La mondialisation – l’utopie la plus ancienne et la plus fragile

Par Hristo Guentchev et Marin Guentchev
19 janvier 2020 Mis à jour: 21 janvier 2020

Aujourd’hui, beaucoup considèrent la doctrine « l’Amérique d’abord » comme une trahison envers les alliés de l’Amérique.

En réalité, c’est tout le contraire. Voici pourquoi.

Mondialisation : un nouveau terme pour une idée ancienne

Nous nous souvenons encore de l’orateur éloquent qui était venu dans notre école, dans ce qui était à l’époque la Bulgarie communiste. Il soutenait que l’ « internationalisme » – un concept qui cherche à unifier toutes les nations – était inévitable. Au milieu des années 1980, il est devenu évident que la seule conséquence inévitable de l’internationalisme était l’échec.

Cependant, à peu près à la même époque, Theodore Levitt, écrivant dans la revue Harvard Business Review, a introduit un autre terme, celui de « mondialisation ». Pour nous, Européens de l’Est, sa ressemblance avec l’internationalisme était, et est toujours, très alarmante.

[Note : Malgré certaines différences de définition, les termes impérialisme, internationalisme et mondialisme partagent une similitude – ils cherchent tous à créer en fin de compte une humanité homogène en éliminant la fragmentation du territoire et en supprimant les frontières nationales.]

Aujourd’hui, les partisans de la mondialisation soutiennent que c’est une nouvelle tendance inéluctable. Cependant, l’Histoire nous montre que la volonté de créer une humanité homogène pourrait être l’utopie la plus ancienne et la plus universelle que les gens aient cherché à réaliser.

Jusqu’à présent, toutes les tentatives pour concrétiser cette utopie ont échoué lamentablement. Rappelons-nous, par exemple, l’empire babylonien de Nabuchodonosor II, la Grèce d’Alexandre de Macédoine, les califats islamiques, la France de Napoléon ou l’URSS.

Aujourd’hui encore, la scène mondiale est dirigée par des « États-nations ». Pourquoi ? Et pourquoi le succès initial de la mondialisation s’achève-t-il toujours par un retour à un monde fragmenté ?

L’humanité fragmentée – un concept judéo-chrétien

Le concept d’une humanité fragmentée est profondément ancré dans la vision occidentale du monde. L’histoire biblique de la tour de Babel – présente dans le judaïsme et le christianisme, mais pas dans l’islam, ni dans le bouddhisme et l’hindouisme – décrit comment Dieu divise une humanité monolithique en différents groupes linguistiques et les répand dans le monde.

En effet, à travers la séparation linguistique et géographique, l’humanité a acquis les éléments essentiels servant à l’organisation de groupes d’individus, ce qui a ultérieurement conduit à l’essor des nations. Le point fondamental ici est que le judaïsme et le christianisme, contrairement à d’autres grands systèmes de valeurs, considèrent une humanité fragmentée comme faisant partie d’un plan divin.

Les avantages de la fragmentation

Le principal avantage d’un monde fragmenté est qu’il offre un environnement compétitif pour les systèmes économiques, sociaux et juridiques – un moteur du progrès humain. Lorsqu’il existe une rivalité, surtout dans un domaine permettant l’échange de biens, de connaissances et de compétences, les résultats peuvent être étonnants, par exemple, la Grèce antique, l’Italie de la Renaissance et l’Allemagne pré-bismarckienne.

Le rejet fondamental d’une humanité homogène est probablement l’une des raisons pour lesquelles les juifs et les chrétiens ont produit la période la plus compétitive et la plus prospère de la civilisation humaine. Comme l’a écrit le sociologue allemand Max Weber dans son livre l’ Histoire économique générale : « Cette lutte concurrentielle [entre les pays européens] a créé les plus grandes possibilités pour le capitalisme occidental moderne. »

Un autre avantage de la fragmentation est qu’elle limite l’inégalité. Un certain niveau d’inégalité favorise la croissance économique. Cependant, des disparités excessives peuvent entraîner des troubles sociaux et des révolutions. La loi de Price, qui évalue la répartition des richesses dans la société, estime que la racine carrée du nombre d’individus d’une population possède 50 % du total des richesses produites. En d’autres termes, l’inégalité est une fonction directe de la taille de la population : plus une communauté est peuplée, plus les disparités entre les individus sont grandes.

La fragmentation du monde peut également prévenir les conflits en créant un environnement politique plus stable à l’échelle mondiale. Un bon exemple est l’impact de l’unification et de la fragmentation territoriales dans la politique européenne.

L’historien allemand Ludwig Dehio, dans son livre Gleichgewicht oder Hegemonie, a considéré les cinq cas d’installation du pouvoir hégémonique en Europe au cours des cinq derniers siècles – l’Espagne de Philippe II, la France de Louis XIV, l’Empire de Napoléon, l’Allemagne de Guillaume II et le Troisième Reich d’Adolf Hitler – comme une conséquence directe de l’instabilité résultant de la suppression des frontières et l’unification.

Le point fondamental ici est que, à long terme, la fragmentation le long des frontières nationales peut en fait favoriser le progrès économique et la stabilité politique, alors que la mondialisation finit par entraver le développement socio-économique, accroître les inégalités et provoquer en fin de compte des conflits à grande échelle.

« l’Amérique d’abord » – une victoire arrachée des griffes de la mondialisation

Actuellement, il semble que les élites mondiales utilisent les ressources des États-Unis et de l’Union européenne pour poursuivre la mondialisation en promouvant les valeurs de la gauche libérale.

La doctrine de « l’Amérique d’abord » est un signe certain que le président Donald Trump a rejeté le mondialisme et adopté le nationalisme économique. Cette politique, non seulement renforce les États-Unis, mais elle envoie aussi un message explicite à leurs alliés : « Le programme mondialiste est mort. Commencez à vous préoccuper de vos propres pays ! »

Aujourd’hui, les alliés des États-Unis – confrontés à cette nouvelle réalité – sont obligés d’accepter le fait que leurs propres pays et leurs citoyens devront passer en premier, une réalité qui les rendra plus autonomes, moins mondialistes et, en fin de compte, plus forts.

La preuve du succès de la politique de Trump est la récente augmentation sans précédent des dépenses militaires de presque tous les pays européens membres de l’OTAN.

Conclusion

Les récents événements politiques – le vote pour le Brexit en 2016, la dernière élection présidentielle américaine, la réélection en 2019 du Parti droit et justice en Pologne et la victoire écrasante de Boris Johnson aux élections au Royaume-Uni – révèlent que cette dernière tentative de mondialisation perd du terrain.

Si l’Histoire nous a appris quelque chose sur la mondialisation, c’est qu’une fois sur le déclin, elle ne peut plus être récupérée – un processus qui est tragique pour les commissaires politiques « progressistes », mais bénéfique pour les gens ordinaires.

Marin Guentchev a obtenu son doctorat à l’université de Vienne, en Autriche. Il est le fondateur et le propriétaire du Trinity Medical Center à Sofia, en Bulgarie, et professeur adjoint (Privatdozent) de neurochirurgie à l’université de Heidelberg, en Allemagne.

Hristo Guentchev a obtenu son diplôme d’architecte à l’université technique de Vienne, en Autriche. Il est le fondateur et propriétaire de la société internationale d’ingénierie des façades Prototyp Ltd, qui a pris part à des projets phares tels que l’extension du British Museum (Londres), du musée BMW (Munich), du Louvre (Abu Dhabi) et du Museum of the Bible (Washington).

Sur leur blog (GBros.org), ils discutent de la politique bulgare et européenne.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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