Le Pentagone prévient des dangers d’une domination chinoise sur la 5G

27 avril 2019 Mis à jour: 27 avril 2019

Interdire les équipements chinois 5G sur le marché américain ne suffirait pas à contrecarrer les menaces potentielles pour la sécurité, avertit un récent rapport du gouvernement fédéral. Les autorités américaines doivent donc, affirme-t-il, agir pour contrer la domination croissante de la Chine sur certaines fréquences de téléphonie mobile destinées à devenir la norme mondiale.

Le Defence Innovation Board, un comité consultatif fédéral du secrétaire américain à la Défense, a publié début avril un rapport analysant l’écosystème mondial de la 5G.

La 5G, prochaine génération de réseaux mobiles, offrira une connectivité Internet à une vitesse environ 20 fois supérieure à celle de la 4G. Ces hauts débits devraient révolutionner de nombreux secteurs, notamment les transports, la santé et l’industrie.

Le rapport évalue par exemple l’impact de l’arrivée de la 5G sur l’armée américaine, expliquant que celle-ci permettra au Pentagone de rassembler ses « réseaux fragmentés actuels en un réseau unique afin de promouvoir une prise de conscience de la situation et une prise de décision améliorées ». En d’autres termes, la 5G peut améliorer vitesse de travail et efficacité, tout en permettant de nouvelles technologies impliquant le déploiement d’armes.

Le développement de la 5G aux États-Unis est insuffisant sur un point particulier : la plupart des pays ont arbitré entre deux choix techniques pour déployer la 5G. Le premier est d’adopter des fréquences inférieures à 6 GHz (spectre des bandes basses à moyennes, également appelé «sub-6»), tandis que l’autre cible les fréquences comprises entre 24 et 100 GHz (spectre des bandes hautes ou «mmWave»).

Chaque approche a ses avantages. Un réseau mmWave peut offrir une vitesse de connexion Internet plus élevée que celle du sub-6, mais présente l’inconvénient d’avoir une zone de couverture plus petite. En d’autres termes, un opérateur de téléphonie mobile qui adopte le réseau mmWave devra créer davantage de stations relais pour obtenir la même couverture et les mêmes performances qu’un réseau sub-6.

Les opérateurs mobiles américains se concentrent actuellement sur le développement de la 5G dans le spectre mmWave, et certains regardent secondairement le sub-6, selon le rapport. La raison en est que le gouvernement américain possède une partie des fréquences sub-6, en particulier dans la gamme des 3 et 4 GHz, utilisées à des fins militaires, par exemple les communications par satellite et les radars.

Cela rend « difficile pour les opérateurs d’acquérir des licences sur certaines parties du spectre lors des enchères de la Federal Communications Commission ou même de partager cette partie du spectre ».

Dans le même temps, d’autres pays poursuivent le développement de la 5G dans le spectre sub-6, en raison d’avantages tels que le besoin d’infrastructures moins complexes, une zone de couverture plus étendue et la possibilité de modifier les systèmes 4G existants pour prendre en charge la 5G. Ils ne sont de plus pas soumis aux mêmes restrictions qu’aux États-Unis.

« Alors que le sub-6 devient la norme mondiale, il est probable que la Chine, actuellement leader dans ce domaine, mène la charge. Cela créerait des risques de sécurité pour les opérations du DoD [Département de la défense] à l’étranger, qui dépendront de réseaux incluant des composants chinois », avertit le rapport.

La Chine encourage l’utilisation de son spectre sub-6 par le biais de l’initiative OBOR (One Belt, One Road – les nouvelles « routes de la soie »), dans le cadre de laquelle Pékin investit dans des projets d’infrastructure en Asie du Sud-Est, en Europe, en Afrique et en Amérique latine afin de gagner en influence géopolitique.

Le régime chinois y parvient en installant des câbles à fibre optique pour les pays OBOR avec lesquels il est partenaire, en donnant l’accès à certaines sociétés 5G qui utiliseraient son infrastructure, ce qui « va ensuite façonner l’ensemble du marché des produits 5G », indique le rapport.

Ainsi, toute entreprise souhaitant vendre ses produits 5G en Chine, ou à d’autres endroits bénéficiant d’un « parrainage chinois », devra construire son réseau selon les spécifications chinoises ou créer un partenariat avec des entreprises chinoises. « Cela augmente le risque de backdoors [portes dérobées] et la vulnérabilité des produits tout le long de la chaîne d’approvisionnement », avertit le rapport.

Afin de s’assurer que les États-Unis ne soient pas en retard dans le développement du sub-6 et pour empêcher les normes chinoises de prendre la tête – et donc de poser des risques pour la sécurité – le rapport appelle le Pentagone et la Federal Communications Commission à « mettre la priorité sur le sub-6 plutôt que le de mmWave pour la 5G ».

Le rapport demande également au Pentagone d’encourager les autres agences gouvernementales à inciter le secteur à « adopter un réseau 5G commun pour le déploiement de sub-6 », avec notamment des incitations fiscales et des prêts à faible taux d’intérêt.

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