Point de vue sur la pandémie : les liens entre l’élite et les dirigeants du Canada, et le régime chinois

Par Yao Liang, Tanya Du
19 juin 2020
Mis à jour: 21 juin 2020

Le Canada fait partie des 20 pays du monde qui comptent le plus grand nombre de cas d’infection par le Covid-19, malgré sa population relativement peu nombreuse et sa faible densité de population. Au sein du Canada, le Québec a été de loin la région la plus touchée.

À la mi-juin, le Canada comptait environ 100 000 cas d’infection et plus de 8 000 décès. Sur ce total, plus de la moitié des infections et 65 % des décès ont eu lieu au Québec, qui compte moins d’un quart de la population du pays.

L’article éditorial d’Epoch Times « Partout où les liens avec le Parti communiste chinois sont étroits, le virus du PCC[*] suit » note que « les régions les plus touchées en dehors de la Chine ont toutes un point commun : des relations étroites ou lucratives avec le régime communiste de Pékin ».

Epoch Times désigne le nouveau coronavirus, responsable de la maladie du Covid-19, comme le « virus du PCC », car la dissimulation et la mauvaise gestion du Parti communiste chinois (PCC) ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale.

Depuis des décennies, des dirigeants canadiens de haut niveau, une élite bien branchée et de puissantes entreprises, dont beaucoup sont basées au Québec, ont fait pression pour que des liens plus étroits soient tissés entre le Canada et la Chine.

Ottawa a joué un rôle déterminant en permettant au régime chinois d’acquérir une reconnaissance mondiale à ses débuts et l’a aidé à devenir l’une des superpuissances émergentes du monde, tandis que le régime continuait à réprimer son propre peuple chez lui et à étendre ses tentacules d’influence à l’étranger. Pendant ce temps, les dirigeants canadiens ont souvent fermé les yeux sur les violations des droits de l’homme commises par Pékin à des moments critiques.

Définir un cap

En 1970, le gouvernement du Premier ministre Pierre Trudeau est devenu l’un des premiers gouvernements occidentaux à établir des relations diplomatiques avec le Parti communiste chinois (PCC) en tant que dirigeant de la Chine. La reconnaissance du régime par le Canada a ouvert la voie à d’autres pays occidentaux qui ont suivi et au PCC qui a rejoint des organismes internationaux tels que les Nations unies.

L’établissement de relations avec la Chine communiste et son intégration aux Nations unies était l’un des principaux objectifs de la politique étrangère de Pierre Trudeau après son accession au poste de Premier ministre en 1968.

CORONAVIRUS : CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR

Bien avant de devenir Premier ministre, lors d’une visite à Moscou pour assister à une conférence de propagande dans les années 1950, Pierre Trudeau, alors militant politique québécois, aurait déclaré à l’épouse du chargé d’affaires américain qu’il était communiste et catholique et qu’il était venu à Moscou pour critiquer les États-Unis et faire l’éloge de l’Union soviétique, selon le livre The Truth About Trudeau (la vérité sur Trudeau) de Bob Plamondon, publié en 2013.

Pierre Trudeau s’était rendu en Chine dans sa jeunesse en 1949, puis en 1960 dans le cadre d’un voyage parrainé par le régime. Il a fait la chronique de ce dernier voyage avec le co-auteur Jacques Hébert dans leur livre Two Innocents in Red China (deux innocents en Chine rouge).

Au cours de leur visite, les deux hommes ont assisté à des scènes de l’une des périodes les plus sombres du régime communiste, le Grand Bond en avant, comme l’indique un article du Globe and Mail. Durant cette période, qui s’étend de 1958 à 1962, le président Mao Zedong a voulu apporter rapidement l’industrialisation à la Chine et a forcé les agriculteurs à produire de l’acier plutôt que des récoltes, et ceux qui ne s’y conformaient pas risquaient la torture et même la mort. Le Grand Bond en avant a conduit à une famine dévastatrice qui a tué des dizaines de millions de personnes.

Toutefois, dans leur livre, Pierre Trudeau et Jacques Hébert écrivent : « Nous sommes convaincus que nous assistons au début d’une révolution industrielle. »

Lors de sa visite officielle en Chine en tant que Premier ministre en 1973, où il a rencontré Mao et le Premier ministre Zhou Enlai, Pierre Trudeau a fait l’éloge du régime pour sa gouvernance, en disant que le système qu’il avait développé « en comparaison avec tous les systèmes sociaux chinois précédents, s’efforce d’assurer la dignité humaine et l’égalité des chances pour le peuple chinois ».

Le commentaire de Pierre Trudeau est arrivé au moment où Mao était au milieu de sa Révolution culturelle désastreuse et sanglante, qui a entraîné un nombre de morts estimé entre des centaines de milliers et 20 millions, avec des millions de Chinois souffrant de torture et d’humiliation, de saisie de biens, et de destruction de l’économie et de la culture traditionnelle.

Sur l’insistance de Pékin, Pierre Trudeau a refusé de délivrer des permis pour permettre à Taïwan de participer aux Jeux olympiques de 1976 à Montréal, alors que l’équipe était reconnue par le Comité international olympique (CIO). Refuser l’entrée dans un pays reconnu par le CIO était sans précédent et a suscité de fortes objections de la part des États-Unis.

L’admiration de Pierre Trudeau pour le PCC a eu des implications à long terme et a mis en route des décennies de politiques d’apaisement de la Chine.

En 2013, lorsque son fils Justin Trudeau, alors chef du Parti libéral qui cherchait à devenir le prochain Premier ministre, s’est vu demander quel pays il admirait le plus, il a répondu : « Il y a en fait un niveau d’admiration que j’ai pour la Chine. Leur dictature de base leur permet en fait de redresser leur économie à moindre coût. »

Liens entre les entreprises

Derrière certains des efforts de lobbying les plus agressifs pour renforcer les liens entre le Canada et la Chine se trouve une poignée de grandes entreprises ayant des activités commerciales importantes en Chine, dont beaucoup sont basées au Québec.

L’auteur Jonathan Manthorpe, dans son livre Claws of the Panda (les griffes du panda) de 2019, décrit Power Corporation, une société de services financiers de plusieurs milliards $ basée à Montréal, comme « le premier gardien des relations officielles [du Canada] avec la Chine ».

En 1968, l’entreprise est passée sous le contrôle de Paul Desmarais père et a été dirigée par ses fils Paul junior et André, qui ont occupé les fonctions de co-PDG jusqu’à l’année dernière, lorsqu’ils ont annoncé qu’ils quittaient leurs fonctions de PDG mais restaient respectivement président et vice-président.

Certaines des personnes les plus influentes du Canada ont des liens avec Power Corporation, dont quatre anciens Premiers ministres.

La fille de l’ancien Premier ministre Jean Chrétien est mariée à André Desmarais. Jean Chrétien, Pierre Trudeau et l’ancien Premier ministre Brian Mulroney ont tous été membres du conseil consultatif de Power Corporation après avoir quitté leurs fonctions. L’ancien Premier ministre Paul Martin a été président d’une des filiales de la société, Canada Steamship Lines, qu’il a ensuite rachetée avec un partenaire dans les années 1980.

André Desmarais, fils du fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais père, assiste à un événement à Sun Valley, en Idaho, le 6 juillet 2016. Drew Angerer/Getty Images

En 2019, M. Chrétien a déclaré que le ministre de la Justice du Canada devrait utiliser son autorité pour empêcher l’extradition d’un membre de la direction de Huawei, Meng Wanzhou, qui a été arrêtée à Vancouver en décembre 2018 sur une demande d’extradition des États-Unis. M. Mulroney a conseillé que Jean Chrétien et André Desmarais soient envoyés en Chine au nom du Canada pour négocier la libération de deux Canadiens arrêtés par Pékin en représailles à l’arrestation de Mme Meng.

Plusieurs autres personnalités politiques canadiennes, y compris d’anciens ministres, ont également travaillé pour Power Corporation.

Un autre cadre influent de la société était Maurice Strong, qui a ensuite travaillé comme sous-secrétaire général des Nations unies. Strong est le neveu de l’éminente journaliste pro-communiste Anna Louise Strong. Selon la série d’Epoch Times : Comment le spectre du communisme dirige le monde, Maurice Strong a été profondément influencé par sa tante et s’est décrit comme « un socialiste dans l’idéologie et un capitaliste dans la méthodologie ».

Après avoir pris sa retraite, M. Strong s’est installé à Pékin, où il a vécu le reste de sa vie. Dans une interview accordée au Guardian en 2010, il a déclaré qu’il entretenait toujours une certaine coopération avec les Nations unies, « en particulier pour la Chine et cette région ».

Power Corporation est un membre fondateur du Conseil commercial Canada-Chine (CCBC), qui a été dirigé par Paul Desmarais père.

Conseil Commercial Canada-Chine

Le CCBC plaide en faveur de relations solides avec la Chine et a compté dans ses rangs d’anciens politiciens ou des personnes qui sont devenues des politiciens.

Paul Desmarais père a été le président fondateur du CCBC. Son fils André est un président honoraire de l’organisation, et le président actuel est le fils d’André, Olivier.

Le CCBC, anciennement appelé le Conseil commercial Canada-Chine, a été fondé en 1978 par huit grandes sociétés canadiennes et la société d’État chinoise CITIC.

La moitié des membres fondateurs canadiens – à savoir Power Corporation, BMO Groupe financier, Bombardier et SNC-Lavalin – sont basés à Montréal. Les autres membres fondateurs sont la Barrick Gold Corp., Exportation et développement Canada, la Financière Manuvie et la Financière Sun Life, cette dernière étant basée à Montréal jusqu’en 1978.

Selon le livre Claws of the Panda (les griffes du panda), les membres fondateurs du CCBC « sont devenus un lobby persuasif pour le renforcement des relations avec la Chine, pour laquelle les avantages du commerce étaient considérés comme primordiaux ».

La communauté des affaires Canada-Chine entretient des liens étroits avec un fonctionnaire chinois autrefois puissant, Bo Xilai.

Bo Xilai, ancien membre du Politburo en disgrâce, assiste à la session de clôture du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CPPCC) dans le Grand Hall du peuple à Pékin le 13 mars 2012. (Lintao Zhang/Getty Images)

Bo était une étoile montante du PCC jusqu’à ce qu’il soit démis de son poste de chef du parti de la mégalopole de Chongqing après un scandale impliquant le fonctionnaire Wang Lijun de Chongqing. Wang a fait part au consulat américain de Chengdu de l’implication de Bo et de la femme de Bo, Gu Kailai, dans le meurtre d’un homme d’affaires britannique.

Bo faisait partie d’une faction loyale à l’ancien leader chinois Jiang Zemin, un rival du leader actuel Xi Jinping. Selon certains témoignages, Bo et d’autres responsables de la faction de Jiang avaient comploté pour renverser Xi, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles Bo a été écarté du pouvoir.

Bo et sa femme Gu étaient tous deux fortement impliqués dans le prélèvement d’organes des prisonniers de conscience du Falun Dafa autorisé par l’État, et en tiraient profit.

Jean Chrétien a un jour qualifié Bo de « vieil ami », et il a été qualifié de « l’un de nos principaux ponts » par Sergio Marchi, un ancien ministre libéral du commerce et un ancien président du CCBC, selon le Globe and Mail.

La relation entre Bo et le milieu des affaires est ancrée dans les liens étroits qu’il avait avec la famille Desmarais.

Le Globe a rapporté l’année dernière que le fils de Bo, Bo Guagua, travaille pour Power Corporation. Mais ces liens remontent à l’époque de Paul Desmarais père et de Bo Xilai père. Selon The Globe, le père de Bo, Bo Yibo, alors vice-Premier ministre du PCC, a rendu visite à Paul Desmarais père dans les années 1970 alors qu’il était en route pour Washington afin de préparer le voyage du président américain Richard Nixon en Chine.

Peu après que Bo est devenu ministre du Commerce de la Chine en 2004, Power Corporation a été l’une des premières entreprises étrangères à recevoir la permission d’acheter et de vendre des actions libellées en yuan sur les bourses chinoises, note The Globe.

Liens entre CITIC et Power Corporation

CITIC Group Corporation, le seul membre fondateur du CCBC basé en Chine, est l’une des entités chinoises avec lesquelles Power Corporation entretient des liens étroits. Il s’agit d’une société d’investissement publique créée pour attirer les investissements occidentaux en Chine.

Deux hommes discutent à côté des bureaux de CITIC Pacific à Hong Kong sur cette photo d’archives. Power Corporation a acheté une participation importante dans CITIC Pacific, une filiale de CITIC, en 1997, et André Desmarais a été membre du conseil d’administration de la filiale de 1997 à 2014. (Philippe Lopez/AFP via Getty Images)

CITIC a été fondée avec l’approbation personnelle de Deng Xiaoping, le chef du régime chinois après la mort de Mao. Son fondateur, Rong Yiren, plus tard vice-président de la République populaire de Chine, était connu comme « le capitaliste rouge ».

André Desmarais a été membre du conseil d’administration de CITIC Pacific, une filiale de CITIC, de 1997 à 2014. Pendant cette période, Power Corp. a pris des participations dans CITIC Pacific.

Power Corp. détient également 13,9 % des parts de China Asset Management, une filiale de CITIC. Mackenzie Financial Corporation, une filiale indirecte de Power Corp. détient également 13,9 % des parts de China Asset Management.

« Avec une participation directe dans une si large partie de l’économie chinoise, les Desmarais ont certainement intérêt à bénéficier de la relation de plus en plus chaleureuse du Canada avec les communistes de Pékin », affirme un article du Western Standard de 2005 intitulé « Puppets of Beijing » (les marionnettes de Pékin).

Le CITIC a compté dans ses rangs de nombreux « princes » du PCC – les enfants des dirigeants du Parti – parmi ses dirigeants, dont Wang Jun, qui est le fils d’un des huit anciens du PCC, et Bo Xicheng, le frère de Bo Xilai, et le fils de Bo Yibo, une des plus hautes personnalités politiques du Parti.

Paul Desmarais père et André ont rencontré Rong pour la première fois lors d’une mission d’affaires en Chine à l’invitation du Premier ministre Pierre Trudeau, selon La Presse. Avant que Power Corp. n’acquière une participation dans CITIC, la relation Desmarais-Rong avait donné lieu à une autre coentreprise en 1986 : un investissement dans une scierie en Colombie-Britannique.

« Développant la relation »

L’ancien Premier ministre Brian Mulroney, qui a fourni des services professionnels à Power Corp. à différentes occasions, a également siégé au conseil d’administration de CITIC après avoir quitté ses fonctions. Selon un article du Globe, Paul Desmarais père a été l’un des deux principaux mentors de M. Mulroney dans sa jeunesse. Power Corp. faisait régulièrement appel à M. Mulroney comme avocat spécialisé dans le droit du travail.

Selon le livre Engaging China (engagement avec la Chine) de 2014, après une visite officielle en Chine en 1986 en tant que Premier ministre, M. Mulroney a écrit : « Il reste beaucoup à faire pour étendre la relation, mais le travail persistant des Premiers ministres canadiens successifs, principalement Pierre Trudeau, porte clairement ses fruits. »

Après le massacre de la place Tian’anmen en 1989, au cours duquel une grande partie du monde occidental a évité d’établir des relations diplomatiques avec Pékin, Brian Mulroney a déclaré à Zhu Rongji, vice-Premier ministre chinois de l’époque, que le Canada « serait prêt à s’engager pleinement avec la Chine dans les années à venir » mais qu’il devrait être prudent en raison des préoccupations des Canadiens concernant les droits de l’homme.

M. Mulroney a joué un rôle clé dans l’établissement d’un partenariat entre la famille Desmarais et l’entrepreneur Peter Munk pour investir dans des gisements d’or en Chine en 1994, un an après la fin de son mandat de Premier ministre. Lors d’un voyage en Chine, Peter Munk a été impressionné par le fait que M. Mulroney ait pu organiser un dîner avec Zhu Rongji, alors à la tête de la banque centrale chinoise, sans qui ils n’auraient pas pu avoir accès aux dépôts d’or chinois.

« C’est un bon exemple de la façon dont Brian [Mulroney] utilise ses relations et ses contacts et les transforme en opportunités commerciales internationales pour les entreprises avec lesquelles il est impliqué », a déclaré M. Munk au Globe.

« Le virage pro-Pékin »

L’article « Les marionnettes de Pékin » note qu’Ottawa a pris un « tournant nettement pro-Pékin » sous Jean Chrétien.

Jean Chrétien a déclaré un jour à la chaîne d’information publique chinoise CGTN qu’il avait visité la Chine « de nombreuses fois » lorsqu’il était Premier ministre.

« Pendant les dix années où j’ai été Premier ministre, j’ai rencontré le président de la Chine à 17 reprises, j’étais donc proche de la Chine », a déclaré M. Chrétien à la CGTN. Le leader chinois durant le mandat de Jean Chrétien était Jiang Zemin, qui est arrivé au pouvoir grâce au massacre de la place Tian’anmen, car le précédent leader, Zhao Ziyang, était jugé trop sympathique au mouvement de protestation. Jiang a ensuite lancé une campagne de persécution brutale contre la discipline de méditation traditionnelle Falun Dafa en 1999.

Après le massacre de la place Tian’anmen en 1989, Jean Chrétien a été l’un des premiers dirigeants du monde à sortir la Chine de son isolement, en relançant les relations avec Pékin lorsque que le reste de l’Occident évitait de faire affaire avec le régime pour avoir tué des milliers de manifestants non armés.

Jean Chrétien a effectué une visite commerciale en Chine en 1994, en compagnie de Premiers ministres, de responsables des affaires étrangères et de quelque 400 chefs d’entreprises. La délégation a signé des accords commerciaux d’une valeur de 9 milliards $ pendant son séjour en Chine.

Avant le voyage, M. Chrétien et d’autres fonctionnaires ont déclaré qu’ils profiteraient de la visite pour discuter de la question des droits de l’homme. Mais cette question a été mise de côté, note un article de Maclean’s.

« Nous ne pratiquons pas la diplomatie du mégaphone, mais nous ne pratiquons pas non plus la diplomatie du paillasson », avait déclaré à l’époque un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Maclean’s.

L’article note que le moment le plus propice qu’aurait pu utiliser Jean Chrétien de discuter de la question a été une réunion avec le Premier ministre chinois Li Peng.

Pourtant, « M. Chrétien a soulevé la question si brièvement qu’un fonctionnaire du ministère chinois des Affaires étrangères a ensuite insisté sur le fait qu’elle n’avait pas du tout été abordée, et le Premier ministre de la Nouvelle-Écosse, John Savage, qui était présent à la réunion, ne se souvenait pas au départ d’une quelconque mention du sujet », indique l’article.

Pendant le mandat de Jean Chrétien, le Canada a retiré son soutien à une résolution des Nations unies qui censurait la Chine pour des violations des droits de l’homme en 1997. Au lieu de cela, toute discussion sur les droits de l’homme a été réservée à des réunions privées, où les représentants chinois ont simplement balayé la question.

L’année 1997 a également été une année clé pour l’incursion de Power Corp. dans CITIC, puisque c’est à ce moment qu’elle a acquis une participation importante dans la filiale de la société, CITIC Pacific, et qu’André Desmarais est devenu membre du conseil d’administration de cette filiale.

Jean Chrétien a également soutenu l’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, ce qui a contribué à enrichir les caisses du régime.

Paul Martin, qui a succédé à Jean Chrétien au poste de Premier ministre, a maintenu la politique de son prédécesseur à l’égard de la Chine. En 2005, lors d’un voyage du leader chinois Hu Jintao au Canada, Paul Martin et Hu Jintao ont convenu d’établir un « partenariat stratégique » entre les deux pays.

Certaines des plus grosses commandes pour l’entreprise de construction navale de Paul Martin avant qu’il ne devienne Premier ministre provenaient de Chine. Selon un article publié dans le Walrus, en 1995, sa société Canada Steamship Lines a commandé trois nouveaux navires auto-déchargeurs aux chantiers navals chinois de Jiangnan, propriété de l’État.

Renouer des liens étroits

Lorsque Stephen Harper est devenu Premier ministre en 2006, la politique du Canada à l’égard de la Chine a considérablement changé, Harper criant plus fort les violations des droits de l’homme à Pékin. Il a également refusé d’aller aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, ce qui a mis le PCC en colère.

Cependant, dans les dernières années de son mandat, son gouvernement a commencé à baisser le ton sur la Chine.

Jonathan Manthorpe écrit dans Claws of the Panda que derrière ce réchauffement du ton se trouvait « une importante opération de lobbying montée en utilisant les agents d’influence du PCC dans les entreprises et les universités pour amener le gouvernement Harper à changer son attitude envers la Chine ».

Des policiers chinois montent la garde devant l’ambassade du Canada à Pékin le 10 décembre 2018. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

Après sa victoire aux élections fédérales de 2015, le Parti libéral mené par Justin Trudeau a presque immédiatement entamé une politique de rapprochement avec la Chine, envisageant même à un moment donné un traité d’extradition avec le régime. Le gouvernement a également dépensé de l’argent dans des initiatives de relations publiques pour inciter les Canadiens à resserrer leurs liens avec la Chine.

M. Trudeau s’est rendu en Chine en 2016 et 2017, poursuivant les pourparlers préliminaires en vue d’un accord de libre-échange, malgré un déséquilibre commercial de 50 milliards $ entre les deux pays en faveur de la Chine. Les pourparlers ont échoué en 2017, la partie chinoise ne voulant pas donner suite à la demande de Justin Trudeau de prendre en compte certaines valeurs progressistes dans l’accord.

La même année, le Canada s’est engagé à investir des centaines de millions de dollars dans l’initiative de construction de prestige de Pékin, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, destinée à rivaliser avec d’autres banques multilatérales de développement telles que la Banque mondiale.

Malgré une clause de l’accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA) empêchant les pays membres de conclure des accords de libre-échange avec des économies « non marchandes » – une référence claire à la Chine -, M. Trudeau a déclaré en 2018 qu’Ottawa avait l’intention d’approfondir ses relations commerciales avec le régime communiste chinois.

Le gouvernement libéral a été critiqué par l’opposition et les politiciens américains pour avoir permis le rachat de deux entreprises de haute technologie à caractère sécuritaire par des entreprises chinoises. L’une était Norsat, une entreprise de communication par satellite basée à Vancouver, et l’autre était ITF Technologies, une entreprise de technologie laser basée à Montréal.

En 2016, la participation de M. Trudeau à des événements où l’on payait en espèces pour le rencontrer est devenue une source de controverse après qu’il eut été révélé que l’un des invités était Zhang Bin, un conseiller du régime chinois. L’événement a eu lieu au manoir de Benson Wong, président de la Chambre de commerce chinoise de Toronto. Le coût de la participation était de 1 500 $ par personne. Zhang Bin a fait don d’un million $ à la Fondation Pierre Elliott Trudeau et à la faculté de droit de l’Université de Montréal, où Pierre Trudeau avait enseigné.

Selon Globe, Liu Meng, président de la Chambre de commerce internationale du fleuve Yangtze et membre du PCC, était également présent à l’un des événements. Un autre participant était Shenglin Xian, fondateur de la banque Wealth One du Canada, qui à l’époque attendait l’approbation des régulateurs fédéraux pour commencer ses opérations bancaires au Canada.

Le gouvernement libéral n’a pas encore écarté la possibilité d’inclure l’équipement du géant chinois des télécommunications Huawei dans les réseaux 5G du Canada, malgré les préoccupations de sécurité des services de renseignement et des États-Unis, qui ont averti qu’ils limiteraient le partage de renseignements avec le Canada s’ils autorisaient Huawei dans la 5G du pays.

Le Québec et la Chine

Une note sur le site web du gouvernement du Québec indique que « la Chine est un axe majeur des relations internationales du Québec ».

La province a ouvert un bureau à Pékin en 1998, et un autre à Shanghai un an plus tard. Le volume total des échanges commerciaux entre le Québec et la Chine s’élevait à près de 13,8 milliards $ en 2016, les importations vers le Québec en provenance de Chine représentant près de 11 milliards $ et les exportations vers la Chine, seulement 3 milliards $.

Il existe neuf accords de coopération entre la Chine et le Québec dans divers domaines, tels que le commerce et l’enseignement supérieur. La province se targue également d’avoir, outre ses relations avec le régime de Pékin, des liens étroits avec la province du Shandong et la municipalité de Shanghai. Montréal et la ville de Québec ont toutes deux des villes jumelles en Chine.

Les Premiers ministres québécois successifs ont conduit de nombreuses délégations en Chine, dans un effort pour approfondir les liens commerciaux.

Lors d’un voyage en Chine en 2014, Philippe Couillard, alors Premier ministre libéral du Québec, a déclaré qu’il n’aborderait pas la question des droits de l’homme, en disant : « Vous devez écouter le point de vue de vos hôtes sur ces questions. »

Il a ensuite confirmé qu’il n’avait jamais parlé des droits de l’homme, affirmant qu’il n’était allé en Chine que pour discuter « d’investissement et d’emploi ».

Après avoir dirigé une autre délégation en Chine en 2018, au cours de laquelle il a signé 40 accords d’une valeur de 262 millions $, M. Couillard a déclaré qu’il ne voulait pas « faire échouer » l’objectif de la mission avec des « commentaires malavisés ». Il a dit que les autres ne devraient pas « dicter à la Chine comment ils doivent se gouverner à l’intérieur ».

L’ancien Premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a été Premier ministre de 2003 à 2012, a critiqué le gouvernement Harper en 2014 pour ne pas avoir poursuivi les liens commerciaux de manière plus énergique avec la Chine.

« Ce que nous entendons entre les lignes, c’est qu’il peut y avoir des inquiétudes sur le fait de traiter avec la Chine des questions de droits de l’homme, à cause d’autres questions. Mais si c’était le cas, on pourrait penser que cela aurait été pris en considération avant de négocier l’accord », a déclaré M. Charest dans une interview à la CBC, en référence à la négociation d’un accord de promotion et de protection des investissements étrangers.

M. Charest, qui s’est rendu en Chine à plusieurs reprises durant son mandat de Premier ministre, fournit actuellement des services de conseil à Huawei pour aider l’entreprise dans l’affaire d’extradition de Meng Wanzhou et dans sa tentative de participer au réseau 5G du Canada.

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