Nicolas Sarkozy et l’art (usé) de la communication

20 juillet 2015 Mis à jour: 2 septembre 2015

 

Dans le monde de la presse, ces dernières années, un constat est souvent revenu dans les duels politiques entre Nicolas Sarkozy et François Hollande : Nicolas Sarkozy est bien plus vendeur que l’actuel président quand ce dernier apparaît en une. Une tendance confirmée par les ouvrages qui leur sont dédiés : 160 000 ventes pour l’ancien président, contre 96 000 pour l’actuel. L’ancien président est effectivement un habitué aux coups de « com » et à l’attention des médias.

Un temps qui tire peut être à sa fin. « L’intérêt des lecteurs est faible. Les sujets récents sur la droite et Nicolas Sarkozy ne vendent pas bien », résume récemment Christophe Barbier, directeur de L’Express. Pourtant, l’ancien président ne désarme pas, apparaissant sur son vélo en couverture du Parisien Magazine. Sueur au front, regard fixé sur l’objectif, l’ancien président entonne : « Moi, je suis un grimpeur ». Dans son camp, il y a ceux qui applaudissent des deux mains à chaque allocution. Et puis il y a les autres.

Histoires de vélos

Dans Le Parisien Magazine, l’ancien président revient en long et en large sur son amour pour le cyclisme. Avec quelques punch-lines assez parlantes. « Les policiers qui me rejoignent en août s’entraînent en juillet », « je brûle de 1 700 à 1 800 calories par sortie ». Le mari de Carla Bruni évoque les « valeurs véhiculées par les cyclistes : le travail, l’effort, le courage, la proximité, aller au bout de la souffrance ».

Un blog, Humour de droite,  s’est intéressé aux statistiques rapportées par Nicolas Sarkozy sur ses performances. D’après ses calculs, sachant qu’un homme de 60 ans brûle 2 000 calories pour 100 km parcourus, et que le président semble s’en tirer avec 1 800 calories pour 120 km (pour concorder avec les 3 000 km par an qu’il estime accomplir), cela « prouve qu’au-delà d’avoir été un excellent président, il a aussi un métabolisme formidable ».

Quant aux valeurs du cyclisme, il est étonnant de voir Nicolas Sarkozy prendre la défense d’Armstrong, et de dénoncer un « acharnement médiatique » sur sa personne. À ses yeux, les performances du cycliste et le spectacle de ses prouesses l’emportent sur tout le reste. D’après le magazine Challenges, le chef des Républicains n’est pas sorti des années 80. « Il faut vivre dans un univers mental d’un autre temps pour oser défendre Armstrong au nom du show et de la performance », déclare le journal.

La communication de l’ancien président date aussi d’un autre temps, celui où l’image du sportif accompli avait encore une chance de rassurer le public sur les grandes qualités d’un personnage. Hélas, la mayonnaise prend beaucoup moins bien. Pour mémoire, Vladimir Poutine exhibait récemment à la télévision russe ses incroyables performances dans un match de hockey sur glace. Le président russe ridiculisait l’équipe adverse en marquant but après but dans un match, on s’en doute, pas truqué du tout. Un contre exemple qui pourrait donner à réfléchir.

Au coude à coude avec Alain Juppé

Aux précédents meetings des Républicains, Nicolas Sarkozy était accueilli tel un héros. Celui dont on espérait le retour depuis trois ans avait un boulevard devant lui alors que le parti de droite semblait divisé dans les querelles internes, sans personne pour prendre le leadership. Mais un certain essoufflement guette dans les rangs des Républicains depuis septembre dernier. « Le retour de Sarkozy à l’automne dernier n’a pas fonctionné en kiosque », abonde Christophe Barbier, directeur de l’Express.

Un premier signe confirmé dans les sondages. Dans une récente étude Ifop réalisée pour Paris Match et Sud Radio, les Français préfèrent largement Alain Juppé à Nicolas Sarkozy, (60%/30%), une tendance proche mais moins marquée dans les rangs des Républicains. 58% d’entre eux soutiennent le retour de l’ancien président, contre 48% pour Alain Juppé. Il y a quelques mois, ce rapport était de 62%/38% en faveur de Nicolas Sarkozy, ce qui laisse supposer que le maire de Bordeaux progresse dans son propre camp.

Récemment, Christian Estrosi, fervent soutien de Nicolas Sarkozy, a soutenu qu’il n’avait « pas besoin de lui » pour sa campagne des régionales en PACA, précisant que sa présence ne lui « serait d’aucune aide ». Les rapports internes indiquent en effet que l’ancien ministre est plus populaire dans sa région que celui qu’il soutenait par tous les moyens en 2007. Nadine Morano, pour sa part, estime qu’il manque un « De Gaulle » ou un « Merkel » en France ; il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy était pourtant un « sauveur » dans les mots de la députée européenne.

« J’ai choisi de ne pas tout entendre, ne pas tout voir, […] ça n’aura qu’un temps », a récemment prévenu Nicolas Sarkozy  au sujet des critiques le concernant. Mais cela pourra-t-il durer ?

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