En pleine pandémie, des fonctionnaires chinois ont commandé des fournitures médicales à l’étranger, puis les ont vendues dans un but lucratif

Par Nicole Hao
14 septembre 2020
Mis à jour: 14 septembre 2020

Jiang Pengyong, petit-fils d’un haut fonctionnaire chinois, rend publique son histoire de participation à un programme d’achat d’équipements de protection individuelle à l’étranger et de vente de ces équipements au régime chinois.

Jiang Pengyong a d’abord accepté ce programme parce qu’il pensait qu’il contribuait ainsi à réduire la crise épidémique du pays. Il s’est procuré les fournitures médicales par l’intermédiaire de sa société de commerce électronique basée à Shenzhen, Shenzhen Jipingyong Tech Company. La société a un bureau en Corée du Sud, et Jiang Pengyong y réside.

Huang Zhongnan, son courtier en Chine, lui a déclaré que les fournitures médicales seraient données aux travailleurs de la santé de première ligne ou aux citoyens ordinaires qui en ont besoin pour lutter contre la propagation de Covid-19.

Mais Huang Zhongnan a révélé par la suite que les fournitures médicales avaient été remises à des fonctionnaires du gouvernement et à des fondations, qui les ont vendues avec profit.

Une fois que Huang Zhongnan n’a plus eu besoin d’acheter des fournitures médicales à l’étranger, Jiang Pengyong a reçu un avis selon lequel les autorités gouvernementales chinoises dans la ville de Suzhou le poursuivaient en justice pour avoir commis une fraude contractuelle.

Jiang Pengyong a décidé de rendre publique son histoire pour dévoiler la corruption en Chine.

Les masques que Jiang Pengyong a achetés en Corée du Sud, et les enregistrements des conversations entre Jiang et Huang Zhongnan, un courtier de la Croix-Rouge chinoise, en février 2020. (Fourni à Epoch Times)

Les tractations

En janvier, alors que l’épidémie du virus du PCC (virus du Parti communiste chinois)* devenait grave en Chine, M. Huang, un courtier de la Croix-Rouge chinoise, a approché Jiang et lui a demandé de l’aider à acheter des fournitures médicales à l’étranger.

La Croix-Rouge chinoise, contrairement à ses homologues internationaux, est directement financée et gérée par le régime chinois. Elle a déjà été impliquée dans un scandale de corruption locale en 2011.

M. Jiang était conscient de la réputation peu enviable de la Croix-Rouge chinoise. Mais devant l’insistance de M. Huang, il a finalement accepté.

« L’épidémie était très grave… J’ai senti qu’il était de mon devoir d’aider mon peuple », a-t-il déclaré. Le personnel médical chinois à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, était à court d’EPI (équipement de protection individuelle) au plus fort de l’épidémie.

Pendant ce temps, le gouvernement central allouait des fonds aux autorités locales et aux organisations caritatives pour l’achat de fournitures médicales, soi-disant pour les distribuer aux personnes dans le besoin.

Selon M. Jiang, M. Huang était courtier pour la branche provinciale du Zhejiang d’une grande organisation caritative, pour les branches de la Croix-Rouge chinoise et pour plusieurs gouvernements locaux du Zhejiang.

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Par l’intermédiaire de la société de M. Huang, Enbo (Hangzhou) Industrial Company, agissant en tant que fournisseur du gouvernement, les autorités locales achèteraient trois millions de masques chirurgicaux à M. Jiang au prix unitaire de 8 ¥ (environ 0,99 €).

Les contrats étaient conclus entre la société de M. Huang et la société de M. Jiang.

Document officiel de la commission sanitaire du district de Wujiang dans la ville de Suzhou, émis pour permettre l’expédition des commandes d’EPI de Jiang, le 7 février 2020. (Fourni à Epoch Times)

Les collectivités locales prétendaient acheter les fournitures pour les donner à des organisations caritatives.

Mais en réalité, M. Huang a déclaré à M. Jiang fin janvier qu’il vendrait les masques aux filiales locales de la Croix-Rouge chinoise et à d’autres organisations caritatives à un prix plus élevé, soit 35 ¥ pièce (4,32 €).

Les bénéfices seraient partagés entre les représentants du gouvernement, M. Huang et M. Jiang.

M. Jiang a fourni des copies de messages texte sur l’application de messagerie populaire WeChat entre lui ou son personnel et M. Huang pour organiser les envois, ainsi que des commandes d’achat entre la société de M. Huang et les entités gouvernementales locales.

Par exemple, un message daté du 1er février et émis par le centre de contrôle et de prévention des maladies du district de Jianggan, dans la ville de Hangzhou, a confirmé l’envoi de « fournitures médicales achetées à l’étranger » entre le 1er et le 4 février.

Il a également fourni des copies des transactions bancaires entre lui et M. Huang pour ces fournitures.

M. Jiang pensait qu’il était malhonnête de tricher sur le financement du gouvernement central, mais M. Huang l’a convaincu que le plan était approuvé par les entités gouvernementales locales.

Sur le papier, les transactions semblaient légitimes.

Un document du 7 février de la commission sanitaire du district de Wujiang, dans la ville de Suzhou, indique que « pour prévenir et contrôler l’épidémie du nouveau coronavirus, la commission sanitaire de Wujiang confie au directeur général de la Shenzhen Jipingyong Tech Company, Jiang Pengyong, l’achat d’EPI à l’étranger. Ces EPI seront expédiés en Chine par avion-cargo ».

Le document a été émis afin que les envois soient approuvés aux douanes et aux points de contrôle le long de l’itinéraire de transport.

Mais M. Jiang a finalement réalisé qu’il y avait une combine plus grave.

Jiang Pengyong visitant un site touristique en Corée du Sud en 2020. (Fourni à Epoch Times)

Des affaires louches

Le 31 janvier, M. Jiang devait être à l’aéroport de Séoul et attendait de charger une cargaison de masques chirurgicaux dans un avion d’assistance. M. Huang avait dit à M. Jiang dans une série de messages WeChat que ces masques avaient été commandés par la branche provinciale du Zhejiang d’une grande organisation caritative, pour être distribués dans la ville de Wuhan.

Mais ce jour-là, M. Huang a soudainement dit à M. Jiang d’expédier les masques à la ville de Hangzhou (située dans le Zhejiang) plutôt comme des envois réguliers, et non comme des marchandises de charité.

Cela a éveillé les soupçons de M. Jiang.

Le 1er février, M. Huang a demandé à M. Jiang d’expédier 3,5 millions de masques faciaux KF95, une norme de filtrage sud-coréenne similaire à la norme américaine N95 pour les masques.

Le 2 février, alors que l’employé de M. Jiang était prêt à expédier des masques en Chine comme matériel d’aide humanitaire, M. Huang a déclaré dans un texte sur WeChat qu’il fallait plutôt expédier l’EPI à une société privée chinoise.

M. Huang a ensuite révélé à M. Jiang que des responsables de la Croix-Rouge chinoise et d’autres organisations caritatives étaient également impliqués dans l’affaire : ils vendraient différentes fournitures médicales à des utilisateurs individuels en Chine, avec un bénéfice. Jiang se les procurait à 6,5 ¥ pièce (0,80 €), mais M. Huang s’est associé à des fonctionnaires pour les vendre à des personnes en Chine à 139 ¥ (17,16 €).

Epoch Times a contacté chacune des commissions sanitaires locales avec lesquelles M. Huang traitait, ainsi que les antennes de la Croix-Rouge chinoise que M. Jiang a mentionnées. Ils ont confirmé que M. Huang était leur personne de contact, mais qu’ils ne donneraient pas plus de détails sur leurs relations commerciales avec M. Huang.

Aujourd’hui, M. Jiang est poursuivi par le bureau de police du district du parc industriel de la ville de Suzhou. Ses comptes bancaires professionnels en Chine ont été gelés. Il pense qu’il s’agit de représailles de la part des responsables locaux de la Croix-Rouge chinoise, après qu’il n’a pas pu répondre à certaines demandes d’achat de fournitures de la part des responsables, ce qui leur a fait perdre leurs arrhes.

« Peu importe si vous faites des affaires avec eux, ou si vous faites quelque chose contre eux, vous devez payer un lourd tribut », a-t-il déclaré.

* Epoch Times qualifie le nouveau coronavirus, à l’origine de la maladie Covid-19, de « virus du PCC » parce que la dissimulation et la mauvaise gestion du Parti communiste chinois ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale.

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