Mort de Soleimani : le début d’un processus de paix au Moyen-Orient ?

ANALYSE
Par Vincent Honorat
7 janvier 2020 Mis à jour: 7 janvier 2020

Depuis l’élimination confirmée par la Maison Blanche du numéro deux du régime iranien, le général Ghassem Soleimani, le monde incrédule tremble devant une possible escalade incontrôlée de la violence au Moyen-Orient.

La quasi totalité des médias annonce la montée inexorable des affrontements entre États-Unis et l’Iran. De la même façon, la plupart des chefs d’État du monde entier voient dans cet événement les prémices d’une nouvelle guerre qui pourrait être mondiale.

Il est vrai qu’avec la Chine et la Russie en soutien au régime iranien, sans oublier les acteurs israéliens, syriens, irakiens ou encore turcs, le Proche-Orient n’a jamais aussi bien mérité le surnom de « poudrière ». Et quand on se souvient que l’expression « poudrière du Proche-Orient » renvoie à la « poudrière des Balkans » qui a entraîné la Première Guerre mondiale, les inquiétudes manifestées peuvent sembler légitimes.

Trump, stratège rationnel ou acteur fou ?

Pourtant, il existe une hypothèse ignorée des médias qui mérite d’être explorée : Trump n’est pas un acteur irrationnel sur la scène internationale, il ne l’a jamais été. Au contraire, c’est un stratège qui prépare ses coups à l’avance, sans jamais prendre de risque.

Depuis qu’il a rejeté l’accord sur le nucléaire iranien, en raison de ses nombreuses failles, Donald Trump appelle ouvertement à des négociations avec l’Iran.

Dans ce contexte, assassiner Soleimani pour s’engager ensuite dans une escalade d’affrontement ruinerait toute possibilité de négociations de paix avec l’Iran. Cela irait à l’encontre de toute la politique extérieure de Donald Trump depuis qu’il est à la Maison Blanche. Cela n’aurait aucun sens, à moins que… Trump sache exactement ce qui va se passer, parce qu’il est déjà en cours de négociation avec Hassan Rohani.

Cette hypothèse peut surprendre, surtout quand nous voyons l’unanimité des prises de positions à la mort de Soleimani. Pourtant, si on accepte d’y réfléchir quelques instants sous un angle différent, cette hypothèse pourrait être tout à fait possible.

Comme nous l’avons déjà dit, cela fait plusieurs mois que Trump souhaite ouvertement dialoguer avec l’Iran pour trouver un nouvel accord.

Cette volonté de négociation ne faisait pas que des heureux, notamment en Israël. Si le fait que Trump déchire l’accord d’Obama sur le nucléaire iranien a été largement applaudi par Israël et certains « faucons » comme John Bolton – limogé depuis -, la volonté de Trump de renégocier l’accord a, au contraire, été critiquée et ne semblait pas faire partie des aspirations premières de l’État hébreu.

Dans cette perspective, l’assassinat de Soleimani pourrait être perçu comme une manière de rassurer Israël face à ses inquiétudes. Soleimani était en réalité un obstacle majeur vers une possible détente dans la région, impliquée dans un nombre incalculable d’attentats tout autour de la planète. Sa « disparition » pourrait très bien avoir été planifiée et « négociée » entre les différentes parties pour permettre de jeter les bases de négociations futures.

Toutes les manifestations de tensions apparues depuis lors feraient partie d’un scénario écrit à l’avance et sous contrôle. D’ailleurs, ces tensions qui devaient déboucher sur une troisième guerre mondiale sont jusque-là assez ridicules, quand on pense que c’est bien le numéro deux du régime iranien qui a été éliminé.

Face à un tel acte, pour l’Iran, la seule réponse crédible aurait été au minimum l’attaque d’une base américaine ou d’une bâtiment militaire américain. Ce que nous avons eu jusque-là, comme ces quelques roquettes envoyées à proximité de l’ambassade américaine en Irak, ne montrent en rien une escalade réelle des tensions. Tout se limite au symbolique sans toucher le réel.

Le précédent nord-coréen

Si cette hypothèse vous semble incroyable, vous devriez vous rappeler le précédent nord-coréen.

En avril 2017, en réaction aux tirs de missiles nord-coréens, Washington voulait mettre la pression sur Kim Jong-un et rassurer le Japon. Les États-Unis envoyaient quelques jours plus tard le porte-avions USS Carl Vinson et sa flotte dans la région.

À ce moment-là, quelques jours seulement après des frappes américaines sur la Syrie, le monde entier prenait Donald Trump pour un fou va-t-en-guerre et craignait effectivement une guerre avec la Corée du Nord.

Au comble de la tension, le 19 septembre 2017, pour sa première intervention à l’ONU, Donald Trump menaçait de détruire totalement la Corée du Nord et son leader, surnommé Rocket Man.

Coup de théâtre quelques mois plus tard, le 18 juin 2018, lors d’un sommet historique à Singapour, Donald Trump et Kim Jong-un se serrent la main devant les caméras du monde entier. Qui aurait pu prédire cette rencontre un an à l’avance ?

Nous en sommes peut-être au même point aujourd’hui avec l’Iran. Washington envoie toujours plus de troupes au Proche-Orient. Les déclarations menaçantes fusent des deux côtés, et pourtant… qui serait prêt à parier sur une rencontre Trump-Rohani dans quelques mois… juste avant les élections américaines en fin d’année ?

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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