Une nouvelle analyse associe vapotage et la consommation de cannabis chez les adolescents et les jeunes adultes

Par The Canadian Press
13 août 2019 Mis à jour: 14 août 2019

MONTRÉAL — les adolescents et jeunes adultes qui vapotent sont plus susceptibles de consommer aussi du cannabis, constate une nouvelle analyse réalisée par un chercheur maintenant au CHU Sainte-Justine.

La méta-analyse du docteur Nicholas Chadi, qui est publiée lundi par le journal médical JAMA Pediatrics et dont La Presse canadienne a pu prendre connaissance en primeur, révèle une propension de trois à quatre fois plus élevée des jeunes à consommer ou avoir consommé du cannabis parmi ceux qui se sont adonnés au vapotage.

L’une des principales conclusions a montré que le risque de consommation de cannabis était plus élevé chez les adolescents âgés de 12 à 17 ans qui vapotaient que chez les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans.

« C’est une découverte importante pour nous », a déclaré le docteur Chadi, un pédiatre spécialisé en toxicomanie et médecine de l’adolescence, maintenant basé à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal, mais qui a conduit sa recherche au sein de sa précédente affiliation à Boston.

« Le risque est plus élevé dans les deux sous-groupes, mais il est presque deux fois plus élevé chez les plus jeunes. »

L’étude, intitulée « Association entre l’usage de la cigarette électronique et la consommation de cannabis chez les adolescents et les jeunes adultes », portait sur 21 études regroupant près de 130 000 participants.

Le docteur Chadi a travaillé sur le projet alors qu’il était chercheur en toxicomanie à l’hôpital pour enfants de Boston et à l’école de médecine de Harvard.

« Les résultats de cette étude correspondent aux connaissances médicales actuelles, selon lesquelles un cerveau plus jeune et moins développé est plus vulnérable à l’usage de substances et à la dépendance », a déclaré le docteur Chadi lors d’un entretien.

La nicotine et le cannabis affectent tous deux les voies neuronales associées au plaisir et à la récompense. Les deux substances pourraient influencer la sensibilité à long terme du cerveau à d’autres substances psychoactives et à des comportements toxicophiles pendant la vie adulte.

« Plus on est jeune, plus notre cerveau est susceptible de devenir accro aux substances, donc le risque de consommer de la nicotine ou de faire du vapotage est encore plus grand chez les plus jeunes ados », a précisé le docteur Chadi.

Selon lui, cette méta-analyse ne permet pas de conclure que le vapotage mène directement au cannabis – mais la situation commence à se préciser.

« On ne peut pas prouver un lien de causalité , a reconnu le chercheur, par contre, quand on a un grand nombre d’études qui montrent une association dans une même direction, on a une bonne raison de penser que l’exposition au vapotage est une partie de la cause de l’initiation du cannabis. »

Le lien le plus fort a été trouvé chez les sujets plus jeunes qui combinaient vapotage et tabac ou alcool. Il n’est pas impossible que ces jeunes soient simplement plus susceptibles de consommer de la drogue, a déclaré le docteur Chadi, bien que les études aient tenté de limiter certains facteurs, tels que la toxicomanie ou la maladie mentale.

Une analyse publiée en 2012 et portant sur 24 études faisait état d’un lien solide entre le tabagisme des jeunes et la consommation actuelle ou future du cannabis.

« Actuellement les taux de vapotage explosent chez les jeunes, tant au Canada qu’aux États-Unis, c’est quelque chose qui se passe partout dans le monde, la perception de risque concernant la cigarette électronique n’est pas là », a prévenu le docteur Chadi.

« Une étude comme celle-ci  vient montrer que la nicotine des vapoteuses est tout aussi dangereuse, voire plus dangereuse que la nicotine des cigarettes traditionnelles quand on parle des adolescents, et dans ce cas-ci surtout des jeunes adolescents », ajoute-t-il.

« C’est très important d’un point de vue de santé publique puisque ça vient renforcer le message que les vapoteuses ne sont pas du tout un outil de promotion de la santé chez les adolescents, et au contraire ça peut augmenter les problèmes de dépendance et de toxicomanie chez ces jeunes-là », a dit le chercheur.

« Le vapotage est souvent perçu, à tort, comme une activité banale et sans risque. Pourtant, d’autres études ont montré chez les adolescents que les vapoteuses augmentent le risque d’utiliser la cigarette traditionnelle », explique le docteur Chadi.

« On se rend compte maintenant que la grande majorité des jeunes qui vapotent n’auraient probablement jamais touché à la cigarette traditionnelle ou à d’autres drogues », a-t-il dit. « Ces dispositifs-là sont tellement accrocheurs et bien faits pour les jeunes qu’ils tombent dans le piège ; ils développent une dépendance et vont chercher d’autres sources de nicotine et d’autres drogues. »

La nicotine et le cannabis créent toutes deux de la dépendance, mais leur association fait qu’il devient encore plus difficile pour les jeunes de renoncer à l’une ou à l’autre.

« On entre dans une espèce de spirale où la perception de risque est très basse, ça goûte le bonbon ou les jujubes, et on s’aperçoit quelques années plus tard qu’on ne peut pas arrêter », a conclu le docteur Chadi. « Une dépendance à la cigarette électronique n’est pas drôle, ça peut vraiment prendre le dessus sur leurs activités scolaires ou sur leurs passe-temps, parce qu’à chaque demi-heure ou toutes les heures, ils doivent vapoter, et ça devient très incapacitant. »

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