Nouvelles informations sur les luttes intestines au sein du Parti communiste chinois

Par Yang Wei
23 août 2020
Mis à jour: 23 août 2020

À la suite des sanctions américaines contre 11 fonctionnaires en Chine et à Hong Kong, les combats internes au sein du Parti communiste chinois (PCC), traduits par des accusations croisées de corruption, sont devenus du domaine public.

À un moment où les luttes entre les factions du PCC sont devenues vives lors de la réunion de Beidaihe [station balnéaire utilisée comme « camp d’été » par la direction du Parti] ce mois-ci, le New York Times a publié un article qui révèle la richesse personnelle du leader du Parti, Xi Jinping, et de ses alliés à Hong Kong. Cependant, il est intéressant de noter que l’ancien leader Jiang Zemin et sa faction ne sont pas mentionnés dans cet article.

Chaque été, les différentes factions du Parti mènent des négociations informelles, discutent des principales politiques nationales et finalisent les décisions lors de réunions à Beidaihe, dans le nord du pays, dont les détails sont toujours tenus secrets.

La faction de Jiang Zemin absente de l’article du New York Times

Le 12 août, un article d’enquête du New York Times, intitulé « Les maisons de luxe lient l’élite communiste chinoise au destin de Hong Kong », donne le nom exact et le coût des villas de Hong Kong appartenant à Xi Jinping, Li Zhanshu et Wang Yang, trois membres du Comité permanent du Politburo du Parti communiste, la plus haute instance décisionnelle de la nation. Même si l’information était déjà connue depuis longtemps, sa publication en cette période spéciale pour le régime chinois suscite quelques interrogations.

L’article montre, indirectement, une ligne de fracture nette entre factions du régime communiste. Les membres actuels du Comité permanent du Politburo, alliés de Xi Jinping, sont exposés, alors que ceux qui font partie du camp de Jiang Zemin et Zeng Qinghong, par exemple Han Zheng et Zhao Leji, ne sont pas mentionnés.

Zeng Qinghong est un haut fonctionnaire à la retraite appartenant à la « faction Jiang ». Il a pris la tête de la première équipe de travail dédiée à Hong Kong et Macao en 2003, avec pour objectif de restreindre les libertés sur les deux territoires. À cette époque, Zeng était le cinquième membre le plus haut placé du Comité permanent du Politburo du Parti communiste.

Auparavant, le vice-Premier ministre Han Zheng, le plus haut responsable chinois directement chargé des affaires de Hong Kong, également membre du comité permanent du Politburo, était considéré comme le premier sur la liste des sanctions américaines. Selon de nombreux articles, les avoirs cachés de Han à l’étranger pourraient s’élever à plus de 3,1 milliards $. Sa femme, Wan Ming, possède par ailleurs 7 % du Greenland Holding Group. Leur fille, Han Xue, est une citoyenne australienne naturalisée qui contrôle la filiale australienne du Greenland Group. La maîtresse de Han, enfin, aurait vécu en Australie pendant longtemps et serait la gestionnaire de son portefeuille d’investissements en Australie. Toutefois, aucune enquête n’a à ce jour donné de preuves irréfutables de ces accusations.

La « faction Jiang » et les médias

Le 10 août, un journal du régime chinois, le Global Times, a rapporté que Ma Shaowei, « l’invisible homme le plus riche » de la province de Qinghai, au nord-ouest de la Chine, était accusé d’avoir gagné plus de 10 milliards ¥ (soit 1,4 milliard €) grâce à l’exploitation illégale du charbon : « Depuis 14 ans, la Qinghai Xingqing Industry & Trade Engineering Group Corporation, une entreprise privée dont le siège est à Qinghai, est soupçonnée d’avoir extrait illégalement plus de 26 millions de tonnes de charbon dans la mine de Juhugeng, dans la région minière de Muli, ramassant plus de 10 milliards ¥ », accuse l’article.

Selon le Global Times, deux hauts fonctionnaires ont été licenciés et font l’objet d’une enquête. La police fait également monter la pression sur Ma, qui est par ailleurs le président de la Qinghai Xingqing Industry & Trade Engineering Group Corporation.

Il est évident que les membres locaux du Parti communiste et les dirigeants du gouvernement de Qinghai ne peuvent nier avoir autorisé ces actes illégaux pendant 14 ans. L’affaire impliquerait Zhao Leji, qui fait partie de la « faction Jiang » et qui est actuellement secrétaire de la Commission centrale d’inspection disciplinaire, la police interne du Parti. Zhao est originaire de Qinghai et a commencé sa carrière politique dans la province en 1975. Il est devenu secrétaire du comité provincial du Parti et gouverneur en 2003.

Selon un article du South China Morning Post du 11 août, Lai Xiaomin, l’ancien directeur de China Huarong Asset Management, a plaidé coupable d’avoir accepté 1,79 milliard ¥ (250 millions €) de pots-de-vin sur une période de 10 ans. Il s’agit à ce jour de la plus grosse somme d’argent connue à avoir été accumulée par un fonctionnaire corrompu.

Après l’inculpation de Lai pour corruption et bigamie en février 2019, la question s’est posée de savoir qui l’avait jusque-là protégé. Les médias chinois ont rapporté qu’il possédait « trois cents » – ce qui fait référence à 100 villas, 100 maîtresses et 100 relations.

Occupant des postes clés au sein de la Commission chinoise de réglementation bancaire et du Bureau de réglementation bancaire de Pékin, Lai était connu pour avoir envoyé d’énormes sommes d’argent à des familles puissantes, comme celles de Zeng Qinghong et de Jiang Zemin, par l’intermédiaire de China Huarong Asset Management. Lai a été une figure clé dans la communauté d’affaires des forces de Zeng Qinhong en Chine continentale et à Hong Kong.

Il est intéressant de noter que la plupart des hauts fonctionnaires retraités du camp de Jiang et Zeng n’ont pas été touchés par la campagne anti-corruption de Xi. Ils ont opéré pendant de nombreuses années à Hong Kong, aux États-Unis et dans d’autres pays occidentaux, et possèdent d’énormes actifs à l’étranger. Si les relations entre les États-Unis et la Chine continuent à se détériorer, la plus grande menace pèsera sur les avoirs de Jiang et Zeng à l’étranger et à Hong Kong. Ce pourrait être l’une des principales raisons des luttes internes dans les organes dirigeants du PCC.

Yang Wei suit de près les affaires de la Chine depuis de nombreuses années. Depuis 2019, il rédige des articles d’opinion politique sur la Chine pour l’édition chinoise du journal Epoch Times.

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