« Les forces de l’ordre traitent les manifestants comme des envahisseurs étrangers », explique un officier de police australien en posant sa démission

Par Katabella Roberts
16 octobre 2021
Mis à jour: 16 octobre 2021

Voilà le deuxième officier de police de l’État de Victoria qui démissionne. À l’instar du sergent principal par interim Krystle Mitchell, c’est la violence employée par les forces de l’ordre pour faire appliquer les mesures du directeur général de la santé australienne, Paul Kelly, qui l’ont poussé à quitter les rangs.

En Australie, c’est en vertu du Biosecurity Act, une loi de 2015, que les responsables de la santé peuvent imposer des mesures d’urgence comme ils l’ont fait durant la pandémie de Covid-19.

Krystle Mitchell, a démissionné après 16 ans de service dans la police de l’État de Victoria. Dans une  interview avec le studio médiatique Discernable, diffusée le 8 octobre, elle n’a pas manqué d’expliquer sa décision en dénonçant la violence employée par les forces de l’ordre pour faire appliquer les mesures imposées contre le Covid-19.

Un deuxième officier de police haut gradé Craig Backman, de l’État de Victoria, vient également de poser sa démission.

Dans une publication sur Facebook, se qualifiant lui-même de « fier agent de police », Craig Backman a déclaré : « Le 17 septembre 2021, j’ai écrit un e-mail à la direction de la police de l’État de Victoria, dans lequel j’expliquais les raisons pour lesquelles je refusais de participer à toute activité qui, selon moi, violait injustement les droits de l’homme des citoyens victoriens, comme ordonné par le gouvernement de l’État de Victoria. »

Ce mercredi 13 octobre, lors d’une émission locale Cafe Locked Out, Craig Backman a confié avoir démissionné parce que ces « convictions personnelles » sur ce qu’il croyait « être juste et éthique » semblaient être « en totale contradiction avec l’organisation ».

« Comment puis-je être en accord avec moi-même, alors que je travaille pour une organisation qui intervient sans aucun respect des droits de l’homme ? C’est le contraire de ce en quoi je croyais quand je me suis engagé », a-t-il précisé, citant quelques droits humains fondamentaux bafoués tels que la liberté de circulation, la liberté d’expression, la liberté d’association et la liberté corporelle.

M. Backman a évoqué les récentes manifestations au Shrine of Remembrance de Melbourne, le plus célèbre monument aux morts de la ville, qui ont donné lieu à des affrontements tendus entre les manifestants et la police.

Le Premier ministre Scott Morrison a qualifié ces protestations de « très affligeantes », déclarant aux journalistes : « Ce n’est pas une réponse appropriée pour essayer de faire face à une épidémie de cette nature. »

Des vidéos ont montré des policiers tirant des balles de gaz poivre sur des civils non armés, ou des gens renversés au sol.

M. Backman avoue avoir eu « le cœur brisé » en regardant l’incident à la télévision, tout en sachant que la situation « aurait tout à fait pu être évitée ».

« Une fois de plus, nous parlons des droits humains ici », a-t-il dit. « Est-il juste de tirer sur quelqu’un dans le dos parce qu’il se trouve à un endroit où vous ne voulez pas qu’il soit ? À mon humble avis, on ne devrait même pas poser cette question. C’est un non absolu », a ajouté M. Backman.

La police arrête des travailleurs du bâtiment et des manifestants avec des gaz lacrymogènes sur les marches du Shrine of Remembrance lors d’une manifestation contre la réglementation Covid-19 à Melbourne, en Australie, le 22 septembre 2021. (William West/AFP via Getty Images)

« Ces choses que j’ai vues dans l’État de Victoria, jamais je n’aurais imaginé les voir un jour, à moins d’une invasion par un ennemi étranger. Mais pas pour des personnes à qui on interdit d’aller travailler si elles ne participent pas à un examen médical. »

« Et pourtant, ces gens manifestaient juste pour être entendus. Tout ce qu’ils voulaient, c’était d’être entendus. Et ils ont été traités comme des envahisseurs étrangers. Est-il juste d’utiliser la force pour tirer sur quelqu’un alors qu’il s’enfuit ? Absolument pas, à mon avis. Et si quelqu’un a été blessé, je pense qu’il a parfaitement le droit de porter plainte », a-t-il ajouté.

M. Backman a dit avoir vu des policiers tirer « sans discernement sur des gens juste pour essayer de les faire se disperser alors qu’ils avaient déjà accepté de se disperser ». Il a vu des images de personnes blessées au cours de la manifestation, certaines présentant des traces de tirs multiples dans le dos.

Des ouvriers du bâtiment et des manifestants s’enfuient suite aux tirs de gaz lacrymogènes par la police autour du Shrine of Remembrance lors d’une manifestation contre la réglementation Covid-19 à Melbourne, en Australie, le 22 septembre 2021. (Con Chronis/AFP via Getty Images)

« Franchement, j’étais absolument dégoûté. Absolument dégoûté et j’étais embarrassé. Et j’ai pris la décision, après ce jour-là, de ne pas m’associer à cette organisation qui croit pouvoir justifier ce comportement », s’est-il exclamé.

M. Backman a également noté de nettes différences dans la manière dont les manifestations australiennes concernant le Covid-19 ont été traitées par la police par rapport à d’autres manifestations. Par exemple, pour celles concernant le mouvement Black Lives Matter, la police a simplement émis des avis de sanction aux organisateurs de l’événement.

L’ancien haut gradé espère qu’en partageant ses convictions personnelles sur la façon dont les forces de police ont répondu aux manifestations de Covid-19, il pourra faire prendre conscience au grand public que « tous les policiers ne sont pas leurs ennemis ».

« Je savais qu’un grand nombre de mes collègues ne voulait pas participer à ces manifestations. Et ça m’a brisé le cœur de voir notre relation construite pendant de nombreuses années avec la population réduite à néant en quelques jours. »

« Et je pense que cela se préparait depuis un certain temps avec cette histoire de Covid, c’était préjudiciable pour les relations en général. Mais la façon dont ils ont répondu aux protestations contre les décrets – il me semble que le message est bien celui-ci, ils essaient de réduire les gens au silence, et rien d’autre », a-t-il poursuivi.

Dans sa publication sur Facebook la veille, M. Backman a écrit qu’il espérait que son courriel à la direction de la police de l’État de Victoria serait pris au sérieux, mais il affirme n’avoir reçu aucune réponse à sa lettre.

La police de l’État de Victoria a répondu à Epoch Times par courriel : « La police de l’État de Victoria est au courant d’une interview menée par un agent de police haut gradé sur les médias sociaux la nuit dernière. Bien que cet agent, qui est des nôtres, ait présenté sa démission, il est toujours un officier de police en service et est en congé jusqu’à ce que sa démission prenne effet plus tard ce mois-ci.

« Nous comprenons que les gens ont le droit d’avoir leurs opinions, mais il est essentiel que tous les agents de police restent apolitiques tant qu’ils sont en service. La police ne peut pas choisir les lois qu’elle applique et les directives actuelles du CHO [chief health officer] sont fixées par le gouvernement de l’État de Victoria sur la base des conseils de santé.

« L’affaire fait actuellement l’objet d’une enquête du commandement des normes professionnelles et il serait inapproprié pour nous de faire d’autres commentaires. »

Katabella Roberts est journaliste en Turquie pour Epoch Times. Elle couvre l’actualité et l’économie, en se concentrant principalement sur les États-Unis.


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