La méditation pour apprendre à vivre en société

23 novembre 2016 Mis à jour: 17 juillet 2017

« Reste tranquille comme la grenouille, aussi tranquille que la grenouille… », cette petite phrase est extraite du CD d’accompagnement de l’ouvrage Calme et attentif comme une grenouille. Best-seller vendu dans 27 pays, la « méthode de la grenouille » a été mise au point par Eline Snel, une thérapeute néerlandaise afin d’initier les enfants à la méditation pour un effet d’apaisement et de concentration.

La méditation au secours des enfants agités

C’est le constat d’enfants souvent agités, voire stressés ou surmenés à l’école et à la maison, qui a mené Elise Snel à mettre en place cette méthode. Simple d’utilisation, elle permet à l’enfant de prendre conscience de son corps à travers ses mouvements, puis de sa respiration et de son esprit, laissant la tranquillité se propager peu à peu. « Mon Dieu, que de choses à faire ! » disait déjà la petite écolière du poème de Maurice Carême au début du XXe siècle. Que dirait-elle aujourd’hui ?

« Il y a une injonction de réussite à l’école à laquelle s’ajoutent des activités extrascolaires en pagaille et la présence croissante des écrans », explique Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne et auteure de l’ouvrage Tout est là, juste là. Selon cette inconditionnelle de la méditation de pleine conscience, il est indispensable pour les enfants de vivre « ces moments de rien » qui laissent place à l’imagination. « Lorsque le cerveau n’a rien à résoudre, des connexions se feront sur un mode aléatoire, ce qui va stimuler la créativité », explique-t-elle dans une interview au Figaro Madame.

Elle explique que la méditation permet d’« apprendre à être vraiment présent. Être présent dans ce que l’on vit. Au moment où on le vit. ». Selon elle, cela est bénéfique pour tous les âges, des enfants aux adultes, en passant par les ados.

La méditation permet de compléter la méthode éducative

Aux États-Unis, dans un quartier défavorisé de Baltimore, la fondation Holistic Life propose aux élèves de l’école Coleman des séances de méditation. Proposées aux élèves volontaires qui se sentent stressés ou oppressés et imposées aux élèves perturbateurs qui sont exclus temporairement de leur classe. Méditer plutôt que d’être « collé », tel est le credo de cette école où depuis un an, le directeur ne recense plus aucun renvoi de classe.

En France, Marie-Aude Lanniaux est professeure de français au collège De Gaulle à Jeumont dans le Nord-Pas-de-Calais. Elle fait aussi partie de ceux qui pensent qu’une séance de méditation est plus appropriée pour un élève turbulent qu’une punition. Depuis la Toussaint, une salle de méditation permet à des élèves difficiles de pratiquer des techniques de relaxation active.

« Prenez une grande respiration et imaginez une bulle avec de la lumière dedans », indique-t-elle. « Vous y êtes à l’abri. » Pendant plus de quarante minutes, les élèves, allongés sur des tapis de sol, apprennent à se recentrer et à s’apaiser à travers une détente physique et morale obtenues avec des paroles bienveillantes. « J’ai remarqué que des élèves réfractaires à tout – l’apprentissage, l’autorité – se révélaient plutôt réceptifs. Certains se montrent plus apaisés, soulagés », souligne la professeure, devenue référente du réseau de lutte contre le décrochage scolaire au sein du collège.

La méditation pour mieux « accepter le réel »

Chez les adultes, la méditation semble aussi gagner du terrain. En entreprise, des séances sont proposées aux employés, à l’image des géants de la Silicon Valley, pionniers dans le domaine de l’entreprise. En France, le phénomène prend peu à peu de l’ampleur. Christophe André, psychologue clinicien et auteur de Trois amis en quête de sagesse avec Alexandre Jollien et Matthieu Ricard, propose aussi des cours de méditation en entreprise.

Il explique cet engouement : « Dans les entreprises, dans le monde de l’économie en général, de plus en plus de salariés veulent mieux comprendre, mieux voir, mieux décider. Beaucoup de dirigeants sont aussi las d’être dans la réactivité permanente. Ils aspirent à être parfois dans la non-action. Ils ont envie d’observer leur vie, d’être présents à ce qu’ils voient. En d’autres mots, d’accepter le réel. » Au travail, à l’école ou à la maison, la méditation semble développer ses bienfaits sur tous les âges et à tous les niveaux de la société.

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