Les origines mystiques de l’oreiller

Pendant une grande partie de l'histoire de l'humanité, les oreillers ont joué un rôle bien plus important que celui de soutenir nos têtes endormies
Par Tatiana Denning
29 août 2021
Mis à jour: 29 août 2021

« Nous sommes tels que les rêves sont faits, et notre petite vie est arrondie par un sommeil. » – William Shakespeare, The Tempest (La Tempête, Acte 4, Scène 1)

Une bonne nuit de sommeil est essentielle pour notre bien-être mental et physique, et permet la régénération de l’esprit et du corps.

L’hygiène du sommeil, soit les bonnes habitudes de sommeil, se repose sur divers facteurs tels que suivre une routine de se coucher à la même heure dans un environnement de sommeil approprié. Une chambre fraîche, sombre et silencieuse, un lit confortable et un oreiller de soutien peuvent contribuer à un sommeil adéquat.

Si l’oreiller peut sembler être un concept simple et un élément courant que nous considérons comme acquis, il n’a pas toujours été le compagnon de nuit doux et moelleux auquel nous sommes habitués aujourd’hui. En fait, ce que les sociétés anciennes utilisaient comme oreiller ferait réfléchir la plupart d’entre nous.

Le premier oreiller

Le premier oreiller serait apparu dans l’ancienne Mésopotamie (l’Irak d’aujourd’hui) vers l’an 7000 avant J.-C., ce qui le rend vieux d’environ 9 000 ans (sans compter les civilisations anciennes que nous avons peut-être oubliées depuis longtemps).

Cet oreiller était fait de pierre et n’était utilisé ni pour le confort ni le soutien, mais plutôt à des fins purement utilitaires. Il soulevait la tête du sol pour empêcher les insectes et autres bestioles de s’introduire dans les cheveux, la bouche, les oreilles et le nez d’une personne.

Avec le temps, les civilisations anciennes en sont venues à penser que l’oreiller pouvait également servir de support à la tête. La pierre était considérée comme le meilleur moyen d’assurer ce soutien et a donc continué à être utilisée pour cette raison. La pierre, contrairement à d’autres matériaux plus souples, était prisée parce qu’elle était naturellement immunisée contre les insectes et les bestioles. Mais la pierre sculptée était chère, ce qui signifiait que seuls les riches pouvaient se permettre de posséder un oreiller spécialement conçu à cet effet. C’est pourquoi, dans l’Antiquité, l’oreiller était considéré comme un symbole de statut social.

La Chine antique

On en sait probablement plus sur l’utilisation de l’oreiller dans la Chine antique que dans toute autre culture.

L’oreiller dur a conservé sa popularité tout au long de l’époque de la Chine ancienne. Si les habitants de la Chine antique avaient les connaissances et la capacité de créer un oreiller moelleux, la plupart le méprisaient, estimant qu’un oreiller moelleux privait le corps de son énergie et de sa vitalité essentielles.

Les Chinois de l’Antiquité pensaient qu’un bon oreiller, tout comme un bon mobilier, pouvait également rectifier le comportement et la personnalité d’une personne. Alors que les gens d’aujourd’hui recherchent le confort, les Chinois de l’Antiquité préféraient élever leur caractère moral plutôt que de vivre dans l’aisance. C’est l’une des raisons pour lesquelles les oreillers et les meubles de la Chine ancienne étaient fabriqués dans des matériaux durs.

L’oreiller dur avait de nombreux autres avantages. Il servait non seulement à soutenir la tête et le cou, mais aussi à maintenir les coiffures complexes de l’époque pendant le sommeil, à augmenter la circulation sanguine et à élever l’intellect. Selon la célèbre maison de vente aux enchères Christie’s, l’ancien oreiller chinois était également utilisé pour garder la tête froide pendant le sommeil. Le poète Zhang Lei, de la dynastie des Song du Nord, a écrit : « L’oreiller fabriqué par Gong est solide et bleu ; un vieil ami me l’a donné pour combattre la chaleur ; il rafraîchit la pièce comme une brise ; il garde ma tête fraîche pendant que je dors. »

Une variété de matériaux étaient utilisés pour fabriquer des oreillers dans la Chine ancienne, notamment la porcelaine, le jade, la poterie, le bambou, le bois et le bronze. On disait que le matériau sur lequel une personne reposait sa tête influençait sa santé, et qu’il fallait donc le choisir avec soin.

La céramique était sans doute le matériau le plus populaire pour la fabrication d’oreillers dans la Chine ancienne. Selon Christie’s, la céramique a atteint l’apogée de sa popularité sous les dynasties Tang (618-907) et Song (960-1279), avant d’être remplacée par des oreillers rembourrés de style occidental. Ces oreillers, souvent ornés et décorés, étaient, comme en Mésopotamie, réservés aux riches et considérés comme un symbole de statut et de prospérité.

Les papillons, les fleurs et les enfants en train de jouer n’étaient que quelques-unes des images de bon augure couramment utilisées sur les oreillers, tandis que les inscriptions des enseignements bouddhistes, taoïstes ou de Confucius étaient souvent placées sur les oreillers pour aider à élever le caractère moral de chacun.

L’oreiller dur était également censé éloigner les mauvais esprits, ce que ne pouvait pas faire l’oreiller mou. Le lion, le tigre et le dragon chinois, en particulier, étaient réputés efficaces pour éloigner les mauvais esprits.

« Les lions étaient considérés comme des créatures de bon augure dotées d’une férocité, d’une force et d’une énergie spirituelle suffisantes pour éloigner les mauvais esprits », selon Christie’s. De nombreux oreillers étaient fabriqués en forme de ces animaux ou portaient leur image.

Si l’oreiller dur était le plus apprécié, il existait des oreillers fabriqués dans d’autres matériaux pour des circonstances particulières. L’un de ces oreillers était l’oreiller médicinal. Selon Taiwan Today, cet oreiller était composé de diverses herbes enveloppées dans un tissu de soie ; il était utilisé pour améliorer l’audition, garder les yeux vifs, rendre aux cheveux gris leur couleur d’origine, faire repousser les dents perdues et guérir diverses maladies.

En raison de sa proximité avec la tête, l’oreiller était également censé favoriser et guider les rêves. Les anciens Chinois croyaient que les rêves avaient une signification importante et qu’ils étaient considérés comme des présages de ce qui allait arriver.

« Il n’y avait pas de dichotomie nette dans la division entre les deux états matière et esprit dans la pensée populaire chinoise », selon le Victoria and Albert Museum de Londres. « Les fantômes, les esprits et les visions dans les rêves faisaient partie du monde matériel et étaient considérés comme interchangeables avec la vie. Ainsi, l’oreiller pouvait être un objet matériel de grande importance, qui servait de médiateur entre le conscient et l’inconscient, entre la réalité et l’illusion. »

Aujourd’hui, ces oreillers antiques magnifiquement créés sont recherchés par les collectionneurs, atteignant des prix de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

L’Égypte ancienne

Si l’on sait peu de choses sur l’oreiller ou l’appui-tête de l’Égypte ancienne, on sait qu’il avait une fonction plus que pragmatique pour les Égyptiens de l’Antiquité. La plupart des connaissances que nous avons proviennent de la découverte d’appuis-tête dans des tombes anciennes.

Les habitants de l’Égypte ancienne considéraient la tête comme le centre de la vie et de l’esprit et, à ce titre, ils la considéraient comme la partie la plus sacrée du corps. L’oreiller servait à la fois à soutenir et, peut-être plus important encore, à protéger la tête dans la vie comme dans la mort.

Comme en Mésopotamie, les oreillers étaient généralement fabriqués en pierre, mais des blocs de bois, de céramique et d’ivoire étaient également utilisés. Ils étaient plus étroits que les anciens oreillers chinois, qui soutenaient à la fois la tête et le cou, et n’offraient généralement un soutien qu’à la tête, d’où le nom d' »appui-tête ».

Les croyances religieuses et magiques étaient omniprésentes dans la société égyptienne antique, et les oreillers, ainsi que d’autres objets, étaient décorés d’images censées servir à la fois de protection et de décoration. Selon le musée Glencairn de Pennsylvanie, une image couramment gravée était celle de Bès, « une divinité protectrice dont le rôle consistait à protéger le foyer, les mères et les enfants, ainsi que les personnes endormies ».

On croyait qu’une personne endormie était particulièrement vulnérable aux mauvais esprits, et l’image redoutable de Bès offrait une protection contre les maux de la nuit.

Les Égyptiens de l’Antiquité accordaient une importance considérable à la vie après la mort, à tel point que Toutânkhamon, le jeune roi, a été enterré avec huit appuis-tête. Les textes funéraires contenaient des centaines de formules magiques destinées à guider les morts en toute sécurité dans l’au-delà.

Une poignée de ces sorts font explicitement référence au repose-tête et le comparent au lever du soleil à l’horizon. Le Texte du cercueil 232 se lit comme suit : « Une incantation pour l’appui-tête. Que votre tête soit levée, que votre front soit fait pour être vivant, que vous puissiez parler pour votre propre corps, que vous soyez un dieu, que vous soyez toujours un dieu », déclare le musée Glencairn.

Bien que les croyances aient changé, certaines régions d’Afrique utilisent encore ces appuis-tête de style ancien dans leur vie quotidienne et les trouvent plutôt agréables.

La Grèce et la Rome antiques

On en sait encore moins sur les oreillers de la Grèce et de la Rome antiques.

Ce que nous savons, c’est que les Grecs et les Romains de l’Antiquité ont fini par développer un penchant pour le luxe, le confort et l’auto-indulgence, abandonnant l’idée que l’oreiller dur avait des avantages physiques ou mentaux. En mettant l’accent sur le confort, ils ont créé le prédécesseur de l’oreiller mou d’aujourd’hui.

L’oreiller utilisé par les citoyens ordinaires de cette époque était fait de matériaux tels que le coton, la paille ou les roseaux. Les oreillers en duvet et en plumes étaient réservés aux gens richissimes. L’oreiller était considéré comme un symbole de décadence, et les gens de cette époque sont souvent représentés allongés sur quatre ou cinq oreillers luxueux alors même qu’ils mangeaient, souvent en abusant de la nourriture et du vin.

Selon Jason Linn, dans sa thèse de l’UC-Santa Barbara sur la nuit dans la Rome antique, « le luxe choyait tellement ces gens que, même dans des circonstances désastreuses, ils permettaient à leurs gardes non seulement de dormir, mais aussi de le faire confortablement ».

Les Spartiates, cependant, avaient une philosophie différente, et menaient une vie austère sans chercher le confort. Jason Linn demande : « Comment peut-on dormir dans des conditions aussi inconfortables ? » La réponse est la suivante : « Le faire conduisait à l’obéissance, à la persévérance et aux victoires. » M. Linn poursuit en citant William Arrowsmith, qui dit que « le luxe fait perdre à un homme sa fonction spécifique ».

Au fil du temps, jusqu’au Moyen Âge en Europe, l’oreiller moelleux est tombé dans l’oubli et n’a plus été considéré que comme un symbole de statut social. Les hommes considéraient l’oreiller comme un signe de faiblesse et, à un moment donné, seuls le roi et les femmes enceintes étaient autorisés à poser leur tête sur un oreiller la nuit.

Au XVIe siècle, l’oreiller est redevenu populaire, mais en raison de l’infestation régulière par des éléments tels que la moisissure, les insectes et la vermine, il était difficile à entretenir, son contenu devant être changé régulièrement afin de maintenir sa propreté. Plus tard, les oreillers ont été utilisés pour s’agenouiller à l’église ou pour poser les textes sacrés. Dans certains endroits, cela se fait encore.

Les temps modernes

Avec l’avènement de la révolution industrielle, le mode de vie des gens a commencé à changer dans une grande partie du monde.

La technologie a continué à évoluer, tout comme l’histoire de l’oreiller. Avec les capacités de production de masse de la révolution industrielle et l’augmentation de la disponibilité du coton, l’oreiller n’était plus réservé à l’élite. Le citoyen moyen pouvait désormais se permettre d’en posséder un, et l’oreiller s’est progressivement imposé dans tous les foyers.

Alors que la révolution industrielle a apporté la prospérité matérielle, la société a suivi le modèle des Grecs et des Romains de l’Antiquité : Les gens ont cherché plus de confort, ce qui a donné lieu à la révolution de l’oreiller moelleux.

Aujourd’hui, les oreillers existent dans une variété de formes, de tailles, de types de matériaux et de niveaux de fermeté. Les types d’oreillers semblent être infinis, avec tout ce qui est disponible : gel, mousse à mémoire de forme, duvet, plumes, substituts de duvet, coton, ressorts internes, laine, latex, microbilles, kapok (une fibre végétale), sarrasin, eau. C’est tout une liste ! Les oreillers peuvent même être adaptés et personnalisés en fonction des préférences d’une personne.

Si les oreillers modernes rendent nos nuits plus confortables, les anciens avaient peut-être raison. Je ne suis pas favorable à un retour à l’oreiller en pierre ou en céramique (bien que vous puissiez fabriquer votre propre version), mais nous devrions peut-être nous rappeler que, parfois, un peu d’inconfort dans la vie n’est pas une si mauvaise chose.

Du point de vue des anciens Chinois, la recherche du confort est rarement la meilleure voie. Après tout, lorsque nous endurons un peu d’épreuves, nous devenons plus résistants. Et au milieu des turbulences de la vie, si nous pouvons regarder en nous-mêmes pour en tirer une leçon, nous en sortirons grandis.

Il semble que même l’oreiller ait une leçon à donner.

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