Notre-Dame – Deux anciens artisans de la cathédrale donnent leur point de vue sur l’incendie : « C’est vraiment surprenant »

23 avril 2019 Mis à jour: 23 avril 2019

Spécialisés dans l’installation de dispositifs de protection contre la foudre sur le toit des monuments historiques, Didier Dupuy et son fils Anthony ont fixé le paratonnerre de la cathédrale Notre-Dame en 2013. Une expérience hors-norme pendant laquelle ils avaient déjà eu l’occasion de déceler des failles au niveau de la toiture du bâtiment.

Il ya six ans, Anthony Dupuy et son père quittaient la Dordogne pour entamer un chantier de trois mois sur le toit de la cathédrale Notre-Dame. Chargés d’installer un paratonnerre en plein hiver, les deux hommes avaient déjà pu déceler plusieurs faiblesses au niveau de la toiture.

Quelques jours après le terrible incendie qui ravagea l’une des cathédrales les plus emblématiques de l’histoire de France, c’est avec une émotion intense que les deux artisans ont confié leurs sentiments sur la catastrophe aux journalistes du Parisien.

« Nous avons travaillé sur bon nombre d’édifices prestigieux, notamment le Louvre ou le Panthéon mais là, c’était vraiment spécial. Être au sommet de la cathédrale Notre-Dame, c’est une sensation unique, même dans la pluie et le froid », se souvient Didier Dupuy.

« C’était en plein hiver et nous avons vraiment dû affronter des conditions difficiles, même si, lorsqu’on prenait quelques secondes pour regarder, c’était un émerveillement sans cesse renouvelé. Ce chantier est le plus intense que nous ayons réalisé », ajoute son fils.

Vue de la cathédrale Notre-Dame deux jours après le drame. Crédit : ERIC FEFERBERG/AFP/Getty Images.

« C’était une personne que nous aimions »

Bouleversés par les images de l’incendie qui s’est déclaré le 15 avril en début de soirée, les deux hommes ont encore la gorge nouée au moment d’évoquer le drame.

« J’ai eu la sensation de perdre un être cher. Pour nous deux, Notre-Dame, c’était une personne que nous aimions. Elle nous a livré quelques secrets, comme ces inscriptions sur les poutres écrites à la craie par des charpentiers en 1859 qui se plaignaient de leurs conditions de travail ou de leurs problèmes personnels », confie Anthony.

« L’effondrement de la flèche a été un effondrement personnel aussi. C’est tout un pan de l’Histoire de France bien sûr, mais aussi celle d’un père et de son fils qui ont travaillé jour et nuit sur cette magnifique construction avec la même passion », poursuit son père.

Si les deux hommes ont pris beaucoup de plaisir à travailler sur le toit de la cathédrale lors de leur passage en 2013, un chantier pour les besoins duquel ils avaient notamment créé « un échafaudage unique au monde », ils avaient déjà été témoins de plusieurs éléments inquiétants au niveau du toit.

« En faisant l’ascension de la flèche, j’ai vu qu’il y avait des défauts structurels au pied de la croix. Le plomb était ouvert, partiellement cassé, et de la rouille sortait du collier de serrage. Nous avons eu l’autorisation de tout nettoyer. Nous avons enlevé 300 kg de plomb, 50 kg d’armatures en cuivre et plus de 40 kg de rouille », souligne Anthony Dupuy.

« Autour de cette croix qui fait 10 m de haut, il n’y avait plus du tout d’acier et nous avons dû refaire une étanchéité en consolidant l’ensemble tout en informant l’architecte que ça tiendrait 10 ans, mais qu’il était grand temps de faire des travaux », renchérit Didier.

Deux jours après le drame, des ouvriers s’affairent sur la partie nord de la cathédrale afin de consolider un pignon fragilisé par l’absence de toiture. Crédit : ALAIN JOCARD/AFP/Getty Images.

« L’enquête dira ce qu’il en est »

Interrogés par les journalistes du Parisien sur les causes potentielles de l’incendie, les artisans se montrent prudents, même s’ils n’hésitent pas à faire part de leur étonnement face à la violence du sinistre.

« Les sections de chêne sont énormes et il faut vraiment une source d’énergie hors norme pour les embraser. L’enquête dira ce qu’il en est. C’est vraiment surprenant », explique Anthony Dupuy.

« Le bois des charpentes était dur comme de la pierre, vieux de plusieurs siècles. La poussière sur la peau des poutres a pu s’enflammer. Mais je n’arrive pas à m’expliquer comment des morceaux de 60 cm de large ont brûlé aussi vite », conclut son père.

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