Pékin exploite le géant des télécommunications Huawei pour étendre son influence mondiale

Par Kelly Song
4 octobre 2021
Mis à jour: 14 octobre 2021

Un rapport français récemment publié fournit un résumé complet du rôle que joue le géant chinois de la télécommunication Huawei dans les opérations d’influence mondiales du Parti communiste chinois (PCC).

Le rapport de 650 pages a été publié par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire française (connu sous son acronyme français IRSEM), une agence indépendante affiliée au ministère français des Armées. Le rapport détaille la campagne d’infiltration menée par Pékin en Occident depuis plusieurs décennies.

Grâce à d’importantes subventions publiques et à des efforts de lobbying international, Pékin a intégré la technologie Huawei dans un large éventail d’infrastructures à travers le monde. Les gouvernements occidentaux comprennent progressivement les menaces qui pèsent sur la sécurité, du fait, notamment, de la collecte de données et de l’espionnage industriel. Huawei nie régulièrement le fait de cautionner ce type d’activités.

Collecte de données et espionnage illicites

Selon le rapport, de nombreuses entreprises publiques chinoises de télécommunications sont fortement subventionnées, en particulier Huawei, pour obtenir des contrats à l’étranger. Par conséquent, il est légitime que les pays qui utilisent la technologie Huawei s’inquiètent pour leur sécurité. Huawei implique ses propres employés dans les opérations clandestines.

En 2019, les États-Unis découvrent que Huawei a accès à des équipements 4G grâce à des portes dérobées installées dans son système depuis 2009. Ils transmettent, la même année, les détails au Royaume-Uni et à l’Allemagne.

En février 2020, Robert O’Brien, alors conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, déclare au Wall Street Journal : « Nous avons des preuves que Huawei a la capacité d’accéder secrètement à des informations sensibles et personnelles dans les systèmes qu’il entretient et vend dans le monde entier. »

Antérieurement le service de renseignement intérieur néerlandais AIVD aura mis en garde la société néerlandaise des télécommunications fixes et mobiles KPN, qui utilise la technologie Huawei depuis 2009, face aux activités d’espionnage du groupe.

Un rapport de 2010 mis à la disposition de KPN expose les activités de surveillance de Huawei. Parmi ces activités, l’écoute des clients du réseau mobile néerlandais, y compris le Premier ministre et les représentants du gouvernement, ou la récupération des contacts personnels à partir des appareils mobiles. Par ailleurs, Huawei peut potentiellement désactiver l’ensemble du réseau. Le rapport reste confidentiel jusqu’à ce que le journal néerlandais de Volkskrant publie un résumé des opérations de Huawei en avril de la même année.

En 2019, en Pologne et en République Tchèque, deux employés de Huawei sont accusés d’espionner pour le PCC.

Un directeur commercial de Huawei en Pologne est arrêté par les autorités polonaises. Selon les allégations, son emploi chez Huawei n’est qu’une couverture lui permettant de mener des opérations d’espionnage pour le compte du PCC. Huawei le licencie immédiatement et déclare : « Ces allégations ne concernent en rien l’entreprise. »

Deux anciens employés de Huawei en République Tchèque avouent à la radio publique tchèque qu’ils ont collecté et transmis les informations sensibles de certains utilisateurs aux autorités chinoises. Les données ont été saisies sur une base de données interne contrôlée par le siège de Huawei en Chine. Les utilisateurs en question travaillent dans la fonction publique, il s’agit principalement de directeurs de département ou de vice-ministres, qui seront ensuite invités à des conférences ou des voyages en Chine. Pour sa part, Huawei nie toute collaboration avec le régime chinois.

Le dirigeant chinois Xi Jinping s’exprime virtuellement à la 76e session de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 21 septembre 2021. (Spencer Platt/POOL/AFP via Getty Images)

L’ONU

Le rapport souligne qu’au mois d’août 2021, la Chine est à la tête de quatre agences spécialisées des Nations unies. Le rapport précise :« Si diriger une agence ne signifie pas la contrôler entièrement, il est certain qu’une telle position offre la possibilité d’y développer son influence et d’avoir un impact sur l’interprétation ou la formulation des normes produites par celles-ci. »

C’est depuis 2013 que Li Yong, ancien vice-ministre des Finances de la RPC, est le directeur général de l’ONUDI (Organisation des Nations unies pour le développement industriel). Li Yong met en place un bureau hors siège pour contrôler quel pays est éligible à quel type de partenariat, et nomme un autre responsable du PCC pour le diriger. Régulièrement, Li Yong promeut l’Initiative ceinture et route (ICR, aussi connue comme « Nouvelle route de la soie »), dans laquelle Huawei est un acteur clé. En novembre 2019, il signe un contrat avec le vice-président de Huawei pour renforcer la coopération entre l’ONUDI et Huawei.

L’actuel secrétaire général de l’UIT (Union internationale des télécommunications), Zhao Houlin, commence sa carrière au ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MITI), de la RPC. C’est en 1990 qu’il rejoint l’UIT. En 2007, il se hisse au poste de secrétaire général adjoint. En 2015, il est élu secrétaire général. Dès qu’il le peut, Zhao Houlin rappelle l’importance de coopérer avec la Chine, notamment dans le cadre de son projet des « Routes digitales de la soie ». Il s’agit d’un programme à long terme pour conduire le monde vers une connectivité mondiale sino-centrée et implanter la technologie Huawei.

Lors du premier forum de la « Nouvelle route de la soie » en mai 2017, Zhao Houlin affirme que les technologies 5G de Huawei ne posent aucun problème de sécurité. En 2020, Huawei, rejoint par d’autres entreprises publiques, propose à l’UIT une nouvelle vision d’Internet en rupture radicale avec celle d’aujourd’hui, où les gouvernements auront plus de contrôle.

Liens avec l’armée et les services de renseignement

Le rapport français affirme que le fondateur de Huawei, Ren Zhengfei, entretient des liens étroits avec l’armée chinoise. En effet, dans les années 1990, Huawei a construit un réseau de communication à usage militaire, ce qui a permis d’établir un partenariat particulier entre l’entreprise et l’Armée populaire de libération (APL).

En 2013, les renseignements indiens signalent que Huawei et ZTE font partie du programme 863 de l’APL, un programme de recherche et de développement de haute technologie pour lequel Huawei est responsable des commutateurs et des routeurs. Voilà 12 ans, à l’époque, que Huawei opère en Inde avec des centres de recherche et développement qui comptent plus de 6 000 employés.

Le rapport cite une enquête du Forbes sur la collaboration de Huawei avec la compagnie Guangzhou Boyu Information Technology Co. (Boyusec), dont on sait qu’elle est constituée de hackers importants travaillant pour le gouvernement chinois. En 2014, le ministère américain de la Justice inculpe trois pirates de Boyusec qu’il a identifiés comme étant le cofondateur, le directeur exécutif et un employé de la société. Boyusec est une société contractuelle du gouvernement chinois. Elle est liée au groupe de pirates informatiques APT3 qui aura activement pris pour cible Hong Kong et les États-Unis.

Un rapport de novembre 2016 du site Washington Free Beacon indique : « Selon un rapport interne de la direction du renseignement J-2 de l’état-major interarmées du Pentagone, Boyusec et Huawei travaillent ensemble pour fournir des produits de sécurité qui seront chargés dans des équipements informatiques et téléphoniques fabriqués en Chine. Ces éléments trafiqués permettront aux services de renseignement chinois de saisir des données et de contrôler des équipements informatiques ou de télécommunication. »

Huawei nie ces allégations et affirme qu’il fait appel à Boyusec à titre consultatif uniquement, que son rôle se limite à « évaluer le système de Huawei ».

Violations des droits au Xinjiang

Le chercheur allemand Adrian Zenz est le principal expert de la crise ouïghoure en Chine. Le rapport français cite la déclaration d’Adrian Zenz selon laquelle Huawei est impliqué dans la surveillance et la détention des Ouïghours au Xinjiang.

Huawei nie les faits.

Le mur extérieur d’un prétendu « camp de rééducation » équipé de nombreuses caméras de surveillance dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, le 31 mai 2019. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

Dans un rapport de juin 2020, Adrian Zenz indique que « l’entreprise [Huawei] fait des affaires avec les services de sécurité du Xinjiang, qu’elle a travaillé avec eux pendant des années sur des solutions de sécurité élaborées sur mesure, et qu’elle fait fièrement la publicité de leur fonctionnement ».

M. Zenz a découvert qu’un ancien ingénieur de Huawei a travaillé sur le système de surveillance et sur le réseau de liaison vidéo de la ville de Kashgar. Kashgar abrite une population majoritairement ouïghoure dans le Xinjiang.

« D’autres preuves de la collaboration de Huawei avec les autorités chargées de la sécurité du Xinjiang, notamment une collaboration en matière de recherche stratégique avec les agences de sécurité publique d’Urumqi, ont été décrites par d’autres organismes, tels que le Global and Main et l’Australian Strategic Policy Institute », écrit M. Zenz.

« On peut rappeler que Fan Lixin, le directeur adjoint du ministère de la Sécurité publique du Xinjiang, a fait l’éloge de sa collaboration avec Huawei qui a permis d’atteindre les objectifs clés de la stratégie de sécurité intérieure de la région fixés dans le 13e plan quinquennal (2015-2020). »

Infrastructure des communications de Huawei en Afrique

Le rapport français révèle que les entreprises chinoises ont construit et rénové au moins 186 bâtiments gouvernementaux à travers l’Afrique, soit un minimum de 24 résidences ou bureaux pour les chefs d’État, 26 bâtiments de congrès, 32 installations militaires ou de police, et 19 bâtiments de ministères des Affaires étrangères.

Huawei et ZTE ont également développé au moins 14 réseaux de télécommunications sensibles à usage gouvernemental, dont des systèmes pour la police et les forces armées.

En outre le gouvernement chinois aura approvisionné au moins 35 gouvernements africains en équipement bureautique et ordinateurs.

Selon le rapport, les infrastructures fabriquées par la Chine permettent de collecter des renseignements, y compris des informations personnelles sur les habitudes et les préférences de nombreux responsables politiques et autres personnalités. Cette récolte d’informations est particulièrement efficace pour faire progresser l’influence de Pékin en Afrique.

Au moins 40 des 54 pays africains sont concernés, explique le rapport.

Les câbles sous-marins

Les câbles sous-marins sont indispensables pour les Routes digitales de la soie. Huawei Marine Networks Co. Ltd. et des entreprises connexes ont investi massivement dans les câbles sous-marins.

Le rapport indique qu’en Asie, le PCC possède 30 % des câbles sous-marins existants et plus de la moitié de ceux en cours de construction. Dans le monde entier, le PCC possède 11,4 % des câbles sous-marins déjà installés et 24 % de ceux en cours de construction. Actuellement, Huawei est chargé de construire le câble sous-marin reliant le Brésil au Cameroun dans l’océan Atlantique Sud, en partenariat avec l’opérateur China Unicom.

Le PCC peut potentiellement couper le câble sous-marin en Asie, un sabotage qui peut s’avérer utile pour attaquer Taïwan, poursuit le rapport. Le PCC développe également un système de surveillance sous-marine en mer de Chine méridionale, notamment pour épier les sous-marins américains.

À qui appartient Huawei ?

D’après le rapport, le groupe Huawei est non seulement sous le contrôle du PCC, mais il appartient pour une grande part à l’État. Cette conclusion s’appuie sur les recherches de Christopher Balding, professeur associé à l’Université Fulbright du Vietnam et spécialiste de l’économie chinoise.

Huawei affirme être une entreprise privée, appartenant à son fondateur et ses employés.

Toutefois, M. Balding remarque que Huawei Technologies est détenue à 99 % par Huawei Investment Holdings, elle-même entièrement détenue par le comité syndical de Huawei Investment Holdings. Selon la loi chinoise, les comités syndicaux sont des « organismes publics » qui n’ont pas d’actionnaires. Un exemple d’organisme public, la Ligue de la jeunesse communiste, détenue par le PCC.

Les entreprises publiques et privées chinoises sont exploitées pour collecter des données pour le PCC, elles sont légalement obligées de le faire, indique le rapport.

Le rapport établit les différentes étapes, à partir de 2016, que le PCC suit pour mettre en place un cadre juridique adapté. En 2016, Xi Jinping exige l’intégration de « la direction du Parti dans tous les aspects de la gouvernance d’entreprise ».

En 2017, le PCC adopte la loi sur le renseignement national. Selon l’article 7 de cette loi, toutes les entités commerciales et tous les citoyens chinois doivent « soutenir, aider et coopérer aux efforts nationaux de renseignement, conformément à la loi, et protéger les secrets nationaux liés aux activités de renseignement dont ils ont connaissance ». La loi s’applique également aux entreprises et aux Chinois à l’étranger.

En 2020, la loi est affermie par la publication de « l’avis sur le renforcement du travail de Front uni dans l’économie privée de la nouvelle ère », qui organise l’influence du Parti sur les entreprises. Selon Scott Livingston, un ancien analyste au Bureau du représentant américain du commerce, et membre du think tank Center for Strategic and International Studies, basé à Washington, ce document prouve que Huawei n’est en rien une entité commerciale indépendante.

Epoch Times a contacté Huawei pour obtenir des commentaires.

Kelly Song est rédactrice pour Epoch Times aux États-Unis spécialisée dans la question chinoise.


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