Manque de candidats à la vaccination au Québec : des vaccinateurs payés pour jouer au sudoku

Par Nathalie Dieul
16 avril 2021
Mis à jour: 16 avril 2021

De nombreuses plages horaires sont encore disponibles pour la vaccination de l’AstraZeneca au Québec, en particulier dans le Grand Montréal où des vaccinateurs sont payés à ne rien faire en attendant des patients.

« Il n’y a pas un chat », explique à La Presse Isabelle Parent, directrice de la vaccination au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, au nord de Montréal.

« Je suis capable de vacciner un patient aux 5 minutes, mais je me retrouve à en vacciner 20 dans toute ma journée », confie une vaccinatrice au Journal de Montréal. Cette professionnelle se retrouve souvent à jouer au sudoku pendant ses heures de travail depuis le mois de février. Elle et ses collègues « sont en train de virer fous à rester assis sur leur chaise ».

De son côté, un jeune homme raconte n’avoir fait que deux injections pendant tout un quart de travail. Au total, il y a eu « moins de 10 patients par heure » pour une trentaine d’employés cette journée-là.

« Vaccin gratuit ! » s’exclame une employée de la clinique de vaccination du centre commercial Quartier Laval ce mercredi matin, essayant d’interpeller des patients dans le stationnement.

Lorsque l’on regarde les disponibilités des plages horaires du site officiel Clicsante.ca, on constate qu’il y a des centaines de possibilités de prendre rendez-vous dès le lendemain. Jeudi soir, il y avait en effet 694 075 rendez-vous disponibles dans les sept prochains jours – rappelons que la population totale du Québec est d’un peu plus de 8,5 millions d’habitants.

Un informaticien québécois, Baptiste Laget, se questionnant sur la disponibilité des rendez-vous pour la vaccination, a décidé de sa propre initiative de créer l’outil qu’il ne trouvait pas. Il a ainsi développé le site Internet Statvaccin compilant toutes les heures les données du site Clicsante.ca, ce qui permet de voir tout de suite où il reste des places pour prendre rendez-vous le jour même ou le lendemain.

On peut y voir que dans les sept prochains jours, plus d’une vingtaine de centres de vaccination disposent de plus de 10 000 possibilités de rendez-vous chacun, certains ayant jusqu’à plus de 56 000 places disponibles, et ce sans compter les sites sans rendez-vous. Le calendrier de chaque centre de vaccination permet de voir également s’il y a des rendez-vous qui ont été perdus dans les jours précédents.

Par exemple, l’aréna Bill-Durnan, à Montréal, dispose de 19 250 rendez-vous possibles dans les sept prochains jours. Sur les huit jours comptabilisés dans le calendrier, entre le 8 et le 15 avril, une seule journée – la première – affichait complet, alors que les sept autres journées indiquaient que des rendez-vous avaient été perdus. Sur place, le journal La Presse a constaté ce mercredi que les dizaines d’employés n’étaient pas très occupés : seulement 12 personnes se sont présentées entre 11 h 20 et 11 h 50 pour recevoir le vaccin.

La veille, dans le même centre de vaccination, Richard Sauvé n’en revenait pas de ne croiser que trois patients lorsqu’il est arrivé à son rendez-vous matinal pour recevoir le vaccin AstraZeneca : « Il y avait 60 infirmières qui m’attendaient. »

Au total, 24,3 % des Québécois auraient reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, selon les données publiées le 14 avril par le ministre de la Santé Christian Dubé, qui a également tweeté que « l’opération AstraZeneca est un succès » et que « ça ne s’essouffle pas ». Le Premier ministre du Québec, de son côté, a assuré lors d’une mêlée de presse le 15 avril qu’il était « très satisfait des résultats » de la campagne de vaccination.

Certains intervenants du réseau de la santé craignent pourtant que le Québec se retrouve avec des doses inutilisées du vaccin AstraZeneca. Par exemple, Isabelle Parent, directrice de la vaccination au CISSS de Laval, pense que la plupart des personnes âgées de plus de 55 ans qui voulaient se faire vacciner l’ont déjà été. Il reste environ 5 000 doses d’AstraZeneca dans son établissement. « Je suis assez convaincue qu’on ne va pas les écouler », remarque-t-elle.

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