Montolieu, un village de visionnaires

30 mars 2018 Mis à jour: 7 octobre 2018

Ils sont deux au moins à avoir cru que ce bourg médiéval haut perché pourrait devenir l’écrin d’un musée d’art contemporain et d’une activité entièrement tournée autour du livre. Que dire alors de ceux qui ont été séduits par le site et ont choisi d’y poser leurs valises, leurs livres et leurs rêves. Il émane de Montolieu une ambiance rare qui invite au répit, voire même à l’inertie, comme si le temps était suspendu sous l’œil des hiboux qui hantent nuit et jour les platanes de la place du village.

Les étagères des libraires recèlent de trésors entre caves, entresols et greniers, de quoi s’y égarer. (Charles Mahaux)

En terre d’Aude, à 25 kilomètres au Nord-Ouest de Carcassonne, Montolieu s’étire sur un éperon rocheux entre les gorges étroites de la Dure et de l’Alzeau, deux cours d’eau qui dévalent de la Montagne Noire pour courir plus loin dans le canal du Midi. Au 18ème siècle des moulins alimentés par ces rivières capricieuses permettent toutefois l’essor d’une industrie textile et papetière. Colbert y établit même une Manufacture Royale de draps qui fit la prospérité du village. Au 19ème siècle la viticulture et la tannerie assurent encore la richesse du lieu mais ces activités ne résistent pas à la modernisation de la fin du siècle dernier. Las, l’exode rural signe la fermeture des usines et le déclin de toute activité économique. Le village s’endort doucement vivotant au rythme des saisons.

Montolieu resserré autour de son église se découvre sur un promontoire surplombant deux gorges profondes avec à l’arrière-plan les forêts profondes de la Montagne Noire. (Charles Mahaux)

Un Belge, fondateur du Village du Livre de Montolieu
Michel Braibant, originaire d’Amay et installé comme relieur à Carcassonne, rêvait de donner un nouveau souffle à sa retraite proche et il conçoit un projet un peu fou, inspiré par l’aventure de Redu, désigné premier Village du Livre du continent en 1984 : consacrer Montolieu Village du Livre dans le sud de la France ! Il restait à convaincre les villageois mais avec le soutien du maire qui appréciait « ce rêveur réaliste », le projet a pris forme en 1989. Le relieur y implanta son atelier et un musée des Arts et Métiers du Livre alimenté par sa collection personnelle de fondeuses de caractères, de presses et d’outils. Aujourd’hui le musée a encore étoffé sa collection d’objets, de quoi offrir toute l’année un parcours passionnant à travers l’histoire de l’écriture, celle de ses supports jusqu’à l’essor de l’imprimerie.

Le musée du Livre et des Arts graphiques ou comment revivre les heures de gloire de l’imprimerie. (Charles Mahaux)

Michel Braibant rêvait d’un conservatoire vivant, avec des visites mais aussi des ateliers. Il parvint à fédérer autour de lui des libraires et des artisans enthousiasmés par son projet. Les pionniers du début de l’aventure ont trouvé ici entre ciel et forêts une qualité de vie qui les a convaincus de quitter des capitales comme Paris, Montréal ou Bruxelles pour se poser à Montolieu, « un village à part, où règne une alchimie magique » s’il faut croire les plus jeunes libraires qui s’y sont installés. L’école qui menaçait de fermer en 1989 s’est agrandie, la population s’est multipliée entre anciens du village mais aussi artisans, libraires et propriétaires d’une quinzaine de gîtes ruraux. « Tout ici est aventure humaine » raconte Claire Taoussi, directrice de l’association Montolieu Village du Livre et des Arts graphiques, et par ailleurs présidente de la fédération des Villages du Livre en France. « Autour du livre, passionnés, bénévoles, habitants et néo ruraux se mêlent et partagent des intérêts communs qu’ils transmettent aux enfants » dont les jeux dans la cour de l’école égaient joyeusement la quiétude du village.

Par beau temps les étals des bouquinistes annoncés par de jolies enseignes envahissent les venelles du village. (Charles Mahaux)

Les venelles médiévales alignent des maisons de pierre étroites et hautes dont les balcons ouvrent sur un large paysage barré par les pentes de la Montagne Noire, tapissées de forêts de sapins et de quelques vignes. La flânerie incite à pousser la porte des libraires qui racontent si bien leurs propriétaires, entre désordre apparent et étagères bien ordonnées. Les doigts glissent sur les couvertures qui ont déjà vécu, à la recherche de trésors. Le temps s’arrête dangereusement… D’autres devantures attirent le regard, celles de créateurs qui se sont regroupés pour exposer et vendre leurs objets. On fait la file devant le bureau de poste, ce sont les libraires qui envoient à leurs clients du bout du monde livres anciens ou bandes dessinées, récits de voyage ou romans de terroirs. La place de l’église s’anime dès le matin pour un petit café avant que l’heure du déjeuner ne remplisse les tables dressées sous les platanes. C’est que la carte proposée par Tristan Pontier y est alléchante avec ses recettes traditionnelles revisitées pour un prix doux dans un environnement rural qui invite à l’évasion.

Pour une fois, plaisir de passer par les toilettes publiques du village sous la houlette des Frères Jacques et de leurs petits cabinets de province ! (Charles Mahaux)

Un centre d’art dans une ancienne coopérative viticole
Après l’élan du Belge Michel Braibant, c’est une Brésilienne qui anime depuis 3 ans une ancienne cave viticole transformée en centre d’art lumineux avec une collection de toiles exceptionnelles, en marge pour la plupart des grands courants artistiques. Une collaboration qui n’aurait pas été possible sans la générosité d’Henri Foch, grand amateur d’art, installé lui-même à Montolieu dans une demeure du 17ème siècle et propriétaire de la Coopérative depuis 2015 afin de donner asile à la collection de Cérès Franco.

80 artistes du monde entier des années 60 à aujourd’hui au travers de près de 1500 oeuvres, c’est le formidable cadeau offert par la célèbre collectionneuse d’art Cérès Franco, à découvrir au fil des ans et des expositions. (Charles Mahaux)

Installée à Paris en 1951, la critique d’art brésilienne est intuitivement attirée par des œuvres hors normes et en 1962, elle organise sa première exposition dans une galerie qu’elle intitule L’œil de Bœuf, « une ruche où se retrouvaient des artistes du monde entier pour qui la galeriste était une infatigable animatrice» précise Jean-Hubert Martin, un des premiers conservateurs du Centre Pompidou et commissaire de l’exposition 2017. Au fil des ans, Cérès Franco rassemble une collection de plus de 1500 œuvres des 20ème et 21ème siècles, entre peintres naïfs, art brut, art populaire sud-américain, artistes du mouvement CoBrA ou de la Nouvelle Figuration. Une collection surprenante mais qui reflète le regard d’une collectionneuse audacieuse dont l’esprit est resté vif malgré un âge respectable de 90 ans. L’ancienne coopérative viticole est devenue un formidable lieu de ralliement des amateurs d’art qui, le temps d’une saison, découvrent une partie des œuvres de Cérès Franco grâce à l’inspiration d’un commissaire d’exposition qui puise au sein de la collection quelque 280 tableaux et autres sculptures à découvrir sur deux plateaux. Une visite incontournable et surréaliste au même titre que le destin de cette femme d’exception qui vit dans un village voisin, à Lagrasse, dans une maison tapissée des œuvres des artistes qu’elle a tant appréciés.

l’entrée du Centre d’Art un portrait de Céres Franco. (Charles Mahaux)

Plus d’infos : www.tourisme-occitanie.com: www.audetourisme.com/index.php; www.collectionceresfranco.com; www.montolieu-livre.fr

Le site d’information touristique : https://www.montolieu-info.com/

Se loger : Le petit hôtel du Pont Vieux face à la cité médiévale de Carcassonne, avec un point de vue unique depuis sa terrasse www.hotelpontvieux.com

Avec sa terrasse colorée ombragée par des platanes centenaires la place de l’église a même un petit air de Grèce… (Charles Mahaux)

Se sustenter : Casquette et Chapeau, sur la place de l’église à Montolieu.

Écrit par Christiane Goor et Charles Mahaux

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