Les organisations de défense des droits de l’homme scandalisées par la nomination du Venezuela au Conseil des droits de l’homme de l’ONU

Par Luke Taylor
21 octobre 2019 Mis à jour: 21 octobre 2019

Des organisations internationales de défense des droits de l’homme et des membres de l’opposition politique vénézuélienne expriment leur indignation du fait que le Venezuela, largement dénoncé pour avoir commis de graves violations des droits de l’homme, a obtenu un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Le 17 octobre, le Venezuela a obtenu l’un des deux sièges latino-américains, aux côtés du Brésil, dans ce Conseil composé de 47 membres.

Après que le Venezuela est tombé dans la tourmente économique et politique sous Nicolas Maduro, les violations des droits de l’homme se sont multipliées, soulignent les ONG internationales.

Plus de 4 millions d’habitants ont fui le pays en raison de pénuries généralisées de nourriture et de médicaments, de pannes de courant et de violences arbitraires.

Alors que Maduro poursuit une longue bataille politique avec Juan Guaidó, le président du parlement vénézuélien reconnu par plus de 50 pays comme le leader légitime du pays, le régime de Maduro est accusé d’écraser la dissidence en recourant aux formes les plus brutales des violations des droits de l’homme, dont des exécutions extrajudiciaires.

Un rapport publié en juin dernier par Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, a conclu que l’État était responsable de « pratiques de torture », de disparitions et de violences sexuelles.

Selon Human Rights Watch (HRW), depuis 2016, la police et les forces de sécurité ont tué près de 18 000 personnes au Venezuela dans des cas présumés de « résistance à l’autorité ». Cette ONG de défense des droits de l’homme affirme que les forces spéciales de sécurité répriment violemment l’opposition dans les quartiers pauvres.

José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques de HRW, a déclaré que la nomination du Venezuela plutôt que du Costa Rica est « une insulte à un organe dont les membres sont censés respecter les normes les plus élevées en matière des droits de l’homme ».

HRW fait partie des nombreuses organisations de défense des droits de l’homme qui ont été étonnées et en colère de voir le Venezuela remporter ce siège.

« Nous sommes étonnés. Il est consternant qu’un État qui viole les droits de l’homme et dont la politique d’exclusion systématique a créé une situation d’urgence humanitaire très complexe soit élu au Conseil des droits de l’homme de l’ONU », a martelé Rodolfo Montes de Oca, avocat à PROVEA, la principale organisation vénézuélienne de défense des droits de l’homme.

Certains membres de l’opposition de Juan Guaidó n’ont cependant pas été surpris par cette nouvelle en tenant compte de plusieurs nominations antérieures controversées au Conseil des droits de l’homme.

« Nous ne sommes pas surpris. Ce n’est pas la première fois que cela se produit », a déclaré Manuela Bolivar, membre du parlement vénézuélien. « Mais c’est un grave avertissement : l’ONU a besoin d’une procédure de sélection. »

Les précédentes nominations controversées au Conseil des droits de l’homme incluent la Chine, Cuba, la Russie et l’Arabie saoudite.

Le Venezuela entamera son mandat de trois ans en janvier prochain, en même temps que 13 autres membres nouvellement nommés au Conseil composé de 47 membres.

Cette nomination est un coup porté à la légitimité du Conseil des droits de l’homme, cet organe des Nations Unies, ainsi qu’aux tentatives de l’opposition de Juan Guaidó de destituer Maduro qui est toujours au pouvoir, a expliqué Sergio Guzmán, directeur de la Colombia Risk Analysis.

« La nomination du Venezuela suggère que les efforts diplomatiques visant à se débarrasser de Maduro n’ont pas eu les effets escomptés », a-t-il poursuivi. « Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU joue un rôle plutôt symbolique, donc cela ne signifie pas un vrai changement de la situation, mais cela donne plus de poids à Maduro au moment où il a désespérément besoin de reconnaissance internationale. »

Juan Guaidó a invoqué la Constitution pour se déclarer président par intérim le 23 janvier dernier, à la place de Nicolas Maduro, réputé pour avoir obtenu son mandat présidentiel de manière frauduleuse. Au milieu d’une vague de soutien international de Juan Guaidó – y compris de la part de la France – Maduro s’accroche toujours au pouvoir.

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