En phase avec la volonté du Ciel : « La Vierge aux anges »

Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
Par Eric Bess
19 juillet 2021
Mis à jour: 19 juillet 2021

Quelle est la volonté du Ciel ? Nous avons peut-être entendu dire que nous devrions suivre la volonté du Ciel, mais qu’est-ce que cela signifie ? Pour moi, cette question est un peu blasphématoire, car mes pensées humaines sur le Ciel pourraient, sans le vouloir, différer de sa grandeur réelle.

Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas réfléchir à ce que cela signifie de se comporter comme si nous étions des êtres du Ciel ou en route vers le Ciel. Mais je suggère que cette réflexion soit accompagnée d’un haut niveau de piété et de respect sincères.

Dans cet esprit, je pensais à une peinture que j’ai vue à plusieurs reprises au cours des dix dernières années environ. La Vierge aux anges de William Bouguereau m’a fait réfléchir à la volonté du Ciel.

William-Adolphe Bouguereau expose au Salon de 1881

Au début des années 1880, la capacité technique de William Bouguereau à composer et à peindre des tableaux le catapulte vers les sommets du monde artistique parisien. Il est élu vice-président de la Société des artistes français, un comité d’artistes nouvellement créé qui établit les règles et organise les futurs Salons.

Un Salon était l’exposition d’art annuelle officielle de l’Académie des Beaux-Arts de Paris. D’après le livre William Bouguereau : His Life and Works (la vie et les oeuvres de William Bouguereau) de Damien Bartoli et Frederick C. Ross, le Salon était « l’événement parisien le plus important de l’année ». Le premier Salon produit par la Société des artistes français fut le Salon de 1881 et exposait le tableau de William-Adolphe Bouguereau,  La Vierge aux anges.

À l’époque où William Bouguereau a peint la Vierge aux anges à thème religieux, les peintres impressionnistes gagnaient en popularité, et nombre d’entre eux avaient un certain dégoût pour William Bouguereau et son art. Une biographie en ligne de M. W. Bouguereau indique que « Edgar Degas et ses proches », par exemple, « ont inventé le terme ‘Bouguereauté’ dans un contexte dépréciatif, pour décrire tout style artistique dépendant de surfaces lisses et non naturelles », ce qui signifie que les impressionnistes étaient plus intéressés par l’expression des « impressions » de la nature sur leurs sens que par la quête de perfection et d’idéalisme de William Bouguereau.

Cela dit, William-Adolphe Bouguereau a conservé sa popularité auprès du grand public et de l’élite artistique de son vivant. MM. Bartoli et Ross partagent la réaction du critique d’art Edouard Thierry à la Vierge aux anges au Salon de 1881 :

« La scène entière est baignée de tendresse. Que dire ? Cherchez ailleurs et vous ne trouverez pas un charme pareil à celui qui naît de la vénération et de l’amour de cet être divin, dans ce qu’il y a de plus humain dans une telle sainteté, dans ce qu’il y a de plus simple et de plus modeste. »

La Vierge aux anges est un tableau qui est encore populaire aujourd’hui. Selon MM. Bartoli et Ross : « Cette œuvre religieuse stupéfiante a battu à elle seule un certain nombre de records de fréquentation et de popularité lorsqu’elle a été exposée en 2006 au Getty Museum de Malibu, en Californie. »

La Vierge aux anges (Chanson des anges), 1881, par William Bouguereau. Huile, 213,4 × 152,4 cm. Forest Lawn Museum, Californie. (Domaine public)

La Vierge aux anges

La Vierge aux anges représente la Vierge Marie avec l’enfant Jésus à gauche de la composition. Marie est assise sur un banc qui semble être de conception corinthienne, qui était le style de conception le plus orné et le dernier de l’architecture gréco-romaine classique. Elle tient Jésus sur ses genoux et tous deux sont profondément endormis.

La Vierge Marie est vêtue de ses couleurs typiques : rouge, blanc et bleu. Le blanc peut représenter sa pureté, le bleu son lien avec le ciel, et le rouge son amour pour son fils et le sacrifice de celui-ci.

Trois anges vêtus de blanc et d’or accompagnent la Vierge Marie et Jésus. Ces couleurs, ainsi que leurs ailes, indiquent qu’ils sont des êtres célestes. Les trois anges regardent avec amour l’enfant Jésus tout en jouant de la musique pour le couple endormi.

Le groupe de personnages est seul dans un environnement calme et naturel. La Vierge Marie repose son dos contre un arbre, et le feuillage à l’arrière-plan masque partiellement un plan d’eau calme en haut à droite de la composition.

Nous avons l’impression que ces anges donnent la sérénade à la Vierge Marie et à l’enfant Jésus endormis dans un cadre terrestre relaxant, calme et beau.

La célébration et la volonté du Ciel

Alors, que suggère cette peinture sur la volonté du Ciel ?

Tout d’abord, la Vierge Marie porte du blanc sur la tête et les épaules, du bleu sur le corps, et du rouge à l’ourlet et sur les avant-bras. Le blanc sur sa tête et ses épaules me suggère que son esprit et son cœur doivent être purs. Le bleu sur son corps indique que son corps de vierge, également pur, est relié au ciel.

Cependant, le rouge sur ses avant-bras suggère que son amour doit correspondre à ce qu’elle est capable de sacrifier, c’est-à-dire à ce qu’elle peut donner. Elle s’accroche à Jésus pour l’instant, mais à un moment donné, elle est destinée à se défaire de la chose à laquelle elle est le plus attachée : son fils. Leur position ressemble à celle de La Pietà, une oeuvre dans laquelle la Vierge Marie tiendra plus tard dans ses bras son fils sans vie.

La Pietà, William Adolphe Bouguereau (1825-1905) – Pieta (1876)
(Domaine public)

Par rapport à Jésus, la Vierge Marie est davantage tournée vers les anges, ce qui suggère qu’elle a orienté son esprit, son cœur et son corps vers le ciel. En d’autres termes, la Vierge Marie représente la pureté de l’esprit, du cœur et du corps, qui, dans leur innocence, sont liés au ciel. Son esprit, son cœur et son corps ne sont pas occupés par la convoitise du plaisir et du pouvoir terrestres.

Il est intéressant de noter que les deux personnages reposent sur un banc réalisé dans le style architectural gréco-romain de l’ordre corinthien, qui aurait été le dernier ordre architectural avant la naissance de Jésus. La ville de Corinthe, qui a donné son nom à ce style architectural, est également devenue un centre du christianisme primitif. Le fait que les deux se reposent ici suggère le changement à venir que Jésus apportera à Rome.

Jésus est peint tourné vers nous, et il est nu, les mains jointes devant la poitrine. Cette représentation suggère qu’il est venu sur terre sans rien : il est présenté dans sa vérité nue. Est-ce aussi une représentation de la pureté – que notre vérité nue est séparée de nos possessions terrestres ?

Mais pourquoi sont-ils endormis ? Le langage corporel de la Vierge Marie et de Jésus complète la sérénité du cadre naturel qui les entoure. Tout est dépeint comme serein, calme et pur. Les personnages endormis sont-ils représentatifs d’une disposition paisible et tranquille ? Les états de pureté et de compassion représentés par la Vierge Marie et Jésus sont-ils les précurseurs de cette sérénité calme ?

Les anges jouent de la musique pour eux pendant leur sommeil. Les anges célèbrent-ils cette mère et cet enfant qui, dans leur pureté, ont obtenu un esprit et un cœur calmes et sereins ? Ou bien représentent-ils la volonté du Ciel, qui ne peut vraiment diriger nos vies que lorsque nous cessons d’imposer nos propres intentions à notre vie et à celle des autres (un état également caractérisé par le sommeil, puisque dans le sommeil nous ne nous engageons pas dans des actions intentionnelles pour obtenir nos désirs ou interférer avec la vie des autres) ? Ou les deux ?

Cette peinture m’a fait réfléchir à l’importance d’un esprit, d’un corps et d’un cœur purs pour obtenir la sérénité calme que le Ciel apprécie. Et peut-être que cette sérénité n’est pas obtenue par une force intentionnelle mais en sacrifiant ce que nous pensons être important et en nous laissant guider par la volonté du Ciel. C’est peut-être dans ce calme que nous pouvons entendre la musique du Ciel et nous laisser guider par elle.

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes », nous interprétons les arts visuels d’une manière qui peut être moralement perspicace pour nous aujourd’hui. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles les générations ont été confrontées, mais nous espérons que nos questions inspireront un voyage de réflexion dans le but de devenir des êtres humains plus authentiques, plus compatissants et plus courageux.

Eric Bess est artiste figuratif en exercice et candidat au doctorat à l’Institut d’études doctorales en arts visuels (IDSVA).

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