5 % par an pendant cette période. L’écart de coûts se resserrait rapidement, et les sociétés occidentales ont commencé à chercher ailleurs des coûts d’approvisionnement moins élevés – au Vietnam, en Indonésie, en Malaisie et ailleurs en Asie.

La « guerre commerciale » sino-américaine de 2019 a accéléré le rythme du changement. Les droits de douane imposés aux produits fabriqués en Chine ont augmenté le coût de leur réalisation sur le marché intérieur américain, poussant les sociétés américaines à accélérer le transfert de production hors de Chine. En même temps, les producteurs chinois, pour éviter les tarifs douaniers américains, ont déplacé leur production au Vietnam, en Indonésie et ailleurs.

Puis, pendant la pandémie, la Chine a limité l’exportation de certains produits critiques, ce qui a soulevé des questions de fiabilité parmi les entreprises occidentales cherchant à s’approvisionner à l’étranger.

Les chiffres des investissements étrangers dans divers pays asiatiques confirment cette image générale. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, la majeure partie des investissements directs occidentaux en Asie était centrée sur la Chine, cette image a radicalement changé. Au cours des cinq dernières années, selon les chiffres de la Banque mondiale, les flux d’investissements directs de l’Occident vers la Chine ont augmenté de quelque 34,3 %, soit de 6,1 % par an en moyenne, ce qui est beaucoup plus lent que par le passé. En revanche, ces flux d’investissements vers l’Indonésie ont augmenté de 55,6 %, soit de 9,2 % par an, et vers le Vietnam de 87 %, soit de 13,3 % par an.

La composition des investissements en Chine confirme également la nouvelle orientation de l’Occident. Si, par le passé, la majeure partie des investissements directs était axée sur l’industrie manufacturière – en grande partie destinée à l’exportation vers les économies nationales des investisseurs – les investissements plus récents ont mis l’accent sur les services et le commerce de détail en Chine. Les chiffres du ministère américain du Commerce sont éloquents : au cours des dernières années, seuls 30 % des investissements directs ont été orientés vers le secteur manufacturier, tandis que 60 % sont allés dans les services et surtout dans le commerce de détail. Ces fonds visent clairement à tirer profit du marché intérieur chinois de plus en plus vaste – une image bien différente de celle d’un passé pas si lointain.

Il semble donc que les deux côtés du phénomène du découplage se manifestent clairement. Le découplage de l’Occident de la Chine en tant que source de produits importés est évident. Les chaînes d’approvisionnement des sociétés occidentales se déplacent effectivement de la Chine vers d’autres pays d’Asie. Dans le même temps, l’attrait du marché de la consommation chinois crée une nouvelle forme de couplage dont a parlé avec enthousiasme le banquier mentionné précédemment.

Milton Ezrati est collaborateur de la rédaction pour la revue National Interest affiliée au Center for the Study of Human Capital de l’université d’État de New York à Buffalo, et économiste en chef de Vested, une société de communication basée à New York. Avant de rejoindre Vested, il a été responsable de la stratégie de marché et économiste chez Lord, Abbett & Co. Il écrit également fréquemment pour le City Journal et blogue régulièrement pour Forbes. Son dernier livre s’intitule Thirty Tomorrows : The Next Three Decades of Globalization, Demographics, and How We Will Live (Les trois prochaines décennies de mondialisation – démographie et notre mode de vie).


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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