« La nouvelle route de la soie » qui mène à l’hégémonie mondiale de la Chine

Par Richard D. Fisher
19 juillet 2019 Mis à jour: 30 juillet 2019

Xi Jinping, le chef du Parti communiste chinois (PCC), a déployé de grands efforts en prêchant que la Chine n’a pas l’ambition de devenir l’hégémon mondial. Cependant, dans un cas classique de double langage chinois, d’autres responsables du pays ont indiqué que la Chine est en train d’établir les fondements d’une domination mondiale.

Lors d’un discours prononcé le 18 décembre 2018 à l’occasion du 40e anniversaire du lancement de la politique de l’ouverture et des réformes de l’ancien dirigeant Deng Xiaoping, Xi Jinping a déclaré : « Peu importe à quel point la Chine se développe, elle ne cherchera jamais l’hégémonie. »

Cependant, l’un des éléments les plus importants d’une telle hégémonie pourrait bien être l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative – BRI », souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie ». Ce titanesque programme d’investissement chinois prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications, couvrant deux tiers de la population mondiale.

Xi Jinping a récemment également annoncé que « plus de 150 » pays et organisations internationales se sont déjà associés à la BRI. Ce projet est aujourd’hui synonyme de politique étrangère de la Chine – il est tellement lié à la dictature personnelle de Xi Jinping, qu’en 2017 il l’a même inscrit dans la Constitution du PCC.

Par le biais de la BRI, Xi Jinping veut mettre la Chine au centre de l’autorité mondiale – ceci en convainquant davantage de pays d’accepter les préférences chinoises pour une économie moins transparente et une politique plus autoritaire, au détriment de l’ordre international fondé sur les règles que les pays occidentaux ont essayé de bâtir depuis la Seconde Guerre mondiale.

Toutefois, la Chine ne veut pas que le monde considère la BRI comme un moyen d’accaparer le pouvoir. Xi Jinping lui-même a dirigé la campagne visant à présenter la BRI comme un prolongement pacifique de la puissance chinoise. En août 2018, Yang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a été cité d’avoir déclaré : « Le président Xi Jinping a souligné à plusieurs reprises que l’initiative Belt and Road provient de la Chine mais appartient au monde entier. »

De plus, fin août 2018, les médias d’État chinois ont cité Xi Jinping d’avoir précisé : « La BRI est une initiative pour la coopération économique et non une alliance géopolitique ou une organisation militaire, et c’est une opération ouverte et inclusive plutôt qu’un bloc exclusif ou un ‘club chinois’. »

Xi Jinping et d’autres responsables chinois essayent de repousser les craintes de plus en plus nombreuses à l’idée que la BRI ne soit qu’une tentative cachée de pénétrer dans d’autres pays et d’obtenir une influence géopolitique. En particulier, en raison du fait que la BRI est réalisée dans le cadre d’une plus vaste politique chinoise du « piège de la dette » : la promotion des projets condamnés à ne pas honorer les dettes qui leurs sont associées, ce qui permet à la Chine d’acquérir par la suite « le bien ».

C’est ce qui s’est produit en décembre 2017, lorsque le Sri Lanka n’a pas pu rembourser les prêts pour un nouveau port à Hambantota et a cédé le contrôle de ce port à la Chine pour une période de 99 ans. D’autres pays comme le Pakistan, le Cambodge ou le Venezuela sont également lourdement endettés envers la Chine et risquent de perdre le contrôle de leurs ports et aéroports.

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Toutefois, certains analystes acceptent la version officielle de la Chine selon laquelle les priorités économiques prévalent dans la BRI. Par exemple, dans un article paru dans le Washington Post le 31 mai dernier, Jonathan Hillman, analyste de Center for Strategic and International Studies, a estimé que : « […] à ce jour, la BRI est essentiellement un programme économique et politique ayant des implications militaires, et non l’inverse. »

Cependant, une intention contraire a été clairement indiquée par le général Wei Fenghe, ministre chinois de la Défense, lors du « Quatrième forum des responsables de la Défense des pays des Caraïbes et du Pacifique Sud », tenu à Pékin le 8 juillet dernier.

Le même jour, l’agence officielle Xinhua a rapporté que « le conseiller d’État et ministre de la Défense chinois Wei Fenghe […] a déclaré que la Chine est prête à approfondir les échanges et la coopération militaires avec les pays des Caraïbes et les pays insulaires du Pacifique dans le cadre de Belt and Road Initiative (BRI) […] ajoutant que la coopération sera renforcée dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme, le maintien de la paix et les secours en cas de catastrophe afin de renforcer les échanges et la coopération dans le cadre de la BRI ».

Plus d’un an auparavant, même Han Zheng, membre du Comité permanent du Politburo du PCC et le plus haut responsable chinois en charge de la BRI, avait également reconnu que la BRI avait des objectifs militaires. Selon un rapport de Xinhua du 25 mai 2018, « Han Zheng a appelé au renforcement de l’évaluation des risques pour la sécurité ainsi que de la coopération bilatérale et multilatérale en matière de sécurité dans le cadre de Belt and Road Initiative ».

La Chine utilise souvent le « double langage » pour tromper et diviser ses opposants afin de faire avancer ses propres objectifs. Par exemple, à partir de 2003, la Chine a dirigé les « pourparlers à six » avec la Corée du Nord, non pas pour demander la dénucléarisation de ce pays, mais pour gagner du temps et permettre au régime nord-coréen de développer des missiles balistiques intercontinentaux capables de porter des ogives nucléaires.

Dans le cas de la BRI, la « grande duperie » de la Chine est qu’elle insiste pour affirmer qu’elle ne cherche pas « l’hégémonie ». Toutefois, pour soutenir cette affirmation, elle sait qu’elle doit dissimuler d’autres vérités – par exemple, affirmer que la BRI n’est pas une stratégie visant à augmenter la puissance militaire chinoise.

Cependant, la militarisation de la BRI serait conforme à la façon dont la Chine militarise ses autres alliances. En 2018, en plus de son Forum sur la coopération sino-africaine créé en 2000, la Chine a créé le Forum sino-africain sur la défense et la sécurité, qui a mis sur pied un réseau militaire dirigé directement par l’Armée populaire de libération (APL) chinoise.

La Chine utilisera peut-être différents « forums » régionaux pour construire des réseaux militaires régionaux. Puis elle pourra utiliser la BRI pour créer un « forum » mondial de défense qui s’appuiera sur l’influence économique de la Chine afin de renforcer la participation de divers pays dans les organisations militaires régionales et mondiales dirigées par Pékin.

Les membres de ces « forums » régionaux et mondiaux suivraient alors de plus en plus la ligne de la Chine plutôt que celle de l’Occident, peut-être même en coopérant militairement avec Pékin dans le but de diminuer le rôle de l’Occident dans le monde.

Lors de sa visite en Chine en janvier 2018, le président français Emmanuel Macron a mis en garde que la BRI ne devait pas contribuer à la création d’une « nouvelle hégémonie ».

Est-il temps de conclure que, contrairement à ce qu’affirme Xi Jinping, la Chine envisage bien utiliser sa BRI pour créer « une alliance géopolitique ou une organisation militaire » ? De plus, comme le craint M. Macron, la Chine cherche à construire une « nouvelle hégémonie ».

Richard D. Fisher est l’analyste principal de International Assessment and Strategy Center et l’auteur du livre China’s Military Modernization: Building for Regional and Global Reach.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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