Un Noël exceptionnellement tranquille pour un avocat de Shanghai en liberté surveillée

8 janvier 2017 Mis à jour: 8 janvier 2017

Voilà dix ans que l’avocat des droits de l’homme Zheng Enchong, à Shanghai, doit aviser la police trois jours à l’avance pour visiter son frère aîné, dans la même ville. S’il est autorisé à quitter la maison, il est suivi de près par un groupe d’agents de sécurité.

Cependant, pour les deux derniers mois de l’année 2016, Zheng Enchong constate, avec surprise, que la surveillance de son couple s’est beaucoup assouplie.

« Personne ne suit plus ma femme Jiang Meili quand elle va faire ses courses, la police a également cessé de m’escorter », a-t-il déclaré. « Les sentinelles devant ma porte sont plus préoccupées par le cours de la bourse sur leurs téléphones portables. Maintenant, seuls trois agents de sécurité me sont assignés, et on ne m’impose plus de couvre-feu. »

Zheng Enchong, âgé de 66 ans, a été condamné à trois ans de prison pour avoir choisi de défendre des familles privées de leurs droits de vote à Shanghai et s’être par là opposé aux membres du « gang de Shanghai », ainsi nomme-t-on en Chine le clan politique puissant dirigé par Jiang Zemin, un ancien chef du Parti communiste.

Dès sa libération, il a été placé en résidence surveillée de manière rigoureuse. A plusieurs reprises, il a été incarcéré dans un centre de détention, où il aura été brutalement maltraité et torturé par des agents de sécurité. En juin 2009, des groupes internationaux de défense des droits de l’homme ont condamné un cas particulièrement grave d’abus, où il aurait déclaré que la police avait utilisé sur lui les mêmes méthodes de tortures cruelles que celles appliquées aux pratiquants de Falun Gong [NDLR : une méthode de qigong].

Mais depuis mars 2016, il a signalé un relâchement progressif des restrictions à son égard. Cette évolution semble coïncider avec l’information donnée par des sources « extrêmement fiables » sur le fait que Jiang Zemin et ses deux fils ont plus ou moins la bride sur le cou.

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En juillet,avec son épouse Jiang Meili (sans lien avec Jiang Zemin) il a été emmené par des agents de sécurité dans un hôtel balnéaire pendant cinq jours dans un but de coercition, dans une tentative de le faire coopérer. Le personnel de sécurité a voulu acheter le couple avec de bons vins et des plats gastronomiques et passer un pacte avec l’avocat pour qu’il arrête de divulguer des informations politiquement sensibles à la presse. Mais ce dernier a repoussé les propositions luxueuses et les avances pour acheter son silence.

Ensuite à Noël, Zheng Enchong, qui est chrétien, a reçu le meilleur traitement depuis des années.

« Le matin de Noël, j’ai participé à des activités de ‘l’église d’État’, et dans l’après-midi, j’ai assisté à un événement organisé par l’église dans une maison », a-t-il témoigné.

Bien sûr, il était toujours accompagné par la police et des agents de sécurité. Mais ces derniers lui ont ouvertement exprimé leur sympathie, et certains ont même confié que leurs parents étaient de pieux chrétiens.

« Ma mère se rend dans l’église du quartier de Zhabei où je l’ai accompagné plusieurs fois par semaine. La prochaine fois que vous irez à l’église, je serais presque un converti », voilà les propos d’un agent dont il se souvient.

Les salariés du Parti communiste sont tenus d’être athées, mais la règle n’est pas appliquée de la même manière à tous les niveaux.

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À 10 heures du soir, il avait eu sa part de fêtes pour Noël. Lors du retour, les agents de sécurité ont insisté pour appeler un taxi, un élan de générosité probablement dû à une augmentation de leur salaire, a déclaré l’avocat.

« Les autorités ont augmenté les rémunérations de ceux qui me surveillent de 600 yuans, et leur donnent 300 yuans s’ils font des heures supplémentaires », a-t’il expliqué. « Ils reçoivent 300 yuans supplémentaires pour le transport et la nourriture quand ils m’accompagnent loin de la maison. »

Zheng Enchong pense que l’assouplissement de sa surveillance est liée à l’évolution de la situation politique en Chine.

Le 28 décembre, Xinhua a rendu public le bilan d’une réunion de haut niveau présidée par le dirigeant chinois Xi Jinping. Selon ce dernier, « la lutte contre la corruption en est à la phase d’anéantissement ». La campagne anti-corruption de Xi cible clairement, par ces termes, les membres de la faction de Jiang Zemin ; Xi n’avait, jusque là, jamais osé mettre en évidence les succès de la campagne avec des termes aussi forts.

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Version originale : Confined Shanghai Lawyer Enjoys Unusually Relaxed Christmas

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