Pékin intensifie sa campagne pour remodeler le paysage de l’information mondiale

Par Eva Fu
27 juin 2020
Mis à jour: 27 juin 2020

Selon une enquête de la plus grande organisation de journalistes au monde, le régime chinois mène une campagne médiatique « extensive et sophistiquée à long terme » pour amplifier son récit de propagande dans le monde entier.

Dans l’enquête publiée le 23 juin et menée auprès des membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), basée à Bruxelles, dans 58 pays et territoires, deux tiers des personnes interrogées ont déclaré que la Chine créait une « présence visible » dans leurs médias nationaux.

Selon l’organisation, il y a également des « signes clairs » que Pékin cible les journalistes des pays en voie de développement, comme ceux d’Amérique latine, dont les gouvernements sont inefficaces ou répressifs.

Parmi les principaux objectifs de Pékin, la FIJ a constaté l’encouragement d’une couverture favorable de sa grande initiative en matière d’infrastructures, l’initiative pour la Ceinture et la Route (nouvelle route de la soie). Le régime a proposé des programmes de formation spéciaux, comme par exemple dix mois de formation au journalisme dans de prestigieuses universités chinoises.

L’organisation a appelé cette stratégie « emprunter un bateau pour atteindre l’océan » : Pékin sous-traite la propagande à des plateformes médiatiques non chinoises pour étendre la portée des points qu’il veut faire valoir, tout en dissimulant la provenance des contenus publiés.

La moitié des personnes interrogées ont participé à des voyages sponsorisés en Chine destinés à montrer les aspects positifs du pays ; 36 % des syndicats de journalistes interrogés ont déclaré qu’on leur avait demandé de signer des accords de coopération avec une entité chinoise ; tandis que plus d’un tiers d’entre eux ont fait état de partenariats de partage de contenu avec des syndicats de journalistes chinois et d’autres organismes.

Pékin cherche également à contrôler directement son infrastructure de messagerie, a déclaré la FIJ, en acquérant des médias étrangers et en créant des entreprises médiatiques communes à grande échelle à l’étranger.

Les visites sur le terrain peuvent durer de deux semaines à dix mois, et visent souvent « massivement » les pays en développement, selon l’enquête.

Afin de repousser les allégations de violations des droits de l’homme par les autorités chinoises dans le Xinjiang, par exemple, certaines ambassades chinoises ont organisé des voyages de presse pour les journalistes des pays à majorité islamique, les encourageant à vanter les succès économiques et les attractions touristiques du Xinjiang. Les musulmans ouïgours et les autres minorités musulmanes du Xinjiang ont été lourdement persécutés par le régime chinois, dont on estime qu’un à deux millions ont été envoyés dans des camps de concentration où ils sont contraints d’abandonner leur foi. Des entrepreneurs ayant des intérêts commerciaux en Chine ont également agi comme mandataires pour aider à organiser ces voyages.

En Australie, des dizaines de journalistes de médias influents se sont rendus en Chine aux frais du gouvernement chinois depuis 2016, selon la FIJ. Lors d’une table ronde organisée en Birmanie, chacun des neuf journalistes présents a reçu et accepté au moins deux offres de voyages sponsorisés, l’un d’entre eux étant allé neuf fois en Chine.

Des accords douteux

Les syndicats de journalistes d’au moins huit pays d’Asie Pacifique, d’Afrique et d’Europe ont signé des protocoles d’accord (MOU) avec des entités chinoises, selon l’enquête de la FIJ.

L’accord implique souvent des accords de confidentialité et manque donc de transparence, a noté la FIJ. Les termes de certains accords ont obligé les syndicats à participer à des événements organisés par le gouvernement chinois.

Aux Philippines, le groupe présidentiel de communication, un bureau gouvernemental qui supervise les médias contrôlés par l’État, a envoyé des membres de son personnel en Chine pour y suivre une formation de plusieurs mois et y obtenir des bourses. Le bureau a signé un protocole d’accord avec l’agence gouvernementale chinoise, l’Administration nationale de la radio et de la télévision, en 2019.

Ces partenariats ont eu un impact sur les écrits des journalistes. « La façon dont ils [le personnel du bureau des Philippines] écrivent leurs articles à présent, correspond au mode d’écriture utilisé par les médias de la province du Xinhua ou de l’État chinois », a déclaré un journaliste des Philippines interrogé, ajoutant que « c’est normalement de la propagande ».

Une boîte à journaux payante China Daily se trouve avec d’autres quotidiens gratuits dans le quartier Midtown de New York, le 6 décembre 2017. (Benjamin Chasteen/The Epoch Times)

Stratégie d’achat de bateaux

Le régime « achète des bateaux ou les construit » pour diffuser des contenus approuvés par l’État auprès des médias étrangers, a déclaré la FIJ.

Des entreprises chinoises contrôlées par l’État ont également acheté des médias ou créé des entreprises communes dans au moins neuf pays.

Le géant chinois de l’internet Alibaba, par exemple, possède une application appelée UC News qui publie des informations en bahasa (parlé en Indonésie), en hindi et dans 15 langues indiennes régionales. En acquérant le journal anglophone South China Morning Post, basé à Hong Kong, le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, a déclaré qu’il voulait « offrir une chance équitable aux lecteurs » pour comprendre la Chine.

Des forfaits de télévision par satellite avec des chaînes de médias d’État chinoises ont été mis en place et vendus dans toute l’Afrique, élargissant ainsi la portée de la propagande de l’État chinois.

L’administration américaine a récemment cherché à freiner les activités des médias chinois dans le pays. Le département d’État a jusqu’à présent identifié un total de neuf agences d’État chinoises comme étant des missions étrangères.

Selon des documents du ministère américain de la Justice, China Daily, un journal de langue anglaise dépendant du département chinois de la publicité, a dépensé des millions pour publier des suppléments dans les principaux journaux américains.

« Alors que les médias occidentaux sont redevables à la vérité, les médias de la RPC [République populaire de Chine] sont redevables au Parti communiste chinois », a déclaré Morgan Ortagus, un porte-parole du département d’État, dans une déclaration du 22 juin, après avoir ajouté les cinq derniers à la liste.

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