Des millions de manuels chinois retirés après que leur rédacteur ait été accusé de « visions pro-occidentales »

15 juillet 2016 Mis à jour: 23 juillet 2016

Les autorités chinoises ont ordonné le retrait de millions de manuels d’écoles primaires et de collèges afin d’en enlever ce qui a nouvellement été déclaré comme étant des opinions politiques « réactionnaires » de leur ancien rédacteur.

« Selon les exigences du ministère de l’Éducation … la liste des noms des rédacteurs dans une partie du matériel éducatif doit subir d’importantes révisions », peut-on lire dans la notification du 23 juin dernier émise par le Groupe des Médias et Publications de Zhongnan.

« Le nom de Wen Lisan sera supprimé de la liste des rédacteurs ».

Par la suite, la notification désigne Wen, l’ancien rédacteur en chef de l’importante maison d’édition « Presse de l’Éducation Populaire », comme un « élément anti-Parti, anti-Chine et radicalement pro-occidental qui a posté de nombreux commentaires réactionnaires ». La notification a été envoyée à Xinhua, la plus grande chaîne de librairies dans la région du Hunan, et a été probablement distribuée plus largement. Elle a été aussi photographiée et publiée sur les réseaux sociaux.

Selon la station de radio RFI Chinese, suite à l’élimination du nom de  Wen, le ministère de l’Éducation a ordonné une « inspection approfondie et minutieuse » de tous les manuels et publications éducatifs afin d’y enlever « l’influence subversive » de Wen. « Tous les essais, les paragraphes et des phrases liés à Wen Lisan doivent être entièrement substitués », précisait la notification. Les maisons d’édition devaient soumettre les résultats pour un examen vers le 11 juillet 2016. Avant que l’enquête ne se prononce sur ses décisions le 14 juillet, aucun manuel n’a pu être imprimé ou distribué.

(À droite) Les six manuels chinois édités par Wen Lisan actuellement rappelés. (A gauche) La notification du 23 juin 2016 émise par le Groupe des Médias et Publications de Zhongnan, ordonne un rappel massif des manuels chinois. (Weibo.com)
(À droite) Les six manuels chinois édités par Wen Lisan actuellement rappelés. (À gauche) La notification du 23 juin 2016 émise par le Groupe des Médias et Publications de Zhongnan, ordonne un rappel massif des manuels chinois. (Weibo.com)

Six manuels chinois de la série bien connue « Yuwen » seront retirés cet automne dès le début du semestre, explique le document. Les exemplaires en stock seront détruits et leur circulation interdite.

Selon la RFI, des sources internes de l’industrie d’édition ont estimé que le coût du rappel pourrait atteindre des millions de yuans (des dizaines de millions d’euros).

Il y a environ six mois,  Wen Lisan  travaillait pour la « Presse de l’Éducation Populaire », placée sous la « direction directe du ministère de l’Éducation de la République Populaire de Chine », comme stipulé sur le site web de la maison d’édition.

Wen est aussi membre de l’Association des Écrivains Chinois et a écrit un recueil d’essais primé, « Où se repose mon cœur », contenant les souvenirs de sa ville natale, auparavant siège d’une base révolutionnaire communiste.

Sa chute rapide s’est produite début mai, après que Wen ait fait certains commentaires sur la mort de Yang Jiang, érudit et écrivain bien connu. Tout en louant les œuvres de Yang, il s’est permis de désigner le Parti Communiste Chinois sous le terme de « bandits communistes », une figure de style utilisée pour attaquer le PCC. Il est probable que cela ait rendu furieux les loyalistes du Parti, explique la RFI.

Les médias de gauche chinois ont publié ultérieurement de longs articles accusant Wen et le traitant comme un  « pro-USA », « pro-Japon» et « anti-Chine ». Son compte sur Sina Weibo a été supprimé.

Wen est coupable de « ridiculiser l’image des dirigeants et des héros révolutionnaires », a écrit le néo-maoïste Wu Bin, qui se qualifie lui-même d’« enquêteur bénévole », très actifs dans le cercle des publications gauchistes sur Internet. Selon les photos postées par Wu Bin, Wen voulait même aller jusqu’à enlever la politique des classes de littérature chinoise. Il est accusé d’affirmer que la littérature est devenue « subordonnée » et même « esclave » du pouvoir politique.

« Qui est qualifié pour juger la connaissance ? », est l’une des  « questions dangereuses » posées par Wen.

Wen a aussi parlé des sujets « politiquement sensibles », comme le massacre des étudiants pro-démocratie le 4 juin 1989.

« L’ancien régime pourrait bien être l’enfer sur Terre », a-t-il dit en se référant aux Nationalistes qui gouvernaient la Chine avant que le Parti communiste chinois ne les vainque dans la guerre civile en 1949. « Mais qui aurait pu prédire que le nouveau régime saurait être pire que l’enfer ? » Cette remarque, faite lors des réflexions sur le suicide d’un érudit bien connu lors de la Révolution Culturelle, est l’une de celle qui ont été méticuleusement choisies dans ses écrits sur Sina  Weibo par le site ultra-nationaliste « Chawang ». Son rédacteur en chef Wu Bin a qualifié les paroles de Wen de « toxiques ».

Les positions de Wen Lisan ont été largement soutenues sur le net par ceux qui partagent ses visions politiques. « Ce sont les aspirations d’un citoyen ordinaire à un pays et une société plus civilisés. C’est tout à fait normal »,  a déclaré dans une interview donné à Radio Free Asia le 10 juillet, Rebel Pepper, un dessinateur satirique envers la politique du Parti.  Cet artiste, qui habite au Japon, a confié qu’il est aussi souvent accusé par les médias officiels chinois d’être « pro-Japon ».

Yedu, un écrivain basé à Guangzhou, a trouvé que tout cet incident n’est qu’une démonstration d’absurdité. « Ils donnent l’ordre de détruire des centaines de millions de manuels à cause de remarques faites par leur ancien employé. Au cours de ces nombreuses années vécues sous l’idéologie chinoise, je ne pense pas avoir vu quelque chose de plus risible. »

Version anglaise : Millions of Chinese Language Textbooks Recalled After Editor is Attacked for Pro-Western Views

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