Des Ouïghours sont torturés et violés dans les camps de «rééducation» en Chine, témoignent d’anciens détenus

Par Isabel van Brugen
25 octobre 2019 Mis à jour: 26 octobre 2019

Des Ouïghours détenus dans les centres de « rééducation » du nord-ouest de la Chine, dans la région du Xinjiang, sont torturés et violés, a révélé un ancien détenu.

Sayragul Sauytbay, 43 ans, a déclaré avoir été témoin de violations des droits de l’homme pendant son séjour dans un établissement de détention entre novembre 2017 et mars 2018, où elle a été contrainte d’enseigner la propagande du Parti communiste chinois à ses codétenus avant d’être libérée et d’obtenir l’asile en Suède.

Mme Sauytbay, une femme musulmane d’origine kazakhe, n’est qu’une parmi le million de Ouïghours et d’autres minorités ethniques qui seraient détenus dans les centres de rééducation chinois, alors que Pékin déclare devoir « éduquer et transformer » tous ceux que le Parti communiste chinois (PCC) estime être exposés aux « trois forces mauvaises«  que sont « l’extrémisme, le séparatisme et le terrorisme ».

Elle a déclaré au quotidien généraliste israélien Haaretz qu’elle avait vu des détenus se faire torturer avec des matraques électriques et des clous métalliques, et se faire arracher les ongles. Les détenus ont été privés de nourriture, ont été forcés de prendre des pilules et ont reçu des injections de substances inconnues. Mme Sauytbay se souvient également d’un cas où une détenue a été violée en même temps par plusieurs policiers du camp devant d’autres détenus.

Cette jeune femme de 43 ans a déclaré qu’elle n’est pas certaine de l’emplacement exact du camp, car elle y a été transportée avec un sac noir sur sa tête. Cependant, elle estime qu’elle comptait environ 2 500 détenus âgés de 13 à 84 ans, avec un mélange d’hommes d’affaires, d’écrivains, d’infirmières et de médecins, d’artistes, d’écoliers et de travailleurs.

Son témoignage corrobore celui d’anciens détenus ouïghours interrogés par Epoch Times, qui ont déclaré avoir été torturés, forcés de renoncer à leur foi et de jurer fidélité au PCC alors qu’ils étaient détenus pour des raisons inconnues dans des installations souvent surpeuplées.

Les responsables du PCC affirment que les détentions massives au sein de la population ouïghoure, dont la majorité pratique l’islam, font partie des mesures visant à réprimer le terrorisme, l’extrémisme religieux et le séparatisme dans le pays. Le PCC a invoqué l’excuse de « menaces extrémistes » potentielles pour justifier sa surveillance stricte et sa répression contre l’ensemble des Ouïghours et autres groupes minoritaires musulmans dans la région du Xinjiang.

Les Ouïghours de la région sont détenus pour des raisons telles que contacter des amis ou des parents à l’étranger, voyager à l’étranger, se laisser pousser la barbe et assister à des rassemblements religieux, ont déclaré à Epoch Times les Ouïghours qui ont des membres de leur famille dans ces camps.

Des récits de première main décrits à Epoch Times ont également révélé des tentatives des autorités de dépouiller les détenus ouïghours de leur culture et de leur langue, les forçant à dénoncer leur foi et à jurer fidélité au Parti communiste chinois et à son dirigeant. Si les détenus ne suivent pas les ordres, ils peuvent être soumis à plusieurs formes de torture à titre de punition.

Tortures

Mme Sauytbay a déclaré à Haaretz que les détenus ouïghours dans le camp étaient punis pour « tout » et emmenés dans une pièce appelée la « chambre noire ». Dès 6 heures du matin, les détenus apprennent le chinois et mémorisent des chansons de propagande, a-t-elle dit.

« Quiconque ne suivait pas les règles était puni. Ceux qui n’apprenaient pas bien le chinois ou qui ne chantaient pas les chansons à la gloire du Parti communiste étaient aussi punis. »

Elle a dit qu’elle connaissait une femme âgée dans le camp qui était bergère avant d’être arrêtée par les autorités du Xinjiang, car apparemment elle avait parlé à quelqu’un au téléphone qui vivait à l’étranger.

Cependant, « c’était une femme qui non seulement n’avait pas de téléphone portable, mais qui ne savait même pas comment s’en servir », a dit Mme Sauytbay.

« Sur la page des péchés pour lesquels les détenues ont été obligées de se repentir, elle a alors écrit que l’appel qu’on lui reprochait d’avoir passé n’a jamais eu lieu. En réponse, elle a été immédiatement punie. Je l’ai vue à son retour. Elle était couverte de sang, elle n’avait plus d’ongles et sa peau était écorchée. »

Dans la « chambre noire », Mme Sauytbay a dit que certains détenus étaient « pendus au mur et battus à coups de matraques électriques ».

« Il y avait des prisonniers qui devaient s’asseoir sur une chaise à clous. J’ai vu des gens revenir de cette pièce couverts de sang. Certains sont revenus sans ongles. »

Mme Sauytbay se souvient du moment où elle a été elle-même punie, après qu’une détenue kazakh âgé l’a suppliée de l’aider.

« Elle m’a suppliée de la sortir de là et elle m’a embrassée. Je n’ai pas répondu à son étreinte, mais j’ai été punie quand même. J’ai été battue et privée de nourriture pendant deux jours. »

Jusqu’à 20 détenus étaient obligés de rester dans une seule pièce de 16 m², et chaque détenu n’avait que deux minutes par jour pour aller aux toilettes, dit-elle.

« Il y avait des caméras dans leurs chambres aussi, et aussi dans le couloir. Chaque chambre avait un seau en plastique en guise de toilette […] et le seau n’était vidé qu’une fois par jour. Si il était plein, il fallait attendre le lendemain. »

« Les prisonniers portaient des uniformes et leurs têtes étaient rasées. Leurs mains et leurs pieds étaient enchaînés toute la journée, sauf quand ils devaient écrire. Même en dormant, ils étaient menottés, et on leur demandait de dormir sur le côté droit – tous ceux qui se retournaient étaient punis. »

Viols

Les femmes détenues ont été traitées particulièrement durement, a dit Mme Sauytbay, se souvenant des « jolies filles » que les policiers prenaient tous les jours. « Ces filles ne revenuaient pas dans leurs chambres tous les soirs », se souvient-elle.

« La police avait un pouvoir illimité. Ils pouvaient prendre qui ils voulaient. »

Elle a ajouté qu’une détenue a été obligée d’avouer ses péchés devant 200 détenus et de dire qu’elle était devenue une meilleure personne maintenant qu’elle avait appris le chinois.

Quand elle a fini, les policiers l’ont forcée à se déshabiller et « l’ont simplement violée l’un après l’autre, devant tout le monde ».

« Les gens qui tournaient la tête ou fermaient les yeux, et ceux qui avaient l’air en colère ou choqués, ont été emmenés et nous ne les avons jamais revus. C’était horrible. Je n’oublierai jamais le sentiment d’impuissance de ne pas pouvoir l’aider. Après ça, j’ai eu du mal à dormir la nuit. »

Une ancienne détenue ouïghoure de 54 ans, Gulbakhar Jalilova, de nationalité kazakhe, a déclaré au quotidien The Epoch Times que des jeunes femmes ouïghours sont violées quotidiennement par des responsables du Parti communiste chinois dans les camps et pourraient être tuées si elles résistent.

« Des jeunes filles sont enlevées et violées toutes les nuits. Si vous continuez à résister, ils vous injecteront quelque chose et vous tueront », a-t-elle déclaré dans une interview téléphonique depuis Istanbul, en Turquie.

Mme Jalilova a été détenue pendant 15 mois dans un camp pour femmes dans la capitale du Xinjiang, Urumqi, et a été libérée en septembre 2018.

La sortie de Sayragul Sauytbay

Mme Sauytbay a déclaré qu’elle avait été libérée en mars 2018 et qu’elle s’était enfuie en Suède avec son mari et ses deux enfants.

Cependant, plus d’un an plus tard, elle a déclaré qu’elle sera à jamais hantée par les horreurs dont elle a été témoin dans le camp.

« Je n’oublierai jamais le camp », dit-elle. « Je ne peux pas oublier les yeux des prisonniers, qui attendent de moi que je fasse quelque chose pour eux. Ils sont innocents. »

« Je dois raconter leur histoire, raconter l’obscurité dans laquelle ils se trouvent, leur souffrance. Le monde doit trouver une solution pour que mon peuple puisse vivre en paix. »

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