La Norvège met en garde contre les menaces des services de renseignement et des investissements chinois

8 février 2019 Mis à jour: 8 février 2019

La Chine a été qualifiée de menace pour les intérêts nationaux de Norvège dans le rapport d’évaluation des risques pour la sécurité de ce pays scandinave.

Le rapport, publié le 4 février par le service de sécurité et renseignement intérieur de la police norvégienne (PST), identifie les menaces que représentent les opérations des services de renseignement chinois et russes – dont certaines ciblent des entreprises norvégiennes – comme un grand défi pour le pays.

« S’ils réussissent leurs opérations, ils peuvent nuire énormément à la Norvège et à ses intérêts », conclut le rapport.

Bien que le rapport ne mentionne ni la Chine ni la Russie en relation avec des opérations spécifiques, il met en garde contre différents types de leurs activités qui ont eu lieu dans le passé et qui se poursuivront.

Selon le rapport, l’une de ces activités implique les agents de renseignement étrangers, dont certains travaillent sous le couvert de l’ambassade ou d’une institution commerciale, qui recrutent des gens afin d’obtenir des informations sensibles. Le recrutement peut se faire par le biais des médias sociaux ou dans le cadre de différentes sortes de séminaires et de conférences ouvertes.

Le rapport met en garde les citoyens norvégiens contre leur séjour dans les pays autoritaires, où les agents des services de renseignement locaux peuvent faire pression sur les Norvégiens afin de les recruter. Dans le même temps, les ressortissants étrangers qui résident et travaillent légalement en Norvège peuvent être approchés par les agents de renseignement de leur pays d’origine.

Les « opérations sur le réseau contrôlées par l’État » constituent une autre menace pour la Norvège, où les réseaux d’entreprises sont piratés par différents moyens, y compris par l’envoi de courriels contenant des logiciels malveillants. Le rapport avertit que de nombreux secteurs clés norvégiens – y compris la défense et la technologie spatiale, la technologie maritime, les énergies renouvelables et les infrastructures critiques – seront particulièrement vulnérables à la pénétration du réseau au cours de cette année.

Le rapport met également en garde contre le fait que plusieurs États ont tenté d’utiliser des investissements et des acquisitions comme un moyen d’influencer les décisions politiques, d’obtenir des informations sensibles et d’accéder à la technologie en Norvège. Il prévient que de telles tentatives vont probablement continuer en 2019.

Dans d’autres cas, les fournisseurs norvégiens sont indirectement acquis par le biais des tactiques illégales, telles que le déguisement des entités étrangères derrière un grand nombre d’intermédiaires basés dans plusieurs pays et la création des structures corporatives très complexes, souligne le rapport.

Enfin, le rapport met en garde contre l’impact à long terme de ce genre d’activités étrangères, y compris les essais des États étrangers d’influencer l’opinion publique et les débats politiques en Norvège. Les décisions politiques du pays, telles que ses positions envers les sanctions et les critiques publiques à l’égard d’autres États, pourraient également être influencées par les investisseurs étrangers.

Huawei

Selon l’AFP, le 4 février dernier, la responsable de PST, Marie Bénédicte Bjørnland, a présenté le rapport lors d’une conférence de presse en désignant spécifiquement une société chinoise comme une menace pour la Norvège,

« Il faut être attentif à Huawei en tant qu’acteur et du fait que les liens sont étroits entre un acteur commercial comme Huawei et le régime chinois », a-t-elle déclaré.

Ren Zhengfei, fondateur et PDG de Huawei, est un ancien ingénieur de l’armée chinoise et il est toujours membre du Parti communiste chinois.

« Un acteur comme Huawei sera vulnérable aux influences de son pays d’origine aussi longtemps que la Chine a une loi sur le renseignement qui oblige les particuliers, les entités et les entreprises privées à coopérer avec la Chine », a ajouté Mme Bjørnland.

La loi chinoise sur la sécurité nationale, entrée en vigueur en juin 2017, exige des entreprises chinoises, qu’elles exercent leurs activités dans le pays ou à l’étranger, de fournir des informations à la demande de Pékin.

De nombreux pays à travers le monde, dont les États-Unis, l’Australie, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et d’autres pays européens, ont exprimé des préoccupations similaires par rapport à la sécurité nationale existant dans le cadre des opérations du géant technologique chinois Huawei. Plusieurs pays ont déjà interdit à cette société de fournir de l’équipement pour leurs réseaux mobiles 5G.

Selon Reuters, les deux principaux opérateurs de télécommunications norvégiens, Telenor et Telia, qui se sont déjà équipés auprès de Huawei pour leurs réseaux 4G, testent actuellement son équipement pour leurs réseaux expérimentaux 5G.

Toutefois, ces deux entreprises ont déclaré être en pourparlers avec le gouvernement norvégien sur les problèmes de sécurité de Huawei et n’ont pas encore choisi de fournisseur pour leurs réseaux 5G.

Tor Mikkel Wara, le ministre norvégien de la Justice, a annoncé lors de la même conférence de presse que son gouvernement élabore actuellement un cadre réglementaire visant à protéger les infrastructures critiques du pays.

En janvier dernier, M. Wara, s’adressant à Reuters en marge d’une conférence de travail, a déclaré que son gouvernement envisageait de prendre des mesures similaires à celles adoptées aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour interdire Huawei du réseau 5G en Norvège.

Le 5 février, le Global Times, journal officiel chinois aux tendances nationalistes et proches du pouvoir, a republié la déclaration de l’ambassade chinoise en Norvège en réponse au rapport de PST. La déclaration qualifiait ce rapport « d’une attaque sans fondement et absurde contre la Chine ».

L’Arctique

Bien que les investissements chinois n’aient pas été spécifiquement mentionnés dans le rapport en tant qu’objet de risque pour la sécurité norvégienne, le régime chinois est connu pour sa politique d’investissement agressive dans le pays.

La Chine a exprimé son intérêt pour la création d’une nouvelle voie de navigation qui traverserait l’Arctique, tirant parti de la fonte de la calotte glaciaire arctique. Cette voie, appelée par Pékin la « Route maritime du Nord », permettrait d’économiser du temps et de l’argent par rapport à la voie traditionnelle vers l’Europe qui passe par le canal de Suez. Le projet du développement de cette voie fait partie du gigantesque programme chinois « One Belt, One Road – OBOR » (une ceinture, une route), souvent qualifié de « nouvelles routes de la soie ».

Selon le site officiel de l’ambassade de Chine en Norvège, lors de sa rencontre avec la Première ministre norvégienne Erna Solberg tenue à Pékin en avril 2017, le dirigeant chinois Xi Jinping a indiqué que la Chine souhaitait travailler avec la Norvège.

« On espère que la Norvège pourra jouer un rôle plus actif dans la promotion de la coopération entre la Chine et l’Europe du Nord », a déclaré Xi Jinping, ajoutant que les deux parties œuvrent « à sauvegarder et à promouvoir le développement stable et durable dans la région arctique ».

À l’heure actuelle, le Conseil de l’Arctique est composé de huit États de l’Arctique, dont les États-Unis, le Canada, la Russie, l’Islande, le Danemark, la Finlande et la Norvège, tandis que la Chine y siège à titre d’observateur. Le statut d’observateur permet à la Chine de participer aux réunions du Conseil et de proposer des projets.

Les investissements chinois se concentrent sur les secteurs clés comme les transports et les ressources minérales

En décembre 2018, le Global Times a rapporté que Sichuan Road and Bridge Group (SRBG), une société d’État chinoise, a terminé la construction du pont de Halogaland – un pont suspendu de 1,5 kilomètre près de Narvik, ville portuaire du nord de la Norvège. Le contrat de 96 millions de dollars pour la construction de ce pont a été attribué à SRBG en 2013.

En octobre 2017, le journal officiel chinois People’s Daily a rapporté que le régime chinois souhaitait investir dans Kirkenes, une ville portuaire située face à la mer de Barents, au sud de l’océan Arctique. Les médias finlandais ont annoncé que les autorités de Kirkenes souhaitaient faire de la ville une plaque tournante de transit dans le cadre de la voie maritime arctique de la Chine, y compris par le biais d’un projet de voie ferrée reliant Kirkenes à Rovaniemi, en Finlande.

En 2016, Elkem, une société norvégienne acquise par China National Bluestar – elle-même succursale de la société chimique d’État chinois ChemChina – a annoncé qu’elle achèterait Fesil Rana Metall AS, le fabricant norvégien de matériaux à base de silicium. Cette annonce a paru sur le site officiel de ChemChina.

Frank Fang

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