Le Pakistan suspend son enquête sur la vente de 629 épouses pakistanaises à la Chine, craignant des représailles de Pékin

Par Isabel van Brugen
7 décembre 2019
Mis à jour: 7 décembre 2019

La politique de l’enfant unique, de préférence masculin, a créé un grand besoin d’épouses en Chine, et cela donne lieu à la traite.

Une enquête sur la traite de plus de 600 Pakistanaises, jeunes filles et femmes, vendues comme épouses à des Chinois et emmenées en Chine en l’espace de 18 mois, a été interrompue par crainte de nuire aux liens financiers avec Pékin, selon un rapport alarmant.

Les témoins et les enquêteurs ont été menacés et contraints au silence par des pots-de-vin de la part de fonctionnaires du gouvernement pakistanais qui craignaient de nuire aux liens lucratifs du Pakistan avec Pékin, selon une enquête de l’Associated Press (AP).

L’agence de presse a obtenu une liste contenant les noms des 629 filles et femmes, compilée par des enquêteurs pakistanais déterminés à démanteler les réseaux de traite exploitant les personnes appauvries et marginalisées du pays.

Le dossier le plus important contre les trafiquants s’est effondré, un tribunal de la ville de Faisalabad ayant acquitté en octobre 31 ressortissants chinois qui avaient été inculpés de traite. Selon un fonctionnaire du tribunal et un enquêteur de la police connaissant bien l’affaire, plusieurs femmes initialement interrogées par la police ont refusé de témoigner en raison de menaces proférées par des représentants du gouvernement, rapporte AP.

Saleem Iqbal, un activiste chrétien qui a aidé les parents à sauver un certain nombre de jeunes filles de Chine et à empêcher le trafic d’autres jeunes filles, a déclaré à AP que le gouvernement avait exercé « une pression immense » sur les fonctionnaires de l’Agence fédérale d’enquête (FIA) qui poursuivaient les réseaux de trafic, réduisant ainsi les enquêtes.

« Certains[fonctionnaires de la FIA] ont même été transférés », a dit M. Iqbal. « Quand on parle aux dirigeants pakistanais, ils n’y prêtent pas attention. »

Sous couvert d’anonymat, un haut responsable au courant des événements a déclaré à l’agence, que les autorités refusaient de donner suite aux enquêtes sur la traite dans la région, ce qui a pour conséquence d’aggraver la situation.

« Personne ne s’avance pour aider ces filles », a dit un responsable. « Le vacarme continue, et il ne cesse de croître. Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’ils peuvent s’en tirer indemnes. »

« Les autorités ne donneront pas suite, tout le monde fait l’objet de pressions pour ne pas enquêter. Le trafic augmente maintenant. »

« Où est notre humanité ? », a répondu le fonctionnaire lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait décidé de s’exprimer.

Dans une déclaration du 2 décembre envoyée par fax au Bureau de l’AP de Pékin, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu’il ignorait la liste de près de 630 filles dressée par les enquêteurs pakistanais.

« Les deux gouvernements chinois et pakistanais soutiennent la formation de familles heureuses entre leurs peuples sur une base volontaire, conformément aux lois et règlements, tout en maintenant une tolérance zéro et en luttant résolument contre toute personne qui contracte un mariage transfrontalier illégal », a déclaré le ministère.

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