« Paris est une fête » : l’effort des bistrots parisiens pour faire revivre la vie de quartier

19 novembre 2015
Mis à jour: 22 novembre 2015

Vendredi 13 novembre, les terroristes ont ouvert le feu et s’en sont pris à des lieux de vie symbolique pour les Parisiens : bistrots, stade, salle de spectacle. Le vivre-ensemble pourrait pourtant s’affirmer comme un premier remède pour les quartiers meurtris de la capitale.

Il ne s’agit évidemment pas d’oublier la peine et la douleur des derniers évènements. Dans l’esprit de beaucoup de Parisiens, cela fait désormais partie d’une résistance morale : ne pas montrer de peur, vivre normalement. Un mot laissé en hommage, Place de la République, pourrait résumer l’idée : « Si boire des coups, aller aux concerts ou aux matchs ça devient un combat, alors tremblez, terroristes, car nous sommes surentraînés ».

En début de semaine, un groupe de restaurateurs a lancé l’initiative « Tous au bistrot », un appel lancé aux Parisiens pour se retrouver dans le troquet du coin et prendre un verre. Relayé par le site guide du Fooding, il s’agissait « d’inviter tous les Français à investir les restaurants, bistrots, bars, cafés, brasseries du coin, mardi 17 novembre au soir ». Le but : « rendre hommage, soutenir ces professions ciblées, pour que Paris reste Paris ».

Le climat de l’envie de vivre

Au Baromètre, bistrot à deux pas du Bataclan, un serveur marmonne : « Je suis venu travailler, mais le cœur n’y était pas. » Gilda Gentil, client accoudé au bar, témoigne en être « encore vraiment retourné ». « Aujourd’hui, on essaie d’amener de la culture dans le quartier. Je travaille avec un collectif de 58 artistes qui s’expriment sur l’engagement climatique. Il me semblait que c’était ça le plus important, toute l’actualité était portée sur ce sujet. Jusqu’à ce que tout d’un coup, en rentrant à 22 h, vendredi soir, je me retrouve devant la pire des horreurs. »

Gilda Gentil. (David Vives/Epoch Times)
Gilda Gentil. (David Vives/Epoch Times)

« Maintenant, j’ai envie de partager des moments de vie, de me projeter un peu plus loin. Ce quartier, il va falloir le faire revivre, lui donner une inspiration. »

Dans le Dauphin, au 131 avenue Parmentier, à 500 mètres des fusillades du Petit Cambodge et du Petit Carillon, le service a repris dès le lendemain. « Les passants disaient : “ils font de la résistance”. C’était aussi pour nous l’occasion de se retrouver, mais j’ai eu beaucoup de difficultés à pondre un menu dans ces circonstances, mais mon équipe m’a porté. Cuisiner avec la boule au ventre, ce n’est pas évident, mais travailler m’a fait du bien », indique Inaki Aïzpitarte, le chef cuisinier.

L’atmosphère est encore pesante, place de la République et sur les lieux qui ont été attaqués. Les bouquets de fleurs se sont amoncelés, telles des montagnes de plastiques brillants et de couleurs. Certains bistrots sont encore sous le choc, comme le Septime, voisin de La Belle Équipe. « C’est une initiative touchante, nous en aurons besoin dans les semaines à venir. […] mais, pour l’instant, nous avons décidé de faire profil bas », déclare Bertrand Grébaut, le gérant.

Brasserie du Palais de Tokyo, le 18 novembre. (David Vives/Epoch Times)
Brasserie du Palais de Tokyo, le 18 novembre. (David Vives/Epoch Times)

Le cœur des Parisiens se partage aujourd’hui entre le recueillement et le besoin de revenir au quotidien. « C’est un climat à la fois d’appréhension, de peur, avec une envie de ne pas céder. Mais il y a aussi un climat qui est celui de l’envie de vivre, de mordre dans la vie », résume Nicolas Rafl, de passage sur la place de la République.

« En s’attaquant à ces lieux de vie, les terroristes ont frappé le poumon de la France. Tout ce qui fait que notre pays est si particulier », disait Yves Camdeborde, chef au Comptoir du Relais, dans le 6e arrondissement.

Hanna Isabel, étudiante danoise habitant Paris, confirme : « Je suis très surprise de voir comment les gens sont vite passés à autre chose, les Français sont très fiers et ils ont de l’espoir, comme s’ils voulaient dire “vous ne nous aurez pas”. »

Hanna Isabel et Nathalie Hannason. (David Vives/Epoch Times)
Hanna Isabel et Nathalie Hannason. (David Vives/Epoch Times)

« Quand on en vient à parler avec les gens, on sent qu’ils sont abattus, ils partagent beaucoup sur leur expérience et leur ressenti, mais on sent qu’ils veulent surmonter tout ça, qu’ils ne veulent pas laisser les terroristes l’emporter. Maintenant, c’est vraiment comme ça, c’est vraiment “la vie continue” », renchérit son amie, Nathalie Hanasson.

Le réalisateur Olivier Lambert a lancé le hashtag #ParisDoitResterUneFête sur les réseaux sociaux. Le but : inciter les Parisiens à réinvestir les quartiers. Inspiré du roman d’Ernest Hemingway A Moveable Feast (Paris est une fête), le concept est de revendiquer la fête comme « mode de résistance et de revendication ».

Les restaurateurs inquiets de la désertion

Le souvenir des mouvements de foules est encore frais pour certains restaurateurs, qui ont dû accueillir les clients effrayés. « Dimanche, on avait dit qu’il ne fallait pas qu’on se rassemble, finalement la place était pleine et vers 19 h il y a eu une fausse alerte, un mouvement de foule et on a dû faire rentrer 30 personnes, tout le monde s’est éloigné des fenêtres, les policiers étaient sur le qui-vive, c’était très bizarre », explique Gilles Robert, gérant de la Taverne Karlsbrau sur la place de la République.

Gilles Robert, gérant de la Taverne Karlsbrau. (David Vives/Epoch Times)
Gilles Robert, gérant de la Taverne Karlsbrau. (David Vives/Epoch Times)

Beaucoup d’entre eux redoutent désormais une baisse de fréquentation. Après les attentats de Charlie Hebdo, en janvier dernier, les hôtels enregistraient une baisse de 7 à 8 %, et qui s’est poursuivie jusqu’à parfois 25 % les deux semaines suivantes, d’après l’Office de tourisme de Paris. Puis, tout était revenu à la normale. Mais, cette fois, avec l’état d’alerte renforcé et le fait d’avoir été pris pour cible par les terroristes, les professionnels du métier s’attendent au pire. « Clairement, le soir, il y a moins de monde. Mais, pour l’instant, c’est encore frais », confirme Gilles Robert.

« Quatre-vingts pour cent de la clientèle vient de l’étranger, ici », relève Idrissa Diarro, restaurateur à la Brasserie de la tour Eiffel. « Alors avec les infos qu’ils vont voir ici et là, ceux qui sont ici ont peur et ceux qui sont à l’étranger appréhenderont de venir », indique-t-il.

Idrissa Diaro, restaurateur à la Brasserie de la Tour Eiffel. (David Vives/Epoch Times)
Idrissa Diaro, restaurateur à la Brasserie de la Tour Eiffel. (David Vives/Epoch Times)

Cependant, le restaurateur veut rester optimiste. « On le voit entre nous, tout le monde est soudé, tout le monde est plus attentionné, il y a des gens qui nous encouragent. On ne va pas fermer les boutiques ou rester chez soi, on ne va pas arrêter de vivre pour ces gens-là. »

Daniel et Michelle Orren. (David Vives/Epoch Times)
Daniel et Michelle Orren. (David Vives/Epoch Times)

À deux pas de là, sous une tour Eiffel bleu blanc rouge, Daniel et Michelle Orren, un couple new-yorkais, apprécient l’accueil parisien. « C’est un peu solennel, mais chaleureux. Il y a du recueillement, ici, nous respectons cela », indique Michelle. Daniel Orren, pour sa part, trouve les Parisiens « très amicaux ». « Les gens sont très amicaux, ici. On se rend compte que quelque chose se passe, cela est implicite. Mais l’atmosphère est bonne. »

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