Les milliardaires chinois emprisonnés

Par Wang Youqun
16 mai 2021
Mis à jour: 16 mai 2021

Le 15 avril 2021, lors d’un témoignage (pdf) présenté devant la Commission d’examen de l’économie et de la sécurité des États-Unis et de la Chine, dans le cadre d’une audience intitulée « Évaluation des ambitions, des plans et des critères de réussite économiques du PCC (Parti communiste chinois) », Miles Yu, ancien conseiller en politique chinoise de l’ex-secrétaire d’État américain Mike Pompeo, a parlé de l’économie chinoise et du contrôle strict des ressources financières par le PCC, qui met finalement en danger les entrepreneurs prospères.

« Rien qu’au cours des 15 dernières années, pas moins de 27 milliardaires chinois ont été arrêtés – les accusations vont du bizarre à l’absurde », a déclaré M. Yu.

En effet, Sun Dawu, un entrepreneur privé bien connu de la province de Hebei, est le dernier milliardaire à avoir été arrêté par le PCC.

Sun Dawu est peut-être coupable des propos qu’il a tenus

Le 21 avril, Sun Dawu a été officiellement arrêté et inculpé de 8 crimes, dont la prise illégale de dépôts publics, le rassemblement de foules pour attaquer des organismes d’État et l’occupation illégale de terres agricoles.

Au petit matin du 11 novembre 2020, la police a arrêté un total de 28 cadres du Dawu Group et de ses filiales. Presque tous les membres de la famille de Sun Dawu – sa femme, ses deux fils et ses deux belles-filles – ont été arrêtés. Les 28 filiales du groupe ont été officiellement reprises et la quasi-totalité des actifs de l’entreprise a été gelée.

Sun Dawu, 66 ans, a fondé le Dawu Group en 1985. La société a commencé avec 1 000 poulets et 50 porcs, et en 1995, elle était devenue l’une des 500 plus grandes entreprises privées de Chine. Dawu Group compte plus de 9 000 employés, 312 millions de dollars (2 milliards de yuans) d’actifs immobilisés et une production annuelle évaluée à plus de 467 millions de dollars (3 milliards de yuans).

Avant son arrestation cette année, M. Sun avait été condamné par un tribunal du PCC en 2003 à trois ans de prison, quatre ans de probation et une amende de 15 500 dollars (100 000 yuans) pour avoir pris illégalement des dépôts publics. Le Dawu Group a été condamné à une amende de 46 500 dollars (300 000 yuans).

La véritable raison de l’arrestation de Sun Dawu cette fois-ci pourrait être qu’il a fait des commentaires offensants pour le PCC. Par exemple, en mai de l’année dernière, M. Sun a exprimé en ligne son admiration pour les avocats défenseurs des droits comme Xu Zhiyong. Selon l’édition radiophonique chinoise de Voice of America, Sun Dawu a posté sur les médias sociaux en mai 2020 que ces avocats avaient « montré aux victimes une petite lumière vive, leur permettant de conserver un peu de foi dans la loi, et éclairé leur espoir de survie ».

Xu Zhiyong, l’un des fondateurs de Gongmeng, ou Open Constitution Initiative, et un militant des droits civils et avocat chinois, avait été arrêté en février 2020 pour avoir publié une lettre exhortant Xi Jinping à abdiquer et avait été accusé de « subversion du pouvoir de l’État ».

Exécution secrète de Zeng Chengjie

Zeng Chengjie, un entrepreneur de la province du Hunan, était le fondateur de la société de développement immobilier Hunan Sanguan. Il a été arrêté le 11 novembre 2008 pour avoir prétendument « accepté illégalement des dépôts publics » et a été exécuté secrètement le 12 juillet 2013. Ni son avocat ni sa famille n’ont été informés de l’exécution.

Le 27 mai 2013, l’avocat de M. Zeng, Wang Shaoguang, l’a rencontré au centre de détention. Cette rencontre allait devenir leur dernière rencontre. Zeng Dawu a déclaré : « Maître Wang, j’ai le sentiment que mon affaire n’aura pas la possibilité de gagner, car il y a des forces très puissantes dans les coulisses qui contrôlent la décision de l’affaire. Même si vous pouvez m’obtenir un sursis, ils voudront me tuer de toute façon. »

M. Zeng a été exécuté le 12 juillet 2013. Le lendemain, Me Wang a publié une déclaration urgente et a déclaré qu’il assumerait la responsabilité juridique de tout mensonge dans sa déclaration.

Selon la déclaration de Me Wang, le financement privé dans l’ouest du Hunan était soutenu par les gouvernements locaux, et 90 % des familles locales avaient participé au financement. Il a précisé que les accords de financement de M. Zeng avaient été notariés par le bureau du notaire.

Me Wang a également affirmé que les actifs de M. Zeng, avant son arrestation, valaient 367 millions de dollars (2,4 milliards de yuans), alors que le financement non restitué ne représentait que 31 millions de dollars (202 millions de yuans). Cependant, le gouvernement local a vendu de force les actifs de M. Zeng pour seulement 58 millions de dollars (380 millions de yuans) à Caixin, une société de gestion d’actifs détenue à 100 % par le gouvernement local.

Me Wang a déclaré que Zhou Qiang, président de la Cour suprême du PCC, était gouverneur du Hunan au moment de l’affaire. Zhou Qiang était également secrétaire du comité provincial du Parti lorsque la Haute Cour du Hunan a condamné M. Zeng à mort. La Haute Cour du Hunan a rendu son verdict en deuxième instance le 19 février 2012, mais il n’a été approuvé par la Cour suprême qu’après la promotion de Zhou Qiang au poste de président de la Cour en mars 2013, puis le verdict a été approuvé en moins de 3 mois.

D’après la déclaration de Me Wang, il est juste de dire que le cas de M. Zeng était une grande injustice. Zhou Qiang est la principale personne qui devrait être tenue pour responsable du meurtre de M. Zeng.

Li Jun, un entrepreneur de Chongqing, est contraint de fuir la Chine

Li Jun était le président d’une grande société immobilière, Junfeng Group, dont les actifs nets s’élevaient à plus de 617 millions de dollars (4 milliards de yuans) jusqu’à ce que la société soit prise par des cadres du PCC.

Zhou Yongkang (G), secrétaire du Comité central politique et législatif du Parti communiste chinois, en 2007, et Bo Xilai en mars 2011. (De gauche à droite : Teh Eng Koon/AFP/Getty Images, Feng Li/Getty Images)

De 2007 à 2012, Bo Xilai, alors secrétaire du comité du PCC de Chongqing, une grande ville métropolitaine du sud-ouest de la Chine, lançait dans la ville une campagne appelée « chanter des chansons rouges et frapper la société noire ». Au cours de cette campagne massive de style Mao, Bo a arrêté un certain nombre d’entrepreneurs privés et leur a confisqué des centaines de milliards d’actifs. Li Jun est l’un des entrepreneurs qui a été arrêté.

Le 9 décembre 2011, 20 personnes du groupe Junfeng ont reçu des verdicts de culpabilité. Le frère aîné de Li Jun été condamné à 18 ans de prison et à une amende de plus de 30 millions de dollars (200 millions de yuans) pour cinq crimes, dont l’organisation et la direction d’organisations comme la société noire. Les 19 autres personnes ont été condamnées à des peines d’emprisonnement allant de 14 mois à 13 ans.

Le verdict global dit en partie : « Les biens et leurs produits amassés par l’organisation de type triade ainsi que les outils utilisés pour commettre les crimes seront récupérés, confisqués et remis au Trésor public. » Cela signifie que le groupe Junfeng, pour lequel Li avait travaillé dur pendant plus de 20 ans, a été confisqué sous prétexte de réprimer les organisations criminelles.

Li Jun lui-même avait été arrêté en 2009 et acquitté. Le 23 octobre 2010, un jour avant d’être arrêté pour la deuxième fois, il a fui à Hong Kong.

Jiang Weiping, un vétéran des médias chinois qui vit maintenant au Canada, a écrit sur sa propre page Web le 13 février 2013 que Li Jun l’a contacté et lui a envoyé des copies de ses preuves. Après que Jiang Weiping et son ami, un avocat canadien, ont étudié et évalué les documents, Jiang Weiping a estimé qu’il s’agissait d’une affaire injuste montée par Bo Xilai, alors chef du Parti de Chongqing, et Wang Lijun, alors chef du Bureau de la sécurité publique de Chongqing et commandant en chef de la campagne de lutte contre la société noire.

Un groupe de milliardaires emprisonnés

Certains disent que les milliardaires chinois sont soit emprisonnés, soit en passe de l’être. Aussi exagéré que cela puisse paraître, cette affirmation reflète un fait objectif : les milliardaires chinois sont dans une situation périlleuse. Certains cas l’ont amplement prouvé.

En janvier 2008, Gu Chujun, ancien président de Guangdong Kelon Electrical Holdings, a été condamné à 10 ans d’emprisonnement sur la base de trois chefs d’accusation, dont la falsification de rapports d’entreprise. Gu Chujun a été privé de dizaines de milliards de dollars d’actifs et de plusieurs sociétés cotées en bourse.

Lan Shili, ancien président de China East Star Group, a été classé par le magazine Forbes en 2005 comme le 70e homme le plus riche de Chine. Le 8 avril 2010, Lan Shili a été condamné à 4 ans de prison pour fraude fiscale. La société de Lan Shili, d’une valeur de 311 millions de dollars, a été rachetée de force par le PCC au prix extrêmement bas de 13 millions de dollars.

Peng Zhimin, ancien homme le plus riche de Chongqing, dans la province du Sichuan, et ancien président de Qinglong Property Development, a été condamné à la prison à vie pour avoir organisé un gang de type mafieux et pour de nombreux autres délits. Selon Wang Zhi, fonctionnaire du Bureau de la sécurité publique de Chongqing, la valeur de la propriété de Peng atteignait 726 millions de dollars et la valeur marchande réelle était supérieure à 1,5 milliard de dollars en raison de la plus-value foncière.

Yang Zongyi, l’ancien homme le plus riche de la mégapole de Nanjing et l’actionnaire principal de la Fuxin Company, a été placé en détention le 17 novembre 2020 pour avoir pris illégalement des fonds publics. Yang Zongyi avait fait partie de la Hurun Rich List (un classement des individus les plus riches de Chine) de 2015 à 2018 avec une valeur nette d’environ 622 millions de dollars.

Les raisons de l’emprisonnement des milliardaires chinois

Premièrement : Le pillage de la propriété privée par le PCC

Karl Marx, le primogéniteur du PCC, a fortement plaidé pour la propriété commune et s’est opposé à la propriété privée. La théorie de Marx est considérée comme l’idéologie du prolétariat (la classe sans propriété). Lorsque le prolétariat tente de s’emparer du pouvoir et de détenir l’autorité sans capital, le stratagème auquel il a recours, à en juger par l’histoire du PCC, peut être décrit en un mot : le plunder (détourner des fonds publics).

La phase initiale du mouvement paysan du PCC était placée sous la bannière d’une « attaque contre les propriétaires terriens despotiques et la distribution de leurs terres aux paysans pauvres ». Pour parler franchement, il s’agissait du pillage des biens des propriétaires terriens. Après son arrivée au pouvoir, le PCC a d’abord mis en œuvre une initiative de partenariat public-privé – en collaborant avec les capitalistes – puis a institué la « transformation socialiste de l’industrie et du commerce capitalistes« . En d’autres termes, il a privé les capitalistes de leurs actifs, ce qui a finalement laissé à la Chine la propriété étatique de l’économie et de l’économie collective, mais pas celle de la propriété privée. À la fin de la Révolution culturelle, qui a duré 10 ans, en 1976, l’économie chinoise était au bord de l’effondrement.

Le président d’Alibaba, Jack Ma, à Davos, en Suisse, le 23 janvier. (Fabrice Coffrini/AFP/Getty Images)

En décembre 1978, le PCC a lancé la politique de réforme et d’ouverture pour faire face à la crise de l’autorité politique. Il a accéléré le développement de l’économie privée, non seulement dans les villes mais aussi dans les zones rurales, permettant aux entreprises privées de survivre à la domination de l’économie d’État et de l’économie collective.

L’économie de propriété privée a prospéré pendant des milliers d’années, se révélant être une économie dynamique. Le PCC limite l’expansion de l’économie privée, avec moins de restrictions dans certains secteurs, pourtant l’économie privée a montré une croissance significative à court terme et a généré une influence positive. Comme le rapporte le South China Morning Post, « l’économie privée chinoise peut être résumée par ‘56789″‘ – contribuant à 50 % des recettes fiscales, 60 % du produit intérieur brut, 70 % des mises à niveau et de l’innovation industrielles, 80 % de l’emploi total et 90 % du nombre total d’entreprises. »

Néanmoins, l’idéologie du PCC sous la direction du marxisme demeure. Elle promeut ostensiblement l’idée de sauvegarder la propriété privée, mais l’action réelle est différente. Lorsque cela s’avère nécessaire, il empoche la propriété privée de manière arbitraire, faisant passer la propriété du privé à l’État au nom de la pénurie de capitaux et des préoccupations politiques.

Deuxièmement : la suprématie du PCC dans l’économie

Le fondement du développement économique du PCC a été construit par le contrôle d’un fusil (militaire) et d’un couteau (politique et juridique). Les entrepreneurs privés en Chine, malgré leur grande richesse, deviennent vulnérables et impuissants face au PCC soutenu par l’armée qui brandit un fusil et un couteau.

Dans les pays à économie de marché, le marché des consommateurs (qui agit comme une force invisible) joue le rôle dominant. Alors qu’en Chine, il n’y a pas d’économie de marché, mais plutôt une force visible – le pouvoir de domination du PCC. Le chef du Parti, Xi Jinping, a publiquement souligné que « le Parti exerce une direction générale sur tous les domaines d’activité dans toutes les régions du pays ». Le Parti exerce sa suprématie sur l’économie en monopolisant les secteurs financiers, notamment le secteur bancaire, le marché boursier et le marché des devises, ainsi que les ressources telles que la terre, les minéraux, l’eau, les impôts, les taxes et bien d’autres. Les entrepreneurs privés doivent respecter les règles du Parti. S’ils ne respectent pas les règles, ils risquent de perdre leurs prêts bancaires, leurs droits de propriété foncière, leurs droits miniers, leur approvisionnement en électricité et en eau, et de subir un stress énorme en raison des taxes diverses et de l’augmentation des frais imposés par le PCC.

Si les entrepreneurs privés ne répondent pas aux exigences du PCC, celui-ci trouvera n’importe quelle excuse pour les dépouiller.

Troisièmement : l’exacerbation des vols commis par le PCC

Depuis 1989, le dictateur du PCC, Jiang Zemin, détenait le pouvoir à Zhongnanhai, le siège central du PCC, et abusait de son pouvoir. D’une part, Jiang Zemin a permis à son fils, Jiang Mianheng, d’occuper des postes officiels et de se lancer dans les affaires. D’autre part, il a promu un certain nombre de personnes gravement corrompues. La convergence de ces deux événements turbulents a conduit au développement malin de la corruption du PCC, transformant la fonction officielle en une plateforme d’échange de pouvoir et d’argent.

Jusqu’à ce jour, la règle tacite pour obtenir une promotion et faire fortune dans le système officiel du PCC est de corrompre les fonctionnaires supérieurs. D’où vient l’argent ? Le pillage des entrepreneurs privés est la meilleure solution.

Tong Zhiwei, professeur à l’Université des sciences politiques et du droit de l’Est de la Chine, a rédigé un rapport sur la répression des gangs à Chongqing. Tong Zhiwei a souligné que les principales cibles de la campagne de répression sont les entrepreneurs privés. Li Zhuang, avocat de la défense basé à Pékin, a déclaré que les jugements des campagnes de répression antigang de Chongqing qu’il avait examinés avaient des verdicts identiques – la confiscation des biens.

Quatrièmement : la crainte du PCC d’une rébellion des entrepreneurs privés

Le PCC a-t-il subverti la souveraineté de la Chine en République de Chine par des moyens équitables ou non ? Pendant 72 ans, le PCC n’a jamais organisé d’élections et obtenu le mandat du peuple. Il a pratiqué des tactiques musclées et trompeuses de peur que son pouvoir politique illégitime ne soit renversé. En conséquence, les entrepreneurs privés sont très probablement considérés comme une force potentielle pour fomenter une « subversion du pouvoir de l’État », en raison de leur forte assise financière.

Wang Youqun est titulaire d’un doctorat en droit de l’université Renmin de Chine. Il a travaillé en tant qu’assistant et rédacteur pour Wei Jianxing (1931-2015), membre du Comité permanent du Politburo du PCC de 1997 à 2002.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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