Le PCC s’en prend à la monnaie virtuelle pour empêcher la fuite des capitaux

Par Alexander Liao
21 mai 2021
Mis à jour: 21 mai 2021

Pendant de nombreuses années, le PCC (Parti communiste chinois) a permis les opérations en monnaie numérique en Chine. Toutefois, en 2018, il a commencé à restreindre les transactions en bitcoins tout en continuant à encourager secrètement leur minage. Maintenant que d’importantes sommes d’argent fuient le pays par le biais des monnaies virtuelles, les autorités chinoises semblent déterminées à sévir.

(N.d.T : Le minage des bitcoins est le « procédé par lequel les transactions Bitcoin sont sécurisées. À cette fin, les mineurs effectuent avec leur matériel informatique des calculs mathématiques pour le réseau Bitcoin. Comme récompense pour leurs services, ils collectent les bitcoins nouvellement créés ainsi que les frais des transactions qu’ils confirment », selon le site bitcoin.fr.)

Les crypto-monnaies telles que le Bitcoin ont fait l’objet d’une attention croissante ces dernières années en raison de leur sécurité, de leur confidentialité et de leur décentralisation. Les données montrent que le prix unitaire du bitcoin a dépassé 49 278 € (60 000 $), mais au 18 mai, le prix unitaire du bitcoin est tombé à 35 562 € (43 300 $) avec une capitalisation boursière d’environ 670 milliards d’euros (811 milliards de dollars). Avec la hausse du prix du Bitcoin et d’autres monnaies virtuelles, les ressources mondiales investies dans l’industrie de minage des monnaies virtuelles ont également augmenté de manière significative.

La PCC ne reconnaît pas les monnaies virtuelles et a activement pris des mesures pour interdire les transactions par monnaie numérique. Au lieu de cela, il a introduit un yuan numérique contrôlé par le régime chinois.

Les monnaies virtuelles telles que le Bitcoin, en raison de leurs avantages en matière de sécurité et de confidentialité, sont devenues une préoccupation majeure pour le PCC. Le PCC fonctionne sur la base d’un contrôle centralisé.

Paradoxalement, bien que le Parti communiste chinois interdise le commerce des crypto-monnaies comme le Bitcoin, il n’interdit pas le minage des crypto-monnaies.

Les mineurs chinois représentent la grande majorité de l’industrie mondiale du minage de bitcoin.

Selon une étude de Statista en 2020, la Chine réalise 65 % du minage de bitcoins dans le monde, loin devant les États-Unis qui n’en représentent que 7,24 %.

Le minage consiste à résoudre des problèmes mathématiques complexes en échange d’un certain nombre de bitcoins. Un minage réussi met de nouveaux bitcoins en circulation et permet d’effectuer des transactions en toute sécurité. Selon le Nasdaq, l’industrie du minage de bitcoins a rapporté en moyenne 46 millions d’euros (56 millions de dollars) par jour en avril.

Le processus de minage engendre non seulement une forte consommation d’électricité pour faire fonctionner les ordinateurs, mais les opérateurs doivent également mettre à jour et développer en permanence des superordinateurs afin d’augmenter la puissance de calcul. À l’heure actuelle, une variété de machines de minage à circuit intégré spécifiques à une application ne cessent d’être introduites sur le marché.

Le profit résultant du processus de minage peut être calculé en soustrayant la somme de la valeur de l’électricité utilisée et du coût de la machine utilisée pour le minage, à la crypto-monnaie obtenue.

Les mineurs chinois de la monnaie virtuelle sont principalement concentrés dans l’ouest de la Chine, dans des régions comme la Mongolie et le Xinjiang. Cela s’explique par le fait que ces régions comptent de nombreuses petites et moyennes centrales hydroélectriques et que, faute d’équipements de distribution d’électricité adaptés, une grande partie de l’énergie hydroélectrique est gaspillée, en particulier en été lorsque des crues soudaines se produisent et que les centrales hydroélectriques fournissent volontiers de l’électricité gratuite à la population.

L’électricité y est bon marché en raison du relief montagneux et des basses températures. Par conséquent, un grand nombre de petits et moyens mineurs de bitcoins se sont installés dans la région. Même les patrons des centrales hydroélectriques sont eux-mêmes des mineurs. S’ils reçoivent des subventions pour l’énergie verte de la part du gouvernement, ils tirent également profit du minage des bitcoins produits avec une électricité bon marché.

Les grandes mines font des investissements énormes, et sont généralement concentrées en Mongolie-intérieure et au Xinjiang, où l’électricité est bon marché et le climat, suffisamment froid.

Non seulement la Chine domine le secteur du minage des monnaies virtuelles dans le monde, mais la fabrication de ses machines à minage se développe également rapidement. Deux géants du minage de bitcoins, Canaan Technology et Yibang International, ont été cotés en bourse aux États-Unis en 2019 et 2020.

En d’autres termes, la majorité du minage des bitcoins se fait en Chine. Globalement, c’est en Chine qu’est utilisé le plus d’électricité pour le Bitcoin, qu’est utilisé le plus de machines pour le minage, que sont fabriquées les machines de minage les plus avancées et qu’est contrôlé le plus grand nombre de bitcoins. Pourtant, les transactions Bitcoin sont illégales dans ce pays.

Lors du Congrès national du peuple en mars, le PCC a mis l’accent sur des propositions visant à créer de nouveaux avantages dans le secteur de l’économie numérique et à participer activement à l’élaboration de règles internationales et de normes relatives aux technologies numériques, telles que la sécurité des données, la monnaie numérique et les taxes numériques.

Le PCC espère que l’économie numérique, y compris la blockchain, contribue au PIB de la Chine et fasse du PCC un « leader mondial » de ce domaine. Voilà pourquoi le PCC n’interdit pas le minage des monnaies numériques.

(N.d.T: la blockchain, ou chaîne de blocs, est une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle.)

La technologie blockchain provient du Bitcoin. Elle gère et protège les données grâce au cryptage et à la décentralisation.

Le PCC soutient vigoureusement le développement de la technologie blockchain et aspire à contrôler le discours de la future technologie numérique mondiale. Pourtant, le concept original de décentralisation de la technologie blockchain est contraire à la nature totalitaire du PCC. Par conséquent, le PCC a commencé à supprimer systématiquement d’autres monnaies numériques.

Les représentants du PCC ont récemment mis en oeuvre des mesures répressives. Le régime chinois a scruté à la loupe plusieurs grandes banques commerciales et plateformes financières en ligne appartenant à des géants de la technologie comme Alibaba et Tencent. Il a renforcé sa surveillance des crypto-monnaies, principalement afin d’empêcher le blanchiment ou le transfert de fonds nationaux à grande échelle par le biais de crypto-monnaies.

Le 22 avril, la China CITIC Bank a publié une déclaration indiquant qu’afin de prévenir les risques de blanchiment d’argent, tous les comptes de la banque utilisés pour des transactions telles que le Bitcoin et le Litecoin seront annulés.

Un peu plus tôt cette année, la Banque centrale du Parti communiste chinois a infligé une amende de 3,7 millions d’euros (4,5 millions de dollars) à la China CITIC Bank au nom de l’inefficacité dans la lutte au blanchiment d’argent. Quatorze responsables ont également été sanctionnés. Cette mesure cible le blanchiment d’argent lié aux crypto-monnaies.

En date du 12 avril, la Banque centrale du Parti communiste chinois avait infligé des amendes d’un montant de 79 millions d’euros (97 millions de dollars) à 417 institutions financières et responsables pour l’année en cours, la plupart étant liées au blanchiment d’argent et aux transferts transfrontaliers impliquant les crypto-monnaies.

Dès décembre 2013, la Banque centrale du Parti communiste chinois et cinq autres ministères et commissions ont conjointement publié un avis demandant aux institutions financières et aux établissements de paiement de ne pas mener d’activités liées au Bitcoin. En avril 2014, 13 banques, dont les 5 principales banques chinoises (Industrial and Commercial Bank of China, Agricultural Bank of China, Bank of China, China Construction Bank et Bank of Communications) ont également annoncé interdir l’utilisation de leurs comptes pour le Bitcoin et le Litecoin.

Mettre un terme aux transferts d’argent à l’étranger

Les médias chinois ont signalé à plusieurs reprises que les crypto-monnaies sont utilisées par des particuliers et des entreprises pour transférer d’énormes actifs et des outils de blanchiment d’argent à l’étranger, et que cette méthode est difficile à suivre et à surveiller.

Le 1er mai de cette année, les crypto-monnaies ont été répertoriées comme l’une des méthodes illégales de collecte de fonds, une pratique à laquelle le PCC a l’intention de mettre un terme à l’intérieur de la Chine.

La grande liquidité des crypto-monnaies telles que le Bitcoin ne rivalise pas avec le marché boursier.

Selon les données fournies par Liang Xinjun, l’un des fondateurs du groupe Fosun, en avril 2020, la valeur marchande du Bitcoin n’était que de 129,2 milliards d’euros (158,9 milliards de dollars), soit 3,5 % du marché de la Bourse de Hong Kong.

Cependant, le volume annuel de transactions du bitcoin représente trois fois le volume de transactions de la Bourse de Hong Kong.

La forte liquidité des crypto-monnaies offre des avantages très pratiques pour transférer d’énormes quantités d’argent à l’étranger.

Selon le rapport annuel 2020 sur la lutte contre le blanchiment d’argent par monnaie virtuelle de la société de sécurité blockchain PeckShield, la valeur de la monnaie virtuelle mobile transfrontalière non réglementée de la Chine (crypto-monnaies) a atteint 14,3 milliards d’euros (17,5 milliards de dollars) l’année dernière, soit une augmentation de 51 % par rapport aux 9,32 milliards d’euros (11,4 milliards de dollars) de 2019 – un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

Le rapport de Lu Media a confirmé que des actifs nationaux chinois ont été transférés à l’étranger par le biais de monnaies virtuelles, et que ces dernières ont permis de blanchir des fonds illégaux. Cependant, malgré le contrôle strict des autorités chinoises, le nombre de transactions en crypto-monnaies a récemment augmenté.

Une représentation physique du crypto-produit Ethereum. (Jack Taylor/Getty Images)

Selon le calcul du flux de fonds réalisé par PeckShield, avant que le régime ait renforcé son contrôle de janvier à octobre 2020, le nombre mensuel de bitcoins passant des échanges de monnaies virtuelles domestiques en Chine vers les pays étrangers se situait entre 89 400 et 166 900. Cependant, en novembre et décembre de l’année dernière, après que le régime chinois a augmenté son contrôle, le nombre de bitcoins circulant à l’étranger est passé à 231 700 et 254 100 respectivement, soit une augmentation de près de 40 % par rapport au pic précédent.

En réalisant un calcul sur la base du prix unitaire du bitcoin qui était de 40 890 € (50 000 $) en novembre et décembre de l’année dernière, les fonds sortant de Chine vers l’étranger sous forme de bitcoins s’élevaient respectivement à 8,65 et 10,39 milliards d’euros (10,58 et 12,7 milliards de dollars).

Dans le cadre du processus de blanchiment d’argent, une « sous-plateforme d’exécution » a été créée. Elle consiste à utiliser le code d’encaissement ou la carte bancaire d’un utilisateur de WeChat et d’Alipay pour collecter les paiements des personnes cherchant à envoyer des capitaux à l’extérieur de la Chine, ce qui permet de percevoir une commission sur les transactions. En utilisant la monnaie virtuelle comme méthode de règlement, le blanchiment d’argent transfrontalier peut être effectué en secret.

En mai 2020, un système de blanchiment d’argent à grande échelle a fait l’objet d’une enquête à Hangzhou, en Chine. Les autorités ont découvert que l’opération avait blanchi plus de 5,72 milliards d’euros (7 milliards de dollars), collectant de l’argent via AliPay, WeChat Pay et des comptes bancaires. Dans le cadre de ces opérations, 3,76 milliards d’euros (4,6 milliards de dollars) ont été envoyés à l’étranger.

De nombreux pays dans le monde suppriment les monnaies virtuelles, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse et l’Inde.

Guo Wengui, le célèbre milliardaire chinois en exil, a déclaré dans une vidéo publiée sur sa chaîne YouTube le 7 mai penser que ces pays craignent que les monnaies virtuelles remettent en cause leur statut légal de monnaie de crédit souveraine. Toutefois, il estime que les craintes du PCC sont différentes. Le PCC craint la fuite des capitaux chinois à l’étranger. Selon lui, en Chine continentale, l’augmentation des richesses est liée à l’augmentation de l’insécurité et des menaces. Il affirme que les riches en Chine sont toujours à la recherche de moyens pour transférer leurs actifs à l’étranger en toute sécurité et en secret. À ces fins, la monnaie virtuelle est le meilleur moyen.

Je crois que son analyse est logique. Les monnaies virtuelles telles que le Bitcoin sont essentiellement des monnaies décentralisées, assimilées à de l’or. Les monnaies souveraines modernes sont des monnaies de crédit qui peuvent être créées par le gouvernement. Il s’agit de la clé des monnaies numériques. Le yuan numérique développé par le PCC utilise la blockchain, mais conserve tous les défauts du contrôle central et de la monnaie de crédit. La plupart des experts financiers occidentaux sont pessimistes à l’égard du yuan numérique.

Alexander Liao est chroniqueur et journaliste qui effectue des recherches sur les affaires internationales aux États-Unis, en Chine et en Asie du Sud-Est. Il a publié un grand nombre de rapports, d’articles d’opinion et de programmes vidéo dans des journaux et des magazines financiers chinois aux États-Unis et à Hong Kong.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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