Officiellement dissoute, une organisation de type Gestapo continue à sévir en Chine

Par Angela Bright
23 avril 2020
Mis à jour: 23 avril 2020

Des documents internes obtenus par le journal Epoch Times révèlent que les fonctions du Bureau 610, une commission de haut niveau qui a joué un rôle clé dans les campagnes du Parti communiste chinois contre la foi et la religion, sont toujours activement assurées par les organisations qui lui ont succédé.

Officiellement connu sous le nom de « Groupe directeur central sur la prévention et le traitement des religions hérétiques », le Bureau 610 a été créé le 10 juin 1999, pour mettre en place la persécution du mouvement spirituel « Falun Gong » par le PCC. La répression, ordonnée par le chef du parti de l’époque, Jiang Zemin, a commencé en juillet et a été la plus grande campagne de masse que le régime ait menée depuis la Révolution culturelle.

Entre 2018 et 2019, les réformes structurelles menées sous l’actuel dirigeant chinois Xi Jinping ont conduit à la dissolution nominale du Bureau 610 et de deux organisations de sécurité connexes. Mais la réforme prévoyait également la fusion des fonctions du Bureau 610 avec les forces de police chinoises, ainsi qu’avec un organe puissant du Parti communiste, la Commission centrale des affaires politiques et juridiques (PLAC).

Les documents récemment acquis sont des rapports de 2019 et 2018 concernant les activités intérieures et extérieures des organisations chargées du programme « anti-religion » du district de Fangshan à Pékin.

Le rapport 2018, Statut de la mise en œuvre de la politique au sein du Parti et du gouvernement, et parmi les masses, contient des détails sur le « travail des affaires étrangères » du Bureau 610 du district de Fangshan – propagande contre les « religions hérétiques » au Canada.

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« Religions hérétiques », ou « xie jiao » en chinois, est un terme utilisé par le PCC pour dénigrer les confessions en Chine qui ne sont pas contrôlées par les organisations religieuses officiellement sanctionnées par le Parti. Ce terme est souvent mal traduit en anglais par « secte ».

Le rapport de 2019 est une évaluation publiée par la « Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques » du PLAC de Fangshan. Intitulé « État des travaux en matière de prévention et de traitement des religions hérétiques », le document évalue les performances de 93 institutions du Parti communiste et du gouvernement dans l’ensemble du district pour ce qui est du respect des politiques anti-religieuses du PCC.

Alors que le document de 2018 fait directement référence au « Bureau 610 » au niveau du district comme étant responsable du « travail des Affaires étrangères », le terme n’apparaît plus dans le rapport pour 2019, ce qui illustre le démantèlement du Bureau.

Cependant, l’évaluation suggère que la « Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques » est dotée d’un pouvoir extralégal pour faire appliquer ces politiques dans de larges secteurs de la société chinoise – en d’autres termes, les mêmes pouvoirs que le Bureau 610 exerçait autrefois.

L’évaluation par le PLAC du district de Fangshan des communautés multiples quant à leur efficacité à coopérer avec les politiques anti-religieuses du PCC en 2019. (fourni au journal Epoch Times)

Coordonner la persécution

Enseigné pour la première fois en 1992 dans le nord-est de la Chine, le Falun Gong est une discipline de méditation basée sur les principes d’Authenticité, Bienveillance, Tolérance. À la fin de la décennie, les organismes d’État chinois ont estimé qu’il y avait des dizaines de millions de pratiquants, dont la majorité a attribué au Falun Gong le mérite de leur apporter une amélioration spirituelle et physique.

Depuis longtemps, le PCC supprime violemment toute croyance en la qualifiant de « superstition féodale ». Compte tenu du nombre de pratiquants de Falun Gong dans le pays, la persécution du PCC a été une opération de grande envergure.

Le Bureau 610 a facilité la gestion des unités de police et de propagande pour arrêter les pratiquants et diaboliser le Falun Gong à travers la Chine. Son influence s’est également fait sentir dans la vie quotidienne, puisque les unités de travail, les écoles et les autres institutions recevant des ordres du Bureau ont traqué les pratiquants pour qu’ils abandonnent leur foi ou en subissent les conséquences. Des incidents comme le canular de l’auto-immolation de Tiananmen ont fourni aux médias dirigés par le Parti le soutien nécessaire pour attiser la haine contre le Falun Gong parmi la population.

Comme le montre l’évaluation du PLAC (Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques) du district de Fangshan, la politique du Parti, qui consiste à persécuter le Falun Gong et d’autres religions, est toujours en place. La « Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques » a attribué ou retiré des points à diverses institutions en fonction de leurs performances ; par exemple, si des pratiquants réussissaient à organiser une manifestation contre la persécution, l’institution jugée responsable de son échec perdait des points.

De même, si un centre de rééducation ne parvenait pas à « transformer » un pratiquant de Falun Gong, c’est-à-dire à lui faire abandonner la pratique, il était également pénalisé.

Des rapports sur les droits de l’homme estiment qu’en Chine, plus d’un million de personnes ont été emprisonnées pour avoir pratiqué le Falun Gong, dont un grand nombre ont été soumises au travail forcé, à la torture, au lavage de cerveau et à d’autres formes de sévices douloureux. Un ensemble de preuves diverses montre que depuis le début des années 2000, le régime du PCC a assassiné des dizaines de milliers de pratiquants de Falun Gong et d’autres prisonniers de conscience pour récupérer leurs organes.

Lutte à l’étranger et en Chine continentale

Le rapport de 2018 qui mentionne le Bureau 610 de Fangshan souligne la continuité entre le Bureau et la Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques du PLAC, ainsi que la portée mondiale de la campagne anti-Falun Gong.

Selon le rapport, le « travail des Affaires étrangères » du Bureau 610 au Canada portait sur la « lutte à l’étranger » et était financé par les autorités du district de Fangshan.

La quatrième ligne du rapport 2018 se lit comme suit : Nom du projet : Travail à l’étranger au Canada ; Détails du projet : le bureau 610 du district de Fangshan se rend au Canada pour mener une campagne « anti-sectes ». (Fourni au journal Epoch Times)

« Conformément aux exigences du Comité central du PCC et du Comité municipal du Parti, le bureau 610 du Comité du district de Fangshan s’est rendu à Montréal, Toronto et Ottawa pour mener une campagne contre les religions hérétiques », indique le rapport.

Les activités de « lutte à l’étranger » du bureau 610 du district au Canada se sont concentrées sur la diffusion de la haine contre le Falun Gong, notamment en organisant des symposiums « anti-sectes » et en rémunérant des médias locaux de langue chinoise pour qu’ils mènent une propagande anti-Falun Gong. Ainsi, les agents du Bureau 610 ont fait équipe avec la presse chinoise liée à Pékin, connue en mandarin sous le nom de Qiaobao, pour diffuser chaque semaine des informations sur le Falun Gong et produire 400 000 tracts de propagande.

Les informations contenues dans le document de l’année 2018 correspondent à une longue série d’incidents survenus au cours de la persécution, dans lesquels des groupes pro-PCC ont sali, harcelé et parfois agressé des pratiquants de Falun Gong à l’étranger. Des individus soutenant la propagande anti-Falun Gong à Flushing ont été reliés au bureau 610 basé à Tianjin, une ville proche de Pékin.

D’autres documents récemment transmis au journal Epoch Times démontrent que le PCC a poursuivi la persécution du Falun Gong ainsi que d’autres confessions religieuses sans interruption. Ces documents contiennent des détails sur d’autres organisations « anti-religion » de différentes régions de Chine, notamment un centre de lavage du cerveau de la ville de Harbin, dans le nord-est de la Chine.

Pendant ce temps, les autorités des provinces de Guangdong et de Mongolie-intérieure se sont engagées à poursuivre la lutte contre les « religions hérétiques » malgré la propagation de l’épidémie du virus du PCC* dans toute la Chine.

Selon le rapport de la Branche chargée de la lutte contre les religions hérétiques de Fangshan, entre août et octobre 2019, le PLAC local a rassemblé plus de 70 000 personnes dans les zones et institutions sous sa juridiction pour participer à un jeu-concours sur la « nouvelle vie scientifique ». Le PLAC a également organisé des activités de propagande pour renforcer l’idéologie athée du PCC, telles que la « danse carrée pour la science populaire ».

La ligne du Parti et l’héritage des factions

Selon certains analystes, la suppression du Bureau 610 représente un geste de Xi Jinping pour consolider son pouvoir sur les forces de sécurité du régime chinois, qui ont été dominées par l’ancien leader du Parti communiste Jiang Zemin et ses alliés tout au long des années 2000.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, la direction Xi Jinping a lutté contre l’influence de la faction de Jiang Zemin, en lançant une vaste campagne de lutte contre la corruption pour éradiquer cette dernière.

Le secrétaire général du Parti communiste chinois Xi Jinping (à gauche) et ses prédécesseurs Hu Jintao et Jiang Zemin (à droite) dans le Grand Hall du peuple le 30 septembre 2014 à Pékin, Chine. Depuis son installation au poste de secrétaire général en novembre 2012, Xi Jinping a mené une campagne qui a permis de déraciner l’influence de Jiang Zemin au sein du Parti. (Feng Li/Getty Images)

La persécution du Falun Gong, bien que relevant de la politique du Parti, est fortement tributaire de l’héritage politique laissé par la faction de Jiang Zemin. De nombreux hauts fonctionnaires proches de Jiang Zemin ont joué un rôle clé dans la planification et la réalisation de cette campagne brutale, comme l’ancien chef du Bureau 610 et du PLAC central, Zhou Yongkang.

En 2013, Li Dongsheng, alors directeur du Bureau 610, a fait l’objet d’une enquête pour corruption et a été condamné en 2016.

D’autres membres de la faction de Jiang Zemin, tels que Bo Xilai, l’ancien secrétaire du Parti de la métropole de Chongqing, dans le sud-est de la Chine, et feu le général Xu Caihou sont les principaux suspects impliqués dans le massacre des pratiquants de Falun Gong pour le prélèvement de leurs organes. Zhou Yongkang, Bo Xilai, et Xu Caihou ont été exclus du Parti au début de la présidence de Xi Jinping.

Même si le durcissement du régime du Parti communiste accorde plus d’autorité à Xi Jinping, la lutte contre ses adversaires continue sans relâche.

Le 19 avril 2020, Sun Lijun, haut responsable de la Sécurité publique chinoise, a fait l’objet d’une enquête. En plus d’avoir joué un rôle de premier plan dans les efforts du régime pour combattre le virus du PCC à Pékin, et d’avoir supervisé la répression par le Parti des manifestations pro-démocratiques de Hong Kong l’année dernière, Sun Lijun entretenait depuis longtemps des liens avec la faction de Jiang Zemin, il était le dernier directeur adjoint du Bureau 610 sur la liste.

Mardi 21 avril, Fu Zhenghua, un responsable de la faction de Jiang Zemin qui aurait « déserté » pour être aux côtés de Xi Jinping, et aider Pékin dans l’élimination de Zhou Yongkang, s’est retiré de son rôle de secrétaire adjoint du PCC au ministère de la Justice du régime chinois. Fu Zhenghua, 65 ans, est actuellement ministre de la Justice. En 2015, année de la condamnation de Zhou Yongkang, il est devenu chef du Bureau 610, poste qu’il a occupé jusqu’à son remplacement l’année suivante.

Lors de cette enquête, Sun Lijun était également à la tête du 26e bureau du ministère de la Sécurité publique, la direction de la police chargée de la persécution du Falun Gong et des autres confessions. Aucun remplacement de directeur n’a été annoncé.

* Epoch Times qualifie le nouveau coronavirus, à l’origine de la maladie covid-19, de « virus du PCC » parce que la dissimulation et la gestion déplorable du Parti communiste chinois ont permis au virus de se propager dans toute la Chine avant d’être transmis dans le monde entier.

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