Moins de viande, plus d’alcools forts… ce qui a changé dans le panier des Français en 50 ans

4 novembre 2015
Mis à jour: 3 novembre 2015

Mi-octobre, l’INSEE a publié une étude sur le changement des habitudes alimentaires des Français. 50 années de consommation de pain, de viande, de fruits et de légumes ou de spiritueux ont ainsi été passées au crible, et révèlent leur lot de surprises : par exemple, le faible impact relevé par l’Institut des campagnes incitant à « Manger au moins 5 fruits et légumes par jour », ou encore le côté toujours plus festif de la consommation d’alcool.

Plusieurs facteurs ont contribué à profondément influer sur le régime alimentaire des français. On remarque notamment la hausse du pouvoir d’achat, la forte démographie, la transformation industrielle des produits et le temps de préparation des repas.

Moins d’appétit pour la viande

D’après les données de l’INSEE, dans les années 60, la France comptait 45,5 millions d’habitants, et 55% des Français étaient ouvriers ou paysans. Le régime alimentaire était ainsi dominé par le pain, la viande, la charcuterie et les vins de table pour répondre à une forte dépense énergétique.

La viande reste aujourd’hui le principal pôle de dépense, avec 20,4% du budget qui y est alloué. Mais sa progression diminue de façon constante ; depuis les années 80, où elle représentait 26% des dépenses, les analystes observent que sa progression est bien moins rapide que les autres produits.

 

Et ce ne sont pas les récents scandales alimentaires comme celui de la viande de cheval dans les lasagnes « pur bœuf » ou encore le reportage de l’association de défense des animaux L214 dans l’abattoir d’Alès, révélant les cruelles pratiques de l’industrie agroalimentaire, qui vont arranger les choses. D’après un sondage récent de Mediaprism, 35% des personnes non consommatrices de viande justifient leur choix par souci du bien-être animal, et 26% à cause des scandales alimentaires. Il est aussi intéressant de noter que la consommation de viande est en diminution dans le reste de l’Europe, mais continue d’augmenter au niveau mondial.

Changements des habitudes alimentaires

D’après Gabriel Tavoularis, directeur adjoint du département consommation du Crédoc, la baisse de consommation de viande en France est « avant tout générationnelle », et « motivée par des questions pratiques ». « On passe moins de temps à cuisiner, moins de temps chez soi, donc on achète moins de viande brute, surtout les morceaux à mijoter qui demandent une cuisson longue ou ceux qui périment rapidement. Par contre, on achète davantage de charcuterie et de plats préparés, sans que les quantités de viande qu’ils contiennent ne compensent l’apport d’un vrai steak », observe-t-il.

Le fort développement du secteur des services durant ces cinquante dernières années explique aussi en partie la modification du régime alimentaire. Sans surprises, le temps de préparation des repas a baissé, et les produits transformés tels que pizzas, yaourt ou préparations surgelées ont progressé de 25% depuis 1986.

La consommation d’alcool a elle aussi beaucoup évolué. Il y a cinquante ans, les vins de consommation courante représentaient 47% des alcools consommés. En 2012, ils ne sont plus que 9% ; dans le même temps, la consommation d’alcools forts a doublé pour atteindre 34,8%. Ils sont donc les produits de prédilection, devant les vins de qualité supérieure (23,1%) et la bière (17%). L’alcool est ainsi devenu, d’après l’INSEE, un produit occasionnel et festif.

L’influence du pouvoir d’achat

L’étude de l’Insee démontre que la consommation de certains produits de l’alimentation reste stable quand bien même leur prix augmente. Contrairement à la viande, aux yaourts, aux glaces et aux confiseries, qui tendent à être moins populaires en période d’inflation, les pâtes alimentaires, la charcuterie, le porc ou le pain, ainsi que certains produits de luxe tels que le champagne et les vins à appellation sont toujours autant consommés malgré la hausse des prix. Le pain et les pâtes sont plus souvent au menu en période de baisse du pouvoir d’achat.

Un autre enseignement de l’enquête est la différence d’impact sur la consommation de certains produits lors d’une période de hausse du pouvoir d’achat. Durant une telle conjoncture, les Français augmentent significativement leur consommation de viande de mouton, de porc, de volaille, de poissons frais en morceaux. La consommation de charcuterie et de poissons frais non transformés augmente légèrement, celle du boeuf, du veau et des poissons surgelés reste stable.

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