Pékin cible les réfugiés du Falun Gong aux États-Unis en suivant leurs déplacements

Par Eva Fu
7 avril 2021
Mis à jour: 7 avril 2021

NEW YORK – Les autorités chinoises tentent de retrouver les pratiquants de Falun Gong qui ont fui la persécution du régime chinois en recueillant leur adresse à l’étranger et leurs données personnelles, d’après diverses déclarations de pratiquants à Epoch Times.

Le harcèlement du Falun Gong en Chine par le Parti communiste est monnaie courante depuis que le régime a lancé une campagne pour éradiquer le groupe religieux, depuis plusieurs décennies, soumettant des millions de personnes à des abus variés, dont la torture, l’emprisonnement, le travail forcé et même le prélèvement d’organes forcés. Selon son site web, le Falun Gong est une pratique de perfectionnement de soi enracinée dans les traditions bouddhistes. Il promeut les valeurs d’Authenticité, de Bienveillance et de Tolérance.

Ces dernières semaines, particulièrement à la suite de la réunion annuelle des « deux sessions », une rencontre très importante pour le régime chinois, plusieurs pratiquants de Falun Gong aux États-Unis ont constaté que la police chinoise contactait leurs familles en Chine et leur demandait des informations personnelles. Ceci allait jusqu’à entraver les activités normales des familles si elles refusaient d’obtempérer.

Lorsque les parents de Ling Jilei vendaient leur maison et devaient mettre à jour le lieu de résidence de Ling auprès de la police locale, la police a refusé trois fois cette procédure de routine, a-t-elle raconté.

« Le premier jour, ils ne voulaient pas le faire. Ensuite, ils ont demandé d’obtenir mon adresse et mon numéro de téléphone. La fois suivante, ils ont demandé à ce que je prenne une photo avec mon enfant et nos papiers d’identité », a-t-elle spécifié à Epoch Times. Ling est une pratiquante de Falun Gong qui a fui le Xinjiang pour aller vivre aux États-Unis il y a cinq ans.

« La police locale me connaît par mon nom », a-t-elle ajouté. « Ce que je fais, quel est mon travail… à quelle école va mon enfant. Ils ont posé des questions sur tout. »

Ling est loin d’être la seule personne chinoise à devoir vivre avec la surveillance de l’État, même après avoir trouvé refuge à l’étranger. D’autres pratiquants originaires de Pékin, de la province du Guizhou dans le sud-ouest de la Chine, de la province du Guangdong au sud, et de la province orientale du Shandong ont aussi rapporté des situations similaires.

Un rocher qui s’abat sur mon cœur

L’intimidation et la surveillance semblent correspondre aux instructions du gouvernement vues dans un document gouvernemental interne de 2015 ayant fait l’objet d’une fuite, dans la province du Liaoning (nord-est), dans lequel les responsables ont ordonné la collecte exhaustive d’informations sur les pratiquants de Falun Gong qui avaient quitté la Chine, y compris leurs noms chinois et étrangers, leurs photographies, leurs nouveaux documents d’identification tels que les cartes vertes, et des détails clés sur leurs familles en Chine.

Le document demandait aux villages locaux et aux unités de travail « d’analyser chaque individu en fonction de ses relations en Chine et de mettre en place des plans de travail personnalisés » pour l’approbation des autorités du gouvernement central.

Un document de 2020 émanant du comité permanent de l’Assemblée législative chinoise, le Congrès national du peuple, montre que le Parti communiste chinois (PCC) continue de considérer la suppression du Falun Gong comme clé à sa stabilité politique.

« Il n’y a jamais eu de véritable État de droit sous le PCC », indique Peng Yongfeng à Epoch Times. Celui-ci était un avocat spécialisé dans les droits de l’homme en Chine, avant de quitter le pays. « Ils n’ont qu’un objectif ultime : recueillir et stocker le plus d’informations possible sur la communauté chinoise afin de maximiser leur contrôle sur la population. »

Pour Ling, qui a été arrêtée à plusieurs reprises en Chine à cause de ses croyances et qui a même été menottée à une planche de bois et électrocutée par des gardiens de prison chinois, ce type de surveillance policière a ravivé ses craintes.

« C’était comme si j’étais de retour en Chine à cet instant », a déclaré Ling, se souvenant de ce qu’elle a ressenti en apprenant l’incident par son père. « Toute cette nuit-là, j’ai eu l’impression qu’un rocher s’abattait sur mon cœur. Je sentais qu’ils pouvaient venir m’arrêter le jour suivant. »

Au Xinjiang, les pratiquants de Falun Gong et d’autres minorités ethniques et religieuses ont été placés dans des camps d’internement pour avoir refusé de renoncer à leurs croyances ou de suivre la ligne du Parti. Après avoir purgé sa peine dans le camp de travail, Ling a dû se présenter chaque semaine aux autorités locales. La police lui rendait régulièrement visite ou lui téléphonait pour s’enquérir de ses activités, dit-elle. Elle dit qu’elle a eu de la chance de pouvoir s’échapper à l’étranger – elle a un ami, également pratiquant du Falun Gong, qui s’est vu interdire de quitter le Xinjiang alors qu’il possédait un visa américain.

« Cela m’a donné l’impression d’être surveillée », a-t-elle dit à propos des rapports hebdomadaires au poste de police.

Un pratiquant de Falun Gong du Guizhou, qui a demandé l’anonymat pour protéger la sécurité de sa famille, a déclaré que le comité du village de sa ville natale avait récemment demandé sa date de naissance, son adresse aux États-Unis et des détails sur son lieu de travail.

Les responsables du village ont dit à sa famille qu’ils procédaient à un comptage de la population. Cet individu a cependant quitté la Chine depuis vingt ans et ne vit plus dans la région depuis plus de trente ans.

Alors que pour Li Peng, une pratiquante de Falun Gong originaire du Shandong vivant maintenant à New York, la police de sa ville natale a appelé sa mère et a insisté pour savoir où elle travaille et vit, ainsi que pour connaître son opinion sur les questions liées à la Chine, a-t-elle rapporté à Epoch Times.

« Comment le Parti communiste chinois peut-il surveiller ce que les gens pensent ? », a-t-elle déclaré.

Ce que la police demande à sa famille témoigne de la nature « extrême » du modèle de gouvernance chinois, selon Mme Peng.

« Ils disent que, peu importe, si vous êtes en Chine ou à l’étranger, tant que vous êtes Chinois, vous êtes sous la juridiction du gouvernement chinois », souligne-t-elle.

« Ils traitent le Falun Gong comme leur ennemi, car ils savent ce qui les attend après que les efforts du Falun Gong ont fait prendre conscience aux gens de qui ils sont. »

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