Poitiers : excédés par les vocalises de leur voisine chanteuse lyrique, ils saisissent la justice

Par Séraphin Parmentier
7 novembre 2019 Mis à jour: 7 novembre 2019

Les voisins de la chanteuse ne supportent plus les quatre heures de gammes et de vocalises quotidiennes auxquelles ils ont droit du lundi au vendredi.

C’est un conflit de voisinage peu banal qui bouleverse une résidence de la rue Guillaume-le-Troubadour depuis plusieurs semaines.

Chanteuse lyrique et joueuse de piano, Françoise Courroux s’est en effet attiré les foudres de ses voisins qui ne supportent plus ses vocalises quotidiennes.

La jeune femme, qui étudie au Conservatoire de Poitiers et se produit sur scène avec une troupe, s’exerce à son domicile du lundi au vendredi : « de 11h à 13h » pour le chant et « de 17h à 19h » pour le piano.

« Il est possible de louer une salle au conservatoire mais il n’y a pas assez de créneaux. Et puis, on est plus à l’aise chez soi, dans son cocon », a expliqué la jeune femme dans les colonnes de La Nouvelle République.

Excédés, les voisins de Françoise Courroux ont décidé de porter l’affaire en justice après une multitude de plaintes et de procès-verbaux.

« Les résidents n’en peuvent plus »

Le 6 novembre, l’avocat de la chanteuse lyrique et celui du syndicat des copropriétaires de la résidence se sont ainsi retrouvés devant le juge des référés du Tribunal de grande instance (TGI) de Poitiers pour tenter de trouver une solution après l’échec d’une précédente médiation avec la mairie.

« Les résidents n’en peuvent plus », estime Maître Amélie Gauthier-Delage, qui défend le syndicat des copropriétaires. Elle demande à la justice de faire taire la cantatrice et propose une astreinte de 800 euros par incartade musicale.

Mais pour Maître Quentin Reclou, conseil de Mme Courroux, l’action intentée par la copropriété est disproportionnée. « Elle a besoin de s’entraîner, c’est indispensable », assure l’avocat.« Je ne peux le faire que chez moi », renchérit sa cliente.

« Je suis verbalisée tout le temps »

Installée rue Guillaume-le-Troubadour avec son mari depuis le mois de mars, Françoise Courroux ne comprend pas la colère de ses voisins et affirme être victime « d’acharnement ».

« Mes voisins appellent la police, je suis verbalisée tout le temps », confie la jeune femme auprès des journalistes de La Nouvelle République.

« J’ai même été placée en garde à vue pour agression sonore », ajoute-t-elle. Une procédure finalement classée sans suite selon la chanteuse, qui collectionne cependant les amendes.

« Mes voisins sont hostiles à mes répétitions, hostiles à la musique classique. Je ne suis pas là pour juger les gens, c’est peut-être par ignorance parce que la musique classique est une bonne musique ; et d’ailleurs, la musique adoucit les mœurs, donc je ne comprends pas cet acharnement », poursuit Françoise Courroux.

Mais pour Me Gauthier-Delage, la situation est désormais intenable pour les voisins de la chanteuse. « Entre mai et juillet, il y a eu vingt-quatre plaintes déposées, la police est venue verbaliser dix-huit fois », souligne l’avocate.

« Ce n’est pas seulement la musique, elle tape à toute heure, elle laisse couler l’eau pendant des heures, c’est invivable », observe un riverain.

« Je n’ai jamais le calme. Ma copine était infirmière, elle travaillait de nuit, vous imaginez… Moi aussi, ça m’arrive. C’est bien simple, on n’a jamais le calme. Et c’est tous les jours comme ça ! », poursuit Charles, qui habite en dessous de l’appartement de Mme Courroux.

« On va aller s’installer ailleurs »

Si la justice doit trancher le litige d’ici une quinzaine de jours, la chanteuse lyrique et son mari ont d’ores et déjà fait part de leur intention de déménager.

« Je suis complètement abasourdie par ce degré d’acharnement, qu’ils ne soient pas à même de reconnaître le talent à l’état brut, que l’on ne puisse plus apprécier la musique, la culture », explique la jeune femme.

« On va aller s’installer ailleurs, là où j’aurai la possibilité d’explorer tout ce que Dieu m’a donné, cette grâce, ce chant, car avoir la musique dans le cœur, c’est un cadeau du ciel », conclut Françoise Courroux.

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