Mesurer l’impact de la méditation sur l’esprit

Les personnes qui méditent depuis un certain temps traitent les émotions plus rapidement et plus calmement
Par Conan Milner
8 mars 2020
Mis à jour: 8 mars 2020

La méditation est une pratique séculaire de concentration intérieure. Dans le passé, elle était associée aux moines et aux sages qui étaient en quête d’éveil. Aujourd’hui, la méditation s’est répandue dans la population, car de plus en plus de personnes recherchent le calme et la clarté que seul un moment de calme intérieur peut apporter.

Un facteur qui contribue à populariser la méditation est la preuve scientifique. Pendant la plus grande partie du 20e siècle, la science était sceptique à l’égard de ces sujets. Cependant, ces dernières années, plusieurs études ont pu vérifier et valider certains des bienfaits de la méditation.

Prenez, par exemple, l’une des formes de méditation les mieux étudiées : le yoga. Autrefois une activité marginale, le yoga est aujourd’hui pratiqué quasiment partout. Beaucoup ont été intuitivement attirés par cette pratique, et la science a encouragé d’autres personnes à l’essayer. Aujourd’hui, les chercheurs ont accumulé suffisamment de preuves solides pour que les médecins recommandent le yoga à leurs patients en toute confiance.

La méditation est généralement associée à l’immobilité, mais les postures de torsion et de flexion du yoga en font plutôt une méditation en mouvement. Il s’agit d’une activité durant laquelle l’état d’esprit est aussi important que les positions du corps.

Une forme de méditation en mouvement beaucoup moins étudiée que le yoga est le qigong. Parfois appelé « yoga chinois », le qigong est pratiqué depuis des milliers d’années. On dit que la pratique du qigong est bénéfique pour la santé et apporte une plus grande tranquillité d’esprit. La science découvre peu à peu les avantages de cette pratique.

Tout comme il existe plusieurs types de yoga (Hatha, Iyengar, Kundalini, etc.), il existe également plusieurs types de qigong. Le plus connu est sans doute le Tai Chi, qui ressemble à une danse gracieuse entre le pratiquant et un flux d’énergie invisible.

Qu’est-ce que les gens retirent de la pratique de ces mystérieux mouvements exerçant à la fois le corps et l’esprit ? Une récente étude met en lumière un autre type de qigong appelé Falun Gong. Les résultats ont été publiés dans l’édition de février 2020 de la revue Brain and Cognition.

Plusieurs raisons ont amené Ben Bendig, docteur en philosophie, et son équipe à étudier le Falun Gong. Premièrement, c’est une pratique de qigong qui est devenue très populaire dès sa première diffusion en Chine en 1992, et était initialement encouragée par les autorités chinoises en raison de ses bienfaits sur la santé. Au début de 1999, les sources officielles estimaient à environ 70 millions le nombre de Chinois qui la pratiquaient. Tout change cependant en juillet 1999, lorsque le dirigeant Jiang Zemin, craignant la popularité grandissante du Falun Gong et son indépendance vis-à-vis du régime chinois, lance une campagne de répression au niveau national qui se poursuit encore aujourd’hui. Pourtant, malgré la popularité du Falun Gong, seules quelques études ont tenté de mesurer ses effets sur la santé.

Une autre raison qui a incité Ben Bendig à mener ses recherches provient des témoignages relatant les améliorations de la santé et des capacités de réflexion des personnes pratiquant le Falun Gong. En 1998, avant la répression, le régime chinois avait mené des enquêtes auprès des pratiquants de Falun Gong dans tout le pays. Ils avaient constaté que 98 % des 31 000 pratiquants interrogés avaient connu des améliorations significatives de leur santé peu après avoir commencé la pratique. Plus de 90 % avaient déclaré qu’avant de pratiquer ils souffraient de diverses maladies. Certains ont relaté les résultats incroyables que la pratique régulière du Falun Gong a eu sur leur santé.

Mais aucune étude n’a été en mesure d’expliquer comment cela a pu se produire. Selon l’expérience de Ben Bendig, le Falun Gong a contribué à soulager sa dépression et ses douleurs chroniques. Mais il voulait des preuves mesurables des effets de cette pratique.

« Il y avait évidemment un intérêt personnel, mais c’était surtout parce que cette pratique de qigong est très populaire, et que très peu de recherches ont été faites à ce sujet », a-t-il expliqué.

L’équipe de Ben Bendig a concentré son enquête sur l’esprit. Ils voulaient voir quel impact cette pratique avait sur le cerveau à long terme. Ils ont examiné deux groupes : un groupe composé de personnes qui venaient tout juste d’apprendre les exercices de Falun Gong, et un autre groupe qui pratiquait régulièrement depuis au moins deux ans. Les deux groupes ont subi des tests cognitifs au début de l’étude. Plus tard, les groupes ont été re-testés immédiatement après une séance d’exercices de Falun Gong de 90 minutes.

« Ils ont fait la même activité. La différence est le niveau d’expérience de cette activité », a rapporté Ben Bendig. « Les pratiquants ont montré une amélioration des capacités cognitives, en particulier pour les tâches exigeant une coordination des deux hémisphères du cerveau. Après avoir médité, ils ont eu une énorme amélioration pour traiter ce caractère inter-hémisphérique, alors que le groupe composé de novices ne s’est pas significativement amélioré. »

Une meilleure régulation des émotions

Comparés aux exercices classiques, comme le cardio ou la musculation, les exercices de Falun Gong sont doux et lents. Il y a des étirements doux et un exercice dans lequel les mains se déplacent autour du corps. Certaines positions sont maintenues pendant une période prolongée. Les yeux restent fermés pendant toute la durée des exercices, tandis qu’une musique chinoise joue en arrière-plan.

Les deux groupes de l’étude ont exécuté les mêmes mouvements doux avec la même musique, alors pourquoi les novices ont-ils obtenu des résultats comparativement médiocres lors des tests cognitifs ? Bien que le groupe de pratiquants expérimentés soit plus familier avec les exercices physiques, Ben Bendig pense que leur avantage vient davantage de l’esprit que du corps.

Un point essentiel du Falun Gong consiste à essayer de maintenir un esprit clair durant la pratique. Contrairement à certaines pratiques méditatives, il n’y a pas de concentration sur la respiration ou sur une activité mentale délibérée comme la récitation d’un mantra. Bien que les mouvements physiques soient faciles à apprendre, cela peut prendre des années avant de réussir à amener l’esprit dans cet état de relaxation focalisée et cela peut même être déconcertant au début.

« Les pratiquants étaient meilleurs pour utiliser cela. Alors que les novices, plus ils étaient détendus, plus ils étaient mauvais », a déclaré Ben Bendig.

La méditation est traditionnellement considérée comme un moyen de faire abstraction des distractions et des attachements qui captent sans cesse notre attention, et il existe des preuves pour valider cette affirmation. Des études ont montré que les personnes qui pratiquaient la méditation traitent les émotions différemment et sont meilleures en matière de régulation émotionnelle. L’étude de Ben Bendig s’ajoute à une tendance qui montre que les personnes qui méditent peuvent être capables de traiter les émotions plus rapidement et sont moins distraites par celles-ci que les non-pratiquants, ce qui entraîne moins d’interférences avec les tâches cognitives.

« Je pensais bien que les pratiquants seraient moins influencés par les émotions négatives, mais cela a montré qu’ils n’étaient pas non plus influencés par les signaux émotionnels positifs », a précisé Ben Bendig. « Pour les novices, les signaux émotionnels positifs étaient trop distrayants, alors que les pratiquants n’étaient pas distraits par ces signaux. Je ne m’attendais pas nécessairement à cela. Cela montre qu’en général, les pratiquants peuvent mieux réguler leurs émotions. »

Bien sûr, la pratique du Falun Gong ne se limite pas aux exercices de qigong. Les pratiquants chevronnés maintiennent un niveau moral élevé en appliquant au quotidien les valeurs universelles de l’authenticité, la bienveillance et la patience. Mais on ne sait pas encore dans quelle mesure ce facteur contribue aux avantages cognitifs démontrés dans l’étude de Ben Bendig.

Cette étude nous montre l’importance de la persévérance. Si vous avez essayé la méditation mais que vous êtes frustré parce que vous n’avez pas réussi à atteindre la tranquillité tout de suite, ne vous découragez pas.

« C’est quelque chose qui a des effets significatifs pour les gens », a affirmé Ben Bendig.

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