Quelle politique de l’immigration française après l’épidémie de Covid-19 ?

Par Aurelien Girard
10 mai 2020
Mis à jour: 20 mai 2020

Beaucoup de nos façons de faire sont remises en cause par la pandémie du virus de Wuhan, et la plus durable pourrait être la gestion des déplacements internationaux ainsi que celle des frontières nationales. Alors que le besoin d’une industrie moins dépendante de l’étranger ainsi que de productions de proximité est plus évident que jamais, comment la politique d’immigration française va-t-elle évoluer pour allier défense de l’identité nationale et vocation humaniste ?

Un rapport du 5 mai de la Cour des Comptes pourrait rallumer le feu du débat : il montre que l’immigration a augmenté de 30% en France ces dix dernières années, avec un doublement de l’immigration économique et des demandes d’asile, tandis que les chiffres du regroupement familial restent stables : « En 2019, la France a délivré 276 576 premiers titres de séjour . Sur les trois dernières années, le nombre de premiers titres représente en moyenne 60 000 personnes de plus chaque année par rapport aux années 2010-2012, soit une progression de 30 % . »

Une situation, plusieurs interprétations

La presse française, fonction de sa sensibilité politique, fait une lecture différenciée de ce rapport. Quand Le Monde indique que « la Cour des comptes étrille les lourdeurs administratives » et sous-titre sur le fait que « la France se situe parmi les grands pays les plus restrictifs, derrière les États-Unis », Le Figaro insiste sur le fait que « dans un audit inquiétant, la Cour des comptes chiffre le coût de l’immigration à 6,6 milliards d’euros en 2019. »

Les deux mentions sont factuelles et reprennent des parties différentes du rapport de la rue Cambon. Quantitativement, les comparaisons européennes montrent effectivement que la France délivre chaque année 3 fois moins de titres de séjours que la Suède et l’Allemagne, deux fois moins que l’Espagne et se trouve au même niveau que les États-Unis, avec chaque année un peu plus de 3 titres de séjour par 1000 habitants.

Pour autant, ces comparaisons sont limitées par la différence des situations nationales. A titre d’exemple, la natalité est tellement faible en Allemagne que, dans la situation de plein-emploi du pays, il est impossible de pourvoir les demandes de l’économie nationale sans avoir recours à une main-d’œuvre étrangère et non-Européenne.

L’Espagne, de son côté, dépend aussi largement de cette main d’œuvre pour soutenir son agriculture. L’analyse de la situation de l’immigration en France reste donc fortement influencée par le positionnement politique des intervenants, entre partisans d’une totale libre-circulation internationale et défenseurs de nations définies par leurs capacités à maintenir des frontières.

Dans son analyse, la Cour considère également que « seule la moitié des premiers titres accordés en 2018 – et seulement un quart si l’on excepte l’accueil d’étudiants [..] procède d’une décision entièrement maîtrisée par les autorités publiques. »  De la même manière, elle critique des mesures de reconduite aux frontières particulièrement peu efficaces : « En 2018, le ministère de l’intérieur a ainsi dénombré 30 276 départs, dont 19 957 sous l’effet d’une mesure administrative . Le nombre de mesures prononcées s’étant élevé à 132 978, le ratio se situerait cette année-là autour de 15 % . »

Le combat politique des mois à venir, dans une situation où le chômage de masse semble appeler à s’installer en France du fait des conséquences du virus du PCC*, va donc probablement être de tourner la page du manque d’efficacité des dernières années : « Depuis 2003, les huit lois intervenues dans le domaine de l’immigration et de l’asile ont réitéré, avec des nuances d’expression, les trois mêmes objectifs consistant à « maitriser l’immigration », « garantir le droit d’asile » et « réussir l’intégration » »  constate la Cour des Comptes pour conclure qu’aucune n’a produit les effets souhaités.

La tentation du « chacun chez soi », manifestation d’égoïsme ou respect des nations ?

Fin 2018, la Fondation Jean Jaurès a mandaté l’IFOP pour savoir quel regard les Français portent sur l’accueil des migrants en France et sur leur intégration. Dans cette enquête, 52 % des personnes interrogées ont jugé que « la France accueille trop d’étrangers », les deux tiers considérant « qu’accueillir des immigrés supplémentaires n’est pas souhaitable » et que « l’immigration en France joue un rôle négatif sur la cohésion de la société française. »

Ce sentiment devrait être exacerbé dans les mois à venir par la peur des conséquences sur l’emploi de la crise du coronavirus de Wuhan, renforcé par le fait que dans la même enquête, un quart des Français à peine juge que les personnes issues de l’immigration sont bien intégrées dans la société française.

D’après le journal La Croix, les résultats de cette enquête ont beaucoup fait réfléchir Emmanuel Macron, qui avait déjà décidé de faire du sujet de l’immigration un des points majeurs de la seconde moitié de son quinquennat. « Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face. Les bourgeois n’ont pas de problème (avec l’immigration) : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec » déclarait en septembre dernier le chef de l’État devant les parlementaires, immédiatement critiqué par le Rassemblement National et l’extrême-gauche, qui l’ont accusé d’électoralisme.

Le discours de fermeté est difficile à porter tant la culture humaniste française et sa volonté d’universalité rejettent l’idée de ne pas pouvoir accueillir. Il porte pourtant un autre ferment : le besoin pour les pays fragiles de préserver au mieux leurs ressources – et parmi elles leur population – pour assurer leur développement. « En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste », disait le Président Macron en septembre dernier, cité par L’Express. Et, devant Le Parisien, « je crois dans notre droit d’asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. »

Le Président prendra-t-il le même chemin que celui du Président américain Donald Trump qui a, le 23 avril, signé un arrêté anti-immigration pour protéger l’emploi aux États-Unis ? Et si la France décide finalement de ne plus accueillir de nouveaux migrants, agira-t-elle cependant pour que les pays d’origine développent les moyens de faire vivre dignement leur population ? Ce n’est probablement qu’à ce prix qu’elle n’aura pas abandonné son humanisme.

Epoch Times désigne le nouveau coronavirus, responsable de la maladie du Covid-19, comme le « virus du PCC », car la dissimulation et la mauvaise gestion du Parti Communiste Chinois (PCC) ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale.

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