Les perspectives du gigantesque projet chinois des « nouvelles Routes de la Soie »

Les difficultés de ce colossal programme d’infrastructures visant à relier l'Eurasie sous l'égide géopolitique de Pékin
14 janvier 2018
Mis à jour: 16 janvier 2018

Analyse

Détenant le pouvoir et le potentiel industriel le plus important derrière les États-Unis, le régime chinois a fait référence à l’ancienne Route de la Soie comme partie de sa stratégie visant à jouer le rôle le plus influent dans l’économie et la politique de l’Asie et de l’Europe.

Le projet « One Belt, One Road » (OBOR), qualifié de nouvelles Routes de la Soie, a été la pierre angulaire de la politique étrangère du dirigeant chinois Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en tant que chef du Parti communiste en 2013.

Ce programme colossal prévoit une « ceinture » terrestre par rail et route via l’Asie centrale et la Russie, qui se double d’une « route » maritime permettant à la Chine de rejoindre l’Afrique et l’Europe par la mer de Chine et l’océan Indien. Il regroupe 65 pays et consiste en une série d’investissements dans des projets ferroviaires, autoroutiers, portuaires ou énergétiques, avec à la clé la création de parcs industriels ou de zones franches en Asie, en Europe centrale, au Moyen-Orient et jusqu’en Afrique.

Ces dernières années, Pékin a investi des centaines de milliards de dollars dans ces projets d’infrastructure et a fait entendre que dans les cinq prochaines années le montant total d’investissements pourrait atteindre les 5 000 milliards de dollars.

Toutefois, le projet de l’OBOR est déjà confronté à des difficultés dans sa réalisation. D’un côté, injecter des milliards de dollars dans des pays en développement (ou en difficulté) favorise des relations diplomatiques évidentes pour la Chine. Mais il reste à voir si la Chine est en mesure de percevoir les remboursements des prêts massifs qu’elle offre aux États relativement moins prospères et potentiellement instables. À ce titre, les proches alliés de Pékin eux-même ont hésité à s’engager pleinement dans l’OBOR.

En novembre 2017, le Pakistan s’est retiré d’un programme d’investissement de 14 milliards de dollars que les représentants du gouvernement ont qualifié comme allant « contre leurs intérêts ». Quelques jours plus tôt, le Népal a annulé le projet d’une usine hydroélectrique de 2,5 milliards de dollars, en cours de construction par une société d’État chinoise dans le cadre de l’OBOR. La Birmanie a mis fin à un projet similaire, déclarant qu’elle n’était plus intéressée.

Acheter l’influence

L’examen international de la faisabilité économique du projet OBOR a été accompagné des craintes que son agent d’exécution, le Parti communiste chinois (PCC), tente d’acheter l’allégeance politique d’autres pays afin de consolider sa position géostratégique. À l’époque où le PCC annonce qu’il évite d’exporter la révolution communiste, des propositions aux termes généreux des projets prestigieux, comme des barrages et des lignes ferroviaires à grande vitesse, semblent aligner les intérêts des gouvernements locaux sur les objectifs à long terme de Pékin.

La nouvelle Stratégie de sécurité nationale, publiée par l’administration de Trump le 18 décembre dernier, demande aux États-Unis de prendre compte et d’analyser les efforts de la Chine et de la Russie visant à saper l’ordre international installé après la guerre froide et traditionnellement maintenu par la puissance économique, l’État de droit et la suprématie militaire américaine.

« Nos adversaires ne nous combattront pas selon nos conditions. Nous allons accroître notre pouvoir compétitif pour relever ce défi, protéger les intérêts américains et promouvoir nos valeurs », indique cette stratégie, ajoutant que « la Chine et la Russie effectuent leurs investissements dans les pays en développement pour étendre leur influence et obtenir des avantages compétitifs par rapport aux États-Unis. »

En juillet 2016, les revendications territoriales de la Chine en mer de Chine méridionale ont été déclarées illégales par la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. Toutefois aux Philippines, qui ont les plus importantes disputes territoriales avec la Chine et qui avaient engagé la procédure d’arbitrage trois ans plus tôt, l’élection du président Rodrigo Duterte a conduit au changement de la position de Manille.

Les Philippines font partie de la route de la Soie maritime d’OBOR et pensent bénéficier des milliards de dollars que les investissements chinois pourraient apporter au réseau de transport et d’énergie de ce pays.

Rodrigo Duterte, président des Philippines, pose pour une photo de groupe avec d’autres chefs de délégations lors du Forum sur le projet « One Belt One Road » tenu à Pékin, le 15 mai 2017. (Damir Sagolj-Pool / Getty Images)

Selon le journal PhilStar Global, une telle relation avec la Chine « souligne l’importance de prendre une position plus discrète sur nos droits souverains comme la base pour obtenir de plus grands avantages dans l’ensemble ».

Après la décision de la Cour permanente d’arbitrage sur la mer de Chine méridionale, Rodrigo Duterte – qui est connu pour avoir insulté les dirigeants étrangers et recourir à la force meurtrière pour réprimer les trafiquants de drogue et les toxicomanes – a suggéré que les Philippines travailleraient directement avec Pékin pour résoudre leurs différends territoriaux.

Ailleurs en Asie du Sud-Est, des entreprises chinoises mènent la construction d’une voie ferroviaire à grande vitesse de 5 milliards de dollars au Laos et ont injecté au total 20 milliards de dollars dans les projets de construction d’îles artificiels Melaka Gateway et du chemin de fer côtier en Malaisie. Des projets similaires ont été lancés en Thaïlande, au Cambodge et en Indonésie.

En décembre 2017, le gouvernement sri-lankais a accepté de louer à la Chine pour 99 ans le port stratégique d’Hambantota dans l’océan Indien. Cette décision tenait compte de l’incapacité de rembourser 8 milliards de dollars de dettes que Sri Lanka devait aux entreprises publiques chinoises.

Les nouvelles Routes de la Soie qui mènent nulle part ?

Il y a environ deux mille ans que les armées de la dynastie des Han avaient pacifié les tribus nomades et avaient ouvert la Route de la Soie, créant des liens commerciaux qui amenaient les splendeurs de la civilisation chinoise à travers l’Asie centrale jusqu’à l’Empire romain.

Les corridors économiques d’OBOR à travers la Russie et l’Asie centrale visent en fin de compte le continent européen, facilitant le commerce et mettant Pékin dans les bonnes grâces des autorités locales. Le Kazakhstan et d’autres États post-soviétiques d’Asie centrale sont fortement engagés dans l’OBOR et constituent le point central dans les ambitions de Pékin en Occident.

La Russie, victime des relations chroniquement antagonistes avec l’OTAN et l’Union européenne, s’est souvent tournée vers la Chine pour obtenir son soutien. Les deux pays sont d’importants partenaires commerciaux et Moscou a exprimé son enthousiasme concernant le projet d’OBOR. En juin dernier, le dirigeant russe Vladimir Poutine a déclaré que ce projet avait « ouvert la voie à une nouvelle étape de coopération en Eurasie ».

Le dirigeant russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping au présidium du Forum sur le projet « One Belt One Road » à Pékin, le 15 mai 2017. (Thomas Peter-Pool / Getty Images)

Malgré le conflit de faible intensité entre la Russie et l’Ukraine sur les régions orientales de cette dernière, la Chine a également courtisé Kiev. Pékin a annoncé qu’il prévoyait d’investir 7 milliards de dollars dans le développement des infrastructures de transport en Ukraine et considère ce pays de 45 millions habitants comme un tremplin important vers l’Europe.

Selon l’analyste Franklin Holcomb, qui a accordé une interview à Daily Signal, « un état final acceptable pour les deux pays serait probablement une Ukraine soumise à l’influence politique et militaire russe, reconstruite avec des fonds chinois et servant de canal pour la propagation de l’influence de la Chine en Europe, où l’influence occidentale serait minimisée ».

Malgré une large portée des intentions annoncées par Pékin, il reste à voir à quel point il pourra soutenir sa rhétorique. De plus, la coopération sino-russe sur le flanc nord de l’OBOR semble avancer à pas de tortue. Les projets sino-russes, comme le constate l’article publié en octobre 2017 par The Diplomat, progressent très lentement à cause des entraves bureaucratiques et financières dans le secteur des infrastructures de la Russie.

La présence de fortes puissances indépendantes ou pro-américaines – en particulier l’Inde, l’Australie et le Japon – représente également une énigme pour le régime chinois, en tenant compte qu’une grande partie des projets routiers et maritimes des « nouvelles Routes de la Soie » se concentrent en Asie du Sud et du Sud-Est.

En décembre dernier, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a exhorté l’Inde à soutenir l’OBOR – le projet que cette dernière boycotte principalement parce qu’il implique largement le Pakistan, un allié chinois de longue date. New Delhi proteste contre le fait qu’une partie du corridor économique sino-pakistanais traverse la région contestée du Cachemire.

La réduction d’impôt dans le cadre de la réforme fiscale récemment adoptée aux États-Unis, a ajouté des soucis à la Chine et, par extension, à l’OBOR. Cette réforme, fortement critiquée par Pékin, met la pression sur la structure économique chinoise qui favorise les grandes entreprises publiques au détriment du secteur privé.

Leo Timm

Version anglaise

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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