Pourquoi Steve Jobs pensait que l’iPad est «trop dangereux» pour ses propres enfants

Par Louise Bevan
8 novembre 2019 Mis à jour: 8 novembre 2019

« Nous limitons la quantité de technologie que nos enfants utilisent à la maison », a déclaré Steve Jobs, magnat de la technologie, à un journaliste du New York Times en 2010. C’était à peu près au moment du lancement de l’iPad d’Apple ; la déclaration a secoué le journaliste.

Les experts débattent depuis longtemps de la question de savoir si l’accès à la technologie aux enfants devrait être réglementé ou non. Steve Jobs est décédé en 2011, mais son héritage en tant qu’entrepreneur, homme d’affaires et père de famille survit. Dans le climat social et technologique d’aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie exactement d’être un « parent anti-technologie » ?

Steve Jobs souligne la sortie d’une nouvelle famille de produits Apple iPod au California Theater de San José le 26 octobre 2004. (©Getty Images | Tim Mosenfelder)

Sur scène lors de la sortie de l’iPad d’Apple en 2010, Steve Jobs l’a décrit comme un « merveilleux appareil » qui a rapproché les gens des outils éducatifs.

Peu après, Nick Bilton, journaliste au New York Times, a décrit une entrevue avec l’entrepreneur. « La première tablette de la compagnie était sur les rayons », a écrit Nick Bilton. Il a demandé à Steve Jobs : « Alors, vos enfants doivent adorer l’iPad ? »

« Ils ne l’ont pas utilisé », répondit Steve Jobs. Nick Bilton ne savait plus quoi dire.

Jobs présente le nouvel iPad, un appareil mobile de navigation sur tablette, conçu comme un croisement entre l’iPhone et un ordinateur portable MacBook. (©Getty Images | Justin Sullivan)

« J’avais imaginé que la maison des Jobs était comme un paradis pour les intellos, explique Nick Bilton, que les murs étaient des écrans tactiles géants, que la table à manger était faite de tuiles d’iPads et que les iPod étaient distribués aux invités comme du chocolat sur un coussin. »

« Non, M. Jobs me l’a dit, pas du tout », a-t-il écrit.

Deux ans plus tard, Steve Jobs a réitéré sa position en affirmant : « En fait, nous n’autorisons pas l’iPad à la maison. Nous pensons que c’est trop dangereux pour[les enfants] en réalité », comme le cite Business Insider.

Depuis, une pléthore d’entrepreneurs en technologie ont révélé leur aversion personnelle pour la technologie à la maison, surtout lorsque leurs enfants sont impliqués.

Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired, prend la parole lors de la conférence Wired Business à la Morgan Library & Museum de New York le 14 juin 2010. (©Getty Images | Larry Busacca)

Donner l’exemple

Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine WIRED et actuel PDG de 3D Robotics, est père de cinq enfants. Il a également installé des limites de temps et des contrôles parentaux sur tous les appareils de la maison familiale.

« Mes enfants nous accusent, ma femme et moi, d’être fascistes et trop préoccupés par la technologie, et ils disent qu’aucun de leurs amis n’a les mêmes règles », a déclaré Chris Anderson au New York Times. « C’est parce que nous avons vu de première main les dangers de la technologie. »

« Je l’ai vu en moi », a-t-il poursuivi. « Je ne veux pas que ça arrive à mes enfants. »

La règle numéro un du ménage Anderson, a expliqué le PDG, est très simple : « Il n’y a pas d’écran dans la chambre. Point final. Jamais », dit-il.

Evan Williams, cofondateur de Medium et Twitter, prend la parole à la WIRED Business Conference : Think Bigger au Museum of Jewish Heritage de New York le 7 mai 2013. (©Getty Images | Brad Barket)

Evan Williams, l’un des fondateurs de Twitter and Medium, et sa femme, Sara, sont tout aussi prudents en matière de technologie. Ils ont « des centaines de livres » pour leurs garçons à la place des iPads.

Dick Costolo, le PDG de Twitter, a offert une perspective différente. Lui et sa femme approuvent « l’utilisation illimitée des gadgets » à une condition : que leurs adolescents utilisent l’espace commun et non leurs chambres. Trop de limitations instaurées au sujet du temps, estiment les Costolo, pourrait déclencher une rébellion.

« Quand j’étais à l’université du Michigan, il y avait ce gars qui vivait dans le dortoir à côté de moi et il avait des caisses et des caisses de Coca-Cola et d’autres sodas dans sa chambre », a dit Dick Costolo. « J’ai découvert plus tard que c’était parce que ses parents ne l’avaient jamais laissé boire de soda quand il était petit. »

Les dangers très réels de la technologie

Illustration – Shutterstock | Iakov Filimonov

Selon le Child Mind Institute, la gestion de l’utilisation des médias à la maison est l’un des plus grands défis du rôle parental au XXIe siècle.

La gratification à la demande des émissions de télévision et des jeux vidéo peut être particulièrement attrayante pour les enfants ayant un diagnostic de TDAH. Malheureusement, cependant, l’absorption dans la télévision ou les jeux vidéo ne reproduit pas le même type d’attention que celle que requièrent les autres tâches.

Le Dr John Constantino, de l’université de Washington, soutient que les enfants prédisposés à la violence ou au retrait social peuvent subir les effets négatifs des nouvelles technologies, car leur accès à l’information et à la communication devient sans limite.

Illustration – Shutterstock | Larina Marina

Les médias sociaux ont longtemps été critiqués pour le maintien de normes irréalistes de beauté et de succès, ce qui pourrait être particulièrement dangereux pour les jeunes esprits impressionnables. Sans compter que la technologie dans son ensemble a la capacité de devenir extrêmement addictive.

Bien que les arguments en faveur de l’application de (certaines) restrictions sur la technologie puissent être convaincants, de nombreux parents peu technophiles préconisent de tenir compte des besoins des enfants lorsqu’ils deviennent plus âgés et qu’ils ont besoin d’un ordinateur pour leurs études.

Walter Isaacson, biographe de Steve Jobs, a passé beaucoup de temps dans le ménage des Jobs et a semblé capable de faire la lumière sur la raison d’être des limites technologiques de l’entrepreneur :

« Tous les soirs, Steve se faisait un point d’honneur de dîner à la grande table longue dans leur cuisine, de discuter de livres, d’histoire et de bien d’autres choses », a déclaré M. Isaacson au New York Times.

« Personne n’a jamais sorti d’iPad ou d’ordinateur, poursuit-il, ajoutant que les enfants ne semblaient pas du tout accros aux appareils. »

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