Mme Merkel déclare ne pas être au courant de menaces de représailles du régime si Huawei devait être exclu du déploiement de la 5G

Par Nicole Hao
21 décembre 2019 Mis à jour: 22 décembre 2019

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré le 18 décembre qu’elle n’avait pas été informée de menaces de représailles de la part des autorités chinoises si l’Allemagne devait bloquer Huawei du déploiement de la 5G en Allemagne.

L’ambassadeur de Chine en Allemagne, Wu Ken, a déclaré la semaine dernière qu’il y aurait des conséquences si Huawei était exclue du marché allemand.

Wu Ken a poursuivi en signalant les millions de voitures que les constructeurs allemands vendent en Chine, ajoutant : « Pouvons-nous également dire que ces voitures allemandes ne sont plus sûres parce que nous sommes en mesure de fabriquer nos propres voitures ? Non, ce serait du pur protectionnisme. »

Les remarques de l’ambassadeur ont été interprétées par les commentateurs comme une menace du régime d’écarter les constructeurs automobiles allemands du marché chinois si la société Huawei était empêchée de fournir la 5G en Allemagne.

« Rien ne m’a été dit au sujet de pressions exercées par les autorités chinoises », a déclaré Mme Merkel à la chambre basse du parlement allemand le 18 décembre, selon Reuters.

La Chine est le plus grand marché pour les constructeurs automobiles allemands Volkswagen AG, BMW AG et Daimler AG, le fabricant de Mercedes-Benz. Chacune de ces sociétés opère en Chine, dans le cadre de coentreprises, avec une entreprise locale et a investi des milliards de dollars dans l’établissement d’installations de fabrication et de distribution dans le pays.

Ce ne serait pas la première fois que le régime menace de représailles si Huawei est empêché de faire des affaires dans un pays. La semaine dernière, les médias locaux danois ont rapporté que l’ambassadeur de Chine au Danemark avait menacé le dirigeant de la région autonome danoise des îles Féroé d’annuler un accord commercial avec la région si Huawei n’obtenait pas un contrat 5G.

Huawei en Allemagne

Les États-Unis, qui au début de l’année ont interdit à Huawei de faire des affaires avec des entreprises américaines pour des raisons de sécurité nationale, ont cherché à convaincre leurs alliés d’empêcher le géant chinois de la technologie de construire son réseau sans fil de la prochaine génération.

Le Parti conservateur de Mme Merkel et leurs partenaires de coalition, les socio-démocrates, ont reporté à l’année prochaine une décision sur les règles de sécurité pour le réseau 5G allemand, ce qui pourrait entraîner l’exclusion de Huawei du déploiement, a rapporté Reuters le 17 décembre.

Alors que Mme Merkel s’est opposée à l’exclusion d’une entreprise individuelle du réseau et préfère plutôt adopter un ensemble de critères de sécurité stricts auxquels les fournisseurs potentiels de la 5G devraient se conformer, d’autres membres de sa coalition ont exprimé des inquiétudes au sujet de l’entreprise.

La semaine dernière, les législateurs de la coalition de Merkel ont présenté une proposition de loi qui imposerait une interdiction aux fournisseurs 5G « indignes de confiance ». Bien que la proposition de loi ne nomme pas Huawei, le Financial Times a rapporté qu’il cible les fournisseurs lorsqu’il y a un « risque d’influence de l’État sans contrôle constitutionnel, de manipulation ou d’espionnage » – formulation dirigée contre l’entreprise chinoise.

Le projet sera maintenant examiné par la chancellerie de Mme Merkel et le ministère de l’Économie.

La société technologique, le plus grand fabricant mondial d’équipements de télécommunications, a fait l’objet d’une surveillance accrue au cours de la dernière année en raison de ses liens avec les agences militaires et de renseignement chinoises, du traitement de ses employés, du vol présumé de secrets commerciaux de ses concurrents et de la violation présumée des sanctions américaines contre l’Iran.

L’un des initiateurs de la proposition de loi, Norbert Röttgen, législateur de l’Union chrétienne-démocrate de Merker et chef de la commission des Affaires étrangères du Parlement allemand, a déclaré au Financial Times que la proposition de Mme Merkel d’imposer les règles de sécurité pour la 5G n’était pas suffisante.

« Vous n’avez pas seulement besoin de certitude technique – vous avez aussi besoin que les fournisseurs soient politiquement dignes de confiance », a déclaré M. Röttgen le 13 décembre. « Les entreprises qui sont à la merci de l’influence de l’État ne sont pas dignes de confiance. »

La semaine dernière, le fournisseur de télécommunications allemand Telefonica Deutschland avait choisi le Finlandais Nokia et Huawei pour construire son réseau 5G. Au début de ce mois, le leader du marché Deutsche Telekom a mis en suspens tous les accords d’achat d’équipement de réseau 5G en attendant une décision du gouvernement.

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