Lucette Destouches: la « féerie » de Louis-Ferdinand Céline

Par Epochtimes.fr avec AFP
8 novembre 2019 Mis à jour: 8 novembre 2019

Lucette Destouches, décédée dans la nuit de jeudi à vendredi à 107 ans, a sacrifié sa vie à l’écrivain français Louis-Ferdinand Céline, plaidant sans relâche pour que la postérité soit indulgente avec son mari qui ne lui a pourtant pas rendu l’existence facile.

« C’était ma féerie », écrivait à propos de sa femme l’auteur du « Voyage au bout de la nuit » (1932) et de « Mort à crédit » (1936), mais aussi de pamphlets violemment antisémites. Elle s’était longtemps opposée à leur reparution pour y consentir en 2017. Mais le projet de l’éditeur Gallimard a finalement été reporté sine die.

Lucette drôle, discrète et originale

Lucette Destouches était lumineuse et drôle, discrète et originale. Ses cheveux blancs encadraient un visage aux traits longtemps épargnés par le temps, comme sa silhouette forgée par la danse, arrêtée à plus de 85 ans !

-Maison de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline et de son épouse à la route des Gardes, Meudon, France. Image Wikipédia LPLT.

« Madame Céline » (titre d’un livre-hommage qui lui a été consacré pour son centenaire) n’avait plus voulu voir de caméra depuis la fin des années 60. « C’est Céline qui importe, moi je ne suis rien », assurait-elle.

C’est en 1935 que Louis-Ferdinand Céline (né Destouches et qui a choisi comme nom de plume le prénom de sa grand-mère) rencontre une jeune et gracieuse danseuse, Lucette Almanzor, née à Paris le 20 juillet 1912. Il a 41 ans et l’intimide. Le couple se voit peu pendant un an puis tombe amoureux.

Lucette  donne à Céline sa gaieté et sa jeunesse

L’écrivain, qui a dédié le « Voyage » à une danseuse, l’Américaine Elizabeth Craig, considère cette discipline comme un rempart contre la lourdeur (des gens mais aussi du style littéraire) qu’il hait. Lucette lui donne sa gaieté et sa jeunesse, en échange, selon son expression, de « sa tête d’homme qui a vécu ».

« C’est par sa bonté, immense, qu’il m’a le plus touchée », expliquait-elle. Pour lui, « Lili », comme il l’appelle, va cesser les tournées à l’étranger qu’elle effectuait au sein d’une compagnie réputée.

Pendant ces années d’avant-guerre, elle le regarde écrire, de manière obsessionnelle: « Il pouvait rester des heures, des jours sur un mot. Jusqu’à ce qu’il l’entende tomber comme il faut. La littérature, on n’en parlait pas, la musique non plus. On était ensemble avec elles et c’était le plus important ».

-Une photo prise le 17 juin 2011 à la maison de ventes Drouot à Paris montre des peintures, des affiches, des images et un buste du romancier français Louis-Ferdinand Celine lors d’une vente aux enchères marquant le 50e anniversaire de la mort de l’écrivain. Photo LIONEL BONAVENTURE / AFP via Getty Images.

En février 1943, il l’épouse à la mairie du 18e arrondissement de Paris

Le couple quitte Paris en juin 1944 pour l’hallucinante traversée d’une Allemagne en flammes et tenter de passer au Danemark où Céline a déposé de l’or. En octobre, accompagnés du chat Bébert et de l’acteur Robert Le Vigan, ils parviennent à Sigmaringen.

Ce sera le sujet de pages fameuses dans l’œuvre de l’écrivain (« D’un château l’autre », 1957). En mars 1945, les Destouches réussissent à atteindre Copenhague malgré les bombardements. Suivent six années de chaos où, entre autres épreuves, Céline connaît la prison.

Après la guerre reviennent à Meudon

Louis et Lucette rentrent en France en 1951. Au 25 ter, route des Gardes, à Meudon, près de Paris, elle ouvre un cours de danse. Une plaque indique: « Professeur de danse classique et de caractère ». 

Des décennies plus tard, des élèves se diront bluffés par « ce qu’elle pouvait faire avec son ventre, à 80 ans passés ».

La vie auprès d’un génie n’est pas toujours drôle mais la danse aide Lucette à tenir. Anxieux perpétuel, ermite-clochard entouré d’animaux, Céline râle, ne sort pas, mange mal, se bourre de barbituriques. Silencieux, il est soudain capable de longues imprécations.

Tous les soirs, il lui lit ses dernières pages. Elle trouve qu’il écrit trop souvent « merde ». Il répond que « les gros mots, c’est nécessaire » dans les livres. De toute façon, en général, il parle tout seul.

Des personnalités passent la voir ou le voir, ce qui est plus difficile.

Elle parlait toujours de Louis au présent, longtemps après sa mort, survenue en 1961, à 67 ans.

« Je comprends qu’on ne soit pas d’accord avec lui », assurait-elle à ceux qui s’épuisent à comprendre comment on peut être aussi « bon » et écrire des livres aussi haineux. Comme si elle avait donné raison à l’écrivain François Nourissier: « Admirez Céline, ne le défendez pas ».

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