On a besoin d’une politique plus ferme envers la Chine

Par Shane Miller
30 septembre 2021
Mis à jour: 30 septembre 2021

Dans son célèbre article de 1947 intitulé « Les sources de la conduite soviétique », le diplomate et historien américain George Kennan a décrit « l’antagonisme inné » entre, d’un côté, un régime socialiste, installé en tant que première étape du communisme et, de l’autre, le capitalisme et son libéralisme politique et économique. Il a expliqué que la notion d’un tel antagonisme s’était « profondément ancrée » dans les fondements du régime soviétique, rendant difficile la coexistence pacifique entre l’Union soviétique et l’Occident.

« Cela signifie qu’il ne pourra jamais y avoir, du côté de Moscou, la moindre idée sincère d’avoir des objectifs communs entre l’Union soviétique et les puissances qu’elle considère comme capitalistes », a-t-il écrit.

L’affirmation de Kennan nous vient à l’esprit lorsque nous observons comment les choses se déroulent actuellement entre la Chine et l’Occident, en particulier le Canada.

La semaine dernière, un sentiment de jubilation collective a envahi le Canada lorsque deux Michael canadiens – l’ancien diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor – ont finalement été libérés après avoir passé plus de 1000 jours en prison en Chine. Et cela, juste après que Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei, a été libérée de l’assignation à résidence grâce à l’accord conclu avec Washington pour abandonner les poursuites.

Meng Wanzhou – fille de Ren Zhengfei, fondateur et président de Huawei, ancien cadre de l’armée et proche du dirigeant chinois Xi Jinping – était assignée à résidence dans son luxueux manoir au Canada – et ce, en vertu d’une demande d’extradition américaine liée aux accusations de tentatives de Huawei de saper les sanctions imposées à l’époque par l’Amérique à l’Iran.

La rapidité avec laquelle Pékin a libéré les deux Michael – ce qui, selon la propagande d’État-parti chinois, était le fruit du hasard et n’avait aucun lien avec la libération de Meng – constitue un aveu tacite que les deux Canadiens n’étaient effectivement que des pions politiques depuis le début.

En outre, cela montre que lorsqu’il s’agit du Parti communiste chinois (PCC), sa nature ne peut pas changer. Le régime continue à nous montrer qu’il ne se soucie guère de ce que pense le monde démocratique et qu’il continuera à utiliser de telles tactiques pour obtenir ce qu’il veut, d’autant plus que les mesures violentes et intimidantes s’avèrent bien efficaces.

La question qui se pose est de savoir ce que nous, les Occidentaux, allons faire de nos relations avec Pékin.

Dans le discours prononcé le 21 septembre devant la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, Xi Jinping a avancé ses habituelles proclamations futiles en affirmant que la Chine cherche à contribuer à la création d’un monde qui privilégie « le dialogue et la coopération… plutôt que la confrontation et l’exclusion ». Ainsi que la création « d’un nouveau type de relations internationales » qui « élargira la convergence de nos intérêts et réalisera la plus grande synergie possible ». Parce que, après tout, « la Chine n’a jamais envahi et n’aura jamais à envahir ou à intimider les autres ou à rechercher l’hégémonie ».

L’ensemble de ce discours, comme tous les discours de Xi Jinping dans les forums internationaux, représente une tentative de présenter la Chine comme un partenaire et un gardien de l’ordre international plus fiable et vertueux que les « agresseurs dominateurs et manipulateurs » de Washington. Pendant ce temps, la propagande d’État chinoise a émis ce qui s’apparente à des menaces contre des pays comme le Canada.

Un article paru le 26 septembre dans le Global Times, proche du pouvoir chinois, accuse le Canada de « servir de chien de garde au gouvernement américain » dans l’affaire Meng et insinue que les relations de confiance entre le Canada et la Chine dépendent de « l’autonomie stratégique » du Canada. Cela signifie essentiellement qu’Ottawa doit se ranger du côté de Pékin plutôt que de Washington si l’on veut que ses relations avec la Chine soient apaisées à la suite de l’affaire Meng.

Il est décevant de constater que certaines personnes au Canada reprennent cette ligne de conduite, affirmant que les problèmes avec Pékin ne proviennent pas des tactiques impitoyables du PCC mais des relations du Canada avec les États-Unis. L’universitaire Wenran Jiang – qui s’est prononcé en faveur d’un rapprochement avec la Chine et a défendu l’ouverture d’instituts Confucius, cet outil de la « puissance douce » de Pékin – a estimé dans son récent article pour le Toronto Star que « les États-Unis, aidés par le Canada, ont pris Meng en otage » et a laissé entendre que nous devrions essayer de rétablir les relations avec la Chine une fois ce problème résolu, en nous fondant sur les « leçons que nous avons apprises » au lieu de suivre une ligne ferme envers l’État-parti.

Outre le fait que le séjour de Meng au Canada s’apparente à des vacances de luxe prolongées par rapport aux conditions difficiles que les deux Michael ont endurées en Chine, l’article de Wenran Jiang présente l’emprisonnement des deux hommes en guise de représailles comme une réaction chinoise « exagérée » à une injustice perçue. Sun Qian, le pratiquant canadien de Falun Gong, et Huseyin Cecil, le Canadien ouïghour, ainsi que plus d’une centaine d’autres Canadiens emprisonnés illégalement en Chine, ne seraient pas d’accord – leurs histoires témoignant amplement que cette pratique est bien habituelle pour le régime chinois.

La leçon qui aurait dû être apprise il y a bien longtemps – et qui mérite d’être répétée une fois de plus – est la suivante : le PCC est la force la plus perturbatrice dans le monde actuel et la politique des pays démocratiques à son égard doit aujourd’hui, plus que jamais, refléter cette réalité.

Cependant, bien que le ministre canadien des Affaires étrangères Marc Garneau ait déclaré, le 26 septembre, que le Canada a les « yeux grands ouverts » sur la Chine, il a précisé que son gouvernement pratiquera une politique variant entre coexistence, concurrence, coopération et défi.

Une telle approche se traduira toujours par la même réticence à prendre des mesures fermes par rapport aux actions agressives de Pékin, de peur d’offenser le régime chinois et de mettre en péril la coopération sur des questions jugées prioritaires, comme le changement climatique.

Toutefois, le PCC a clairement indiqué qu’il ne séparait pas les préoccupations soi-disant « mutuelles » – telles que le changement climatique – de sa stratégie géopolitique plus large. Comme tout le reste, ses affirmations du contraire ne sont qu’un stratagème cynique.

Le 1er septembre, lors de sa rencontre avec John Kerry, l’envoyé spécial pour le climat du président américain Joe Biden, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a déclaré sans ambages que la coopération sur le changement climatique « ne peut être dissociée » des autres problèmes.

« La partie américaine espère que la coopération climatique peut être une ‘oasis’ dans les relations Chine-États-Unis », a-t-il fait entendre. « Mais si cette ‘oasis’ est entourée de désert, elle se désertifiera tôt ou tard. »

En d’autres termes, la coopération du régime chinois sur le changement climatique dépend de la volonté des États-Unis et de l’Occident tout entier de capituler sur d’autres questions telles que Taïwan et les droits de l’homme. Le cynisme de Pékin est mis à nu.

Tout cela souligne une fois de plus que, comme avec l’Union soviétique pendant la guerre froide, il est irréaliste d’espérer avoir de vrais « objectifs communs » entre la Chine et l’Occident. Compte tenu de ce que nous savons de la nature du PCC et de son mode de fonctionnement, il est peu probable que cela change de sitôt.

Shane Miller est chercheur et observateur politique basé à London, dans la province canadienne de l’Ontario.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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